La France craint un piège diplomatique après l’appel de Trump à une coalition d’Hormuz
Un débat public s’est ouvert en France après que le président américain Donald Trump a invité Paris à rejoindre une coalition internationale qu’il cherche à constituer afin de rouvrir le détroit d’Ormuz à la navigation internationale.
L’Iran a en effet interdit le passage dans ce détroit stratégique pour la sécurité énergétique mondiale aux États-Unis et à certains de leurs alliés, en réponse à une attaque préventive américano-israélienne contre l’Iran.
Alors que la France a exprimé des réserves à l’égard de l’opération militaire américaine en Iran, Paris et d’autres capitales européennes font face à une grave crise énergétique provoquée par les répercussions de la guerre irano-israélienne.
Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump a utilisé les droits de douane comme instrument de pression aussi bien sur ses alliés que sur ses adversaires, ce qui confère à son invitation à participer à l’opération militaire dans le détroit d’Ormuz une dimension particulièrement problématique.
Les médias français ont largement commenté l’appel de Trump adressé à plusieurs pays pour participer à une coalition internationale destinée à sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz. Les réactions internationales apparaissent toutefois prudentes, dans un contexte de crainte d’un glissement vers une confrontation militaire directe avec l’Iran.
La chaîne française TV5 Monde a indiqué que la navigation dans le détroit d’Ormuz était devenue extrêmement difficile après sa fermeture par les autorités iraniennes. Ce passage maritime constitue un corridor vital par lequel transite une part importante des approvisionnements énergétiques mondiaux, en particulier vers l’Asie. Cette fermeture a déjà entraîné une forte hausse des prix du pétrole, estimée à environ 42 %.
Dans une tentative de contenir la crise, le président américain Donald Trump a appelé plusieurs pays, dont la France, le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et la Chine, à envoyer des navires afin de contribuer à la sécurisation de la navigation dans le détroit.
Sur son réseau social Truth Social, Trump a déclaré que les pays dépendants du pétrole de la région devraient participer à la protection de cette voie maritime, affirmant que les États-Unis apporteraient un soutien important à la coordination des efforts.
Il a ajouté que la sécurisation du détroit « aurait toujours dû être un effort collectif », estimant qu’une telle coopération pourrait contribuer à la sécurité et à la stabilité.
La position française
Malgré l’inclusion de la France parmi les pays invités, la ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, a affirmé que Paris ne prévoyait pas pour l’instant d’envoyer des navires dans le détroit d’Ormuz.
Elle a également souligné que la position française, exprimée par le président Emmanuel Macron, reposait sur une approche strictement défensive.
Macron avait précédemment évoqué la possibilité d’organiser une mission d’escorte maritime en coopération avec les alliés, mais sa mise en œuvre ne serait envisagée qu’après la fin de la phase la plus intense de la guerre.
De son côté, le quotidien français Le Monde a indiqué que le Royaume-Uni avait décidé d’envoyer le destroyer HMS Dragon de la Royal Navy dans la région, dans un geste reflétant l’inquiétude de Londres face à la poursuite de la fermeture du détroit.
Le risque des mines marines
Le magazine français Courrier International a pour sa part évoqué la possibilité que l’Iran ait posé des mines marines dans le détroit afin de renforcer son contrôle sur cette voie maritime stratégique.
Selon la publication, le Royaume-Uni étudie la possibilité d’utiliser des milliers de drones spécialisés dans la détection des mines afin de sécuriser la navigation. Ces drones fonctionnent en reproduisant la signature acoustique ou magnétique des navires, ce qui permet de déclencher l’explosion des mines marines en toute sécurité avant l’arrivée des véritables navires.
Des experts estiment que l’Iran pourrait avoir déjà déployé un certain nombre de mines dans le détroit dans le cadre d’une stratégie de dissuasion visant à empêcher toute intervention militaire extérieure.
Un « piège diplomatique »
La radio française RTL a estimé que l’appel du président américain à des pays tels que la France, la Chine et le Royaume-Uni pour envoyer des navires dans le détroit pourrait constituer un véritable piège diplomatique.
En effet, les États concernés, bien qu’affectés par la fermeture du détroit, ne souhaitent pas s’engager dans une guerre contre l’Iran en dehors d’un cadre juridique international clairement établi.
La participation de la Chine à une opération navale aux côtés des États-Unis paraît par ailleurs hautement improbable, en raison de ses relations étroites avec Téhéran et de sa dépendance au pétrole iranien.
Dans le même temps, la France se trouve dans une position délicate. Elle a déjà déployé une partie importante de ses forces navales en Méditerranée orientale et dans l’océan Indien, y compris le porte-avions Charles de Gaulle, mais elle n’a pas participé à la décision américaine de lancer la guerre contre l’Iran.
La radio estime que l’Europe pourrait commettre une erreur stratégique majeure si elle s’engageait dans ce conflit à ce stade.
Une mission extrêmement complexe
La chaîne de télévision française BFM s’est également interrogée sur la faisabilité même d’une mission d’escorte de navires dans le détroit d’Ormuz.
Ce passage maritime voit transiter environ 20 % du pétrole mondial, tandis que des milliers de navires se trouvent actuellement dans la zone, dont près de 200 sont immobilisés en attente de traversée.
Des experts militaires indiquent que la sécurisation de la navigation dans le détroit doit faire face à quatre grandes catégories de menaces : des menaces aériennes, notamment des drones et des missiles, ainsi que des menaces de surface provenant de vedettes rapides appartenant aux Gardiens de la révolution iraniens.
S’y ajoutent des menaces sous-marines, provenant de petits sous-marins ou de drones marins, ainsi que les mines marines, qui représentent le scénario le plus dangereux. Les analystes estiment qu’une opération de sécurisation nécessiterait des ressources militaires considérables ainsi qu’une coordination internationale de longue durée.
