Un visage défiguré et une jambe manquante : nouveaux détails sur la blessure du guide de l’Iran
L’état de santé critique du nouveau guide de l’Iran pourrait expliquer son absence de toute apparition visuelle ou sonore, mais il alimente aussi les interrogations sur sa capacité à diriger.
Un grand flou entoure toujours l’emplacement de Khamenei, son état et sa capacité à gouverner aux yeux du public, puisqu’aucune photo, vidéo ni enregistrement audio n’a été diffusé depuis l’attaque aérienne qui a précédé sa désignation comme successeur de son père le 8 mars dernier.
Au milieu de ces interrogations persistantes, trois sources proches du cercle intime du guide Mojtaba Khamenei ont déclaré qu’il se remettait encore de graves blessures au visage et à la jambe, subies lors du raid aérien qui a tué son père au début de la guerre.
Les trois sources ont indiqué à Reuters que le visage de Khamenei avait été défiguré lors de l’attaque contre le complexe de son père au centre de Téhéran, et qu’il avait été grièvement blessé à une jambe, voire aux deux.
La question de savoir si l’état de santé de Khamenei lui permet de gérer les affaires de l’État se pose alors que l’Iran traverse sa crise la plus grave depuis des décennies, avec l’ouverture de pourparlers de paix aux résultats imprévisibles avec les États-Unis dans la capitale pakistanaise, Islamabad, ce samedi.
Les récits de ces proches constituent la description la plus détaillée de l’état du dirigeant depuis des semaines. Toutefois, Reuters n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante l’exactitude de ces informations.
La mission iranienne auprès des Nations unies n’a pas répondu aux questions de Reuters concernant l’étendue des blessures de Khamenei ni les raisons de son absence de toute apparition visuelle ou sonore jusqu’à présent.
Le fils Khamenei a été blessé le 28 février dernier, premier jour de la guerre menée par les États-Unis et Israël, lors de l’attaque qui a coûté la vie à son père et prédécesseur, Ali Khamenei, qui dirigeait le pays depuis 1989.
L’épouse de Mojtaba Khamenei, son beau-frère et la sœur de son épouse figuraient parmi les autres membres de sa famille tués lors du raid.
Aucune déclaration officielle iranienne n’a été publiée concernant l’ampleur des blessures de Khamenei. Toutefois, un présentateur de la télévision d’État l’a qualifié, après sa désignation comme guide suprême, de « janbaz », un terme qui désigne en Iran les combattants grièvement blessés.
Les récits concernant ses blessures concordent avec une déclaration faite le 13 mars par le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, affirmant que Khamenei « a été blessé et que ses traits ont probablement été déformés ».
Une source informée des évaluations du renseignement américain a indiqué à Reuters qu’il existe une conviction selon laquelle Khamenei aurait perdu une jambe.
La Central Intelligence Agency s’est abstenue de commenter l’état de Khamenei, et le bureau du Premier ministre israélien n’a pas répondu aux questions.
Qui dirige ?
Alex Vatanka, chercheur principal au Middle East Institute, estime que, quelle que soit la gravité de ses blessures, il est peu probable que le nouveau guide, inexpérimenté, puisse exercer l’autorité absolue dont jouissait son père.
Il a ajouté que, bien que Mojtaba soit perçu comme une extension du système de son père, il pourrait lui falloir des années pour bâtir le même niveau d’autorité.
Il a poursuivi : « Mojtaba sera une voix parmi d’autres, mais il ne sera pas la voix décisive. Il doit prouver qu’il est une voix crédible, forte et dominante. Le régime dans son ensemble devra décider de la direction à suivre », ce qui signifie qu’il ne dispose pas d’une autorité suffisante et que le Corps des gardiens de la révolution est celui qui contrôle réellement la décision.
Un proche du cercle de Khamenei a indiqué qu’il est prévu de publier des images du guide dans un délai d’un ou deux mois et qu’il pourrait apparaître publiquement à ce moment-là. Toutefois, les trois sources ont souligné qu’il n’apparaîtra que lorsque son état de santé et la situation sécuritaire le permettront.
Où est Mojtaba ?
Le premier message adressé par Mojtaba Khamenei aux Iraniens en tant que guide suprême remonte au 12 mars dernier, lorsqu’il a déclaré dans un communiqué écrit, lu par un présentateur à la télévision, que le détroit d’Ormuz devait rester fermé.
Depuis lors, son bureau a publié quelques brèves déclarations écrites, dont l’une le 20 du même mois à l’occasion du Nouvel An persan.
De larges discussions ont lieu au sujet de l’absence de Khamenei sur les réseaux sociaux iraniens et dans les groupes d’applications de messagerie, lorsque la connexion Internet intermittente du pays le permet, avec la prolifération de diverses théories sur son état et sur ceux qui dirigent le pays.
Parmi les images satiriques largement diffusées sur Internet, connues sous le nom de « mèmes », figure celle d’une chaise vide éclairée par un projecteur, accompagnée du slogan : « Où est Mojtaba ? ».
