Le système unifié : l’arme des Houthis pour espionner les Yéménites
Quelques heures après avoir reçu un virement de l’étranger via l’une des banques situées dans les zones contrôlées par les Houthis, (N.M.) a été surprise par des tentatives de piratage de ses comptes sur les plateformes Gmail et Facebook.
La citoyenne yéménite a confirmé que les tentatives d’intrusion dans ses comptes ont coïncidé avec la réception simultanée de codes de vérification par SMS sur son téléphone. Elle a ensuite été convoquée par le service de sécurité et de renseignement relevant des Houthis pour un interrogatoire à Sanaa, il y a environ trois mois.
(N.M.), qui a fui vers les zones libérées, indique que la somme reçue s’élevait à 3 500 dollars et appartenait à l’un des patients. Elle précise qu’elle n’était pas consciente que la milice surveillait de près les transferts financiers des habitants.
Le témoignage de (N.M.) concorde avec des informations, selon lesquelles les milices houthis ont conçu un système unifié reliant l’état civil aux banques, ainsi qu’aux postes de contrôle de sécurité, afin de faciliter la surveillance de la population à travers le numéro national figurant sur la carte d’identité ou le passeport.
Vérifications aux postes de contrôle
Dans un autre témoignage, (S.Y.), chauffeur de minibus de transport de passagers entre les zones libérées et non libérées, a déclaré que la milice l’arrête fréquemment et procède à la vérification des documents d’identité des passagers.
Il a expliqué que les postes de contrôle houthis fouillent les passagers ou les conducteurs de véhicules suspectés, et vérifient leurs documents personnels via un système accessible sur des tablettes électroniques.
Le « système unifié » est considéré comme l’outil le plus dangereux des Houthis pour espionner les déplacements des Yéménites, car il englobe : les réseaux de télécommunications, les systèmes financiers, les bases de données centrales, les systèmes de passeports et d’état civil, ainsi que le contrôle du spectre des fréquences (communications sans fil, radio, télévision et téléphonie).
Qu’est-ce que ce système ?
Des sources bien informées ont indiqué que les milices houthis ont conçu un système unifié appelé « intégration informationnelle », reliant les autorités sécuritaires, bancaires, les entreprises de télécommunications, la fonction publique et l’état civil au sein d’un réseau interne non connecté à Internet.
Selon ces sources, « l’idée du projet a commencé en 2013 au sein de la fonction publique à Sanaa, mais s’est interrompue après le coup d’État houthi. Les milices ont repris les travaux en 2019, et le système est entré effectivement en service en 2021 sous la supervision du service de sécurité et de renseignement du groupe ».
Les sources ont précisé que l’idée initiale du projet était civile. « Lors de la réception d’un virement auprès de n’importe quel agent de change, il est demandé de présenter la carte d’identité et d’entrer le numéro national dans le système de consultation relié au point central de la Banque centrale à Sanaa. La demande est ensuite transmise à la base de données de l’état civil, où apparaissent les données réelles du titulaire du numéro, sa photo, ainsi que la date et le lieu de délivrance. »
Cependant, les milices houthis ont exploité ce système à des fins d’espionnage. Elles ont d’abord, via la Banque centrale de Sanaa, relié les banques et les sociétés de change pour surveiller les transferts financiers, avant d’élargir son champ d’application à toutes les administrations publiques et aux postes de contrôle sécuritaires afin de surveiller les déplacements des Yéménites entre les gouvernorats.
Les sources confirment que les milices peuvent identifier toute personne, en particulier les opposants, grâce au numéro national. Ce système fonctionne sur des ordinateurs et des tablettes déployés aux points de contrôle.
Des observateurs estiment que les milices cherchent à imposer un « contrôle informationnel » global, en intégrant les télécommunications pour surveiller et analyser les données géographiques et de communication, et en les reliant à l’identité civile et bancaire, ce qui crée un « dossier sécuritaire intégré » pour chaque citoyen.
