Politique

Pressions pour interdire les Frères musulmans et les Gardiens de la révolution : la Chambre des lords britannique intensifie la confrontation


La Chambre des lords britannique a accueilli une séance d’information parlementaire très suivie appelant le gouvernement à inscrire le Corps des Gardiens de la révolution islamique d’Iran et les Frères musulmans sur la liste des organisations proscrites, certains intervenants estimant que le recours aux seules sanctions ne garantit pas une protection suffisante de la sécurité nationale.

La réunion a rassemblé des pairs issus de différents courants politiques, des membres de la Chambre des communes, des conseillers parlementaires, ainsi que des experts en sécurité et en politique étrangère et des représentants de la société civile, illustrant l’ampleur du débat autour de ce dossier.

Des sanctions à l’interdiction

Les participants ont souligné que les sanctions actuellement imposées aux Gardiens de la révolution ne sauraient se substituer à une interdiction formelle, laissant, selon eux, des zones grises juridiques permettant la poursuite indirecte de certaines activités ou réseaux de soutien.

Plusieurs intervenants ont mis en avant l’aspect juridique, rappelant que la législation britannique confère au gouvernement le pouvoir d’inscrire des organisations sur la liste des entités interdites dès lors que les éléments de preuve sont jugés suffisants. À leurs yeux, la question relève autant de la volonté politique que de l’évaluation sécuritaire.

Des inquiétudes ont également été exprimées quant au fait que les pressions internes auxquelles est confronté le régime iranien pourraient l’inciter à intensifier ses activités extérieures, notamment par l’intermédiaire de ses relais et réseaux, renforçant ainsi la nécessité d’une mesure dissuasive claire.

Les Frères musulmans au cœur du débat politique

S’agissant des Frères musulmans, plusieurs intervenants ont rappelé l’examen conduit par le gouvernement britannique en 2015, qui avait porté sur les activités du mouvement et recommandé une surveillance étroite.

Certains pairs ont estimé que le maintien du mouvement en dehors de la liste des organisations interdites, alors que certaines de ses branches ou entités affiliées sont classées comme telles dans d’autres pays, soulevait des interrogations quant à la cohérence de la politique britannique en matière de lutte contre l’extrémisme.

Des participants ont souligné que la question ne se limitait pas au renseignement, mais comportait également des dimensions politiques et idéologiques, notamment en ce qui concerne l’influence des organisations transnationales sur le débat public et les institutions.

Un dossier en cours de réexamen

Cette initiative parlementaire s’inscrit dans un débat plus large qui a animé l’institution législative en début d’année, au cours duquel des questions ont été soulevées quant à la possibilité pour Londres d’adopter une approche similaire à celle annoncée par l’administration de Donald Trump à l’égard de certaines branches du mouvement.

En réponse à une intervention antérieure au sein de la Chambre, un ministre d’État au ministère de l’Intérieur avait affirmé que le gouvernement ne se considérait pas comme une « exception », précisant que les rapports internationaux étaient toujours en cours d’élaboration et que la question du classement faisait l’objet d’un examen approfondi.

Il avait également insisté sur le fait que le gouvernement dispose d’un large éventail d’outils, incluant la législation antiterroriste, la régulation des organisations caritatives ainsi que le contrôle des financements et des activités publiques, soulignant que toute décision serait fondée sur une évaluation globale des intérêts nationaux.

Des enjeux sécuritaires et juridiques imbriqués

Lors de la séance d’information, des interrogations ont été soulevées quant à l’efficacité des décisions d’interdiction en tant que telles, certaines organisations ayant la capacité de changer de nom ou de se restructurer sous de nouvelles appellations.

Le rôle de la Commission des organisations caritatives a également été évoqué, notamment en ce qui concerne le contrôle des entités susceptibles d’entretenir des liens idéologiques ou organisationnels avec des groupes controversés, ainsi que la nécessité de trouver un équilibre entre la protection de la sécurité nationale et la préservation des libertés publiques.

Entre pressions et décision

La récente séance a mis en évidence l’intensification des pressions au sein du Parlement pour trancher la question, tout en montrant que le gouvernement semble privilégier une poursuite de l’examen plutôt qu’une décision immédiate.

Entre ceux qui estiment qu’une mesure ferme s’impose désormais et ceux qui plaident pour la prudence dans l’attente de la finalisation des évaluations sécuritaires et juridiques, le dossier des Gardiens de la révolution et des Frères musulmans demeure l’un des plus sensibles de l’agenda politique britannique, à la croisée des impératifs de sécurité et des considérations diplomatiques et internes.

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