Conférence de Berlin sur le Soudan : pari sur les forces civiles et aspirations humanitaires
La capitale allemande, Berlin, accueille mercredi un moment important pour la crise soudanaise à l’occasion de son troisième anniversaire, avec un accent particulier mis sur le rôle des forces civiles dans l’édification d’un avenir meilleur pour le pays.
Participent à la conférence sur le Soudan organisée à Berlin des représentants des Nations unies, d’organisations régionales et internationales, de la société civile soudanaise, d’organisations non gouvernementales, des pays voisins du Soudan, des États membres de l’Union européenne ainsi que des bailleurs de fonds internationaux.
La conférence aborde les questions humanitaires tout en offrant un espace aux acteurs civils soudanais qui plaident pour une transition du pouvoir conduite par des civils.
La tenue de cette conférence coïncide avec l’anniversaire du déclenchement de la guerre (15 avril 2023) et vise également à accroître la pression sur les pays donateurs afin d’augmenter les financements alloués aux programmes d’assistance au Soudan.
La conférence de Berlin s’inscrit dans la continuité d’initiatives internationales précédentes, après les conférences de Paris en 2024 et de Londres en 2025. Les acteurs internationaux cherchent cette fois à renforcer la coordination et à unifier les approches afin d’améliorer la réponse à la crise soudanaise et de lui insuffler un nouvel élan politique et humanitaire.
La participation du mécanisme quadripartite est jugée particulièrement importante, car il s’agit de l’une des initiatives internationales les plus influentes en raison de son poids politique et de sa capacité à influer directement sur l’évolution de la crise.
Selon des sources allemandes, l’objectif de la conférence, comme lors des précédentes rencontres, est de poursuivre les efforts de paix et de mobiliser davantage d’aide humanitaire.
La conférence constitue également une tribune pour les représentants civils afin de consulter sur les moyens de parvenir à une transition civile et d’établir un système doté d’une légitimité démocratique, selon les sources qui se sont exprimées.
Ces sources ont ajouté : « Nous discuterons à Berlin de la manière dont nous pouvons continuer à influer sur les acteurs clés », soulignant qu’« il est indispensable d’accorder une attention particulière au fait que le Soudan connaît la plus grande catastrophe humanitaire au monde, avec les besoins immenses que cela implique ».
Elles ont également indiqué qu’« il est certain que des dons seront collectés dans le cadre du volet humanitaire de la conférence ».
L’année dernière, seulement 40 % du plan d’aide humanitaire pour le Soudan a été financé, laissant un déficit d’environ 2,2 milliards d’euros, selon le site allemand Merkur.de.
La situation est rendue plus complexe par les réductions budgétaires dans de nombreux pays donateurs. L’Allemagne a réduit de plus de moitié ses allocations à l’aide humanitaire mondiale depuis 2025.
Le Soudan connaît actuellement l’une des pires crises humanitaires au monde : entre 25 et 33 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, tandis que le nombre de déplacés dépasse entre 12 et 13,6 millions de personnes, ce qui en fait la plus grande crise de déplacement au monde, selon des rapports onusiens.
Dans le même temps, entre 21 et 29 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, certaines zones étant déjà entrées en phase de famine et des centaines de milliers de personnes se trouvant au bord de la mort par inanition.
Face à ce niveau sans précédent de déplacements, de faim et à l’effondrement quasi total des services de base, les Nations unies qualifient la situation au Soudan de plus grande tragédie humanitaire au monde.
Approche différente
Pour l’expert des affaires africaines Gerrit Kurtz, l’importance de la conférence ne réside pas dans la réalisation d’une percée rapide entre les parties au conflit, mais dans l’adoption d’une approche politique différente.
Dans un rapport publié par la Stiftung Wissenschaft und Politik, il écrit : « La conférence offre l’opportunité de développer une perspective civile pour mettre fin à la guerre au Soudan ».
Il appelle toutefois au réalisme : « Ce n’est pas une conférence de paix. L’essentiel est donc de se concentrer davantage sur les acteurs civils plutôt que de diriger à nouveau l’attention presque exclusivement vers les parties armées ».
Selon lui, cette réunion qui rassemble plus de 40 représentants de forces et d’organisations civiles peut constituer une étape importante vers l’établissement d’une plateforme civile commune dans le pays africain.
Pas de place pour les Frères musulmans
Les forces alliées à l’armée soudanaise, considérées comme proches des Frères musulmans ou liées à l’organisation, n’ont pas été invitées à la conférence de Berlin, ce qui a déclenché une campagne de désinformation menée par le groupe.
Des plateformes affiliées au mouvement islamiste opposé à la paix ont lancé une campagne de brouillage fondée sur des allégations mensongères d’un prétendu parti pris de la conférence, dans une tentative de justifier leur rejet de toute solution politique menant à la fin de la guerre.
Ces plateformes, qui ont longtemps appelé à la poursuite des combats, continuent de promouvoir le récit d’un « parti pris de la conférence », bien que celle-ci réunisse l’alliance internationale et régionale la plus large et la plus équilibrée, incluant des forces occidentales, africaines et arabes, ce qui montre que ces accusations ne sont que des prétextes pour faire échouer tout effort de paix sérieux.
C’est ce qu’a confirmé le journaliste et analyste politique soudanais Kambal Abdelwahid dans une précédente déclaration.
Il a estimé que « cette démarche ne semble pas isolée, mais s’inscrit dans une série de positions qui compromettent les chances d’un consensus national et reproduisent la crise en écartant les initiatives internationales et régionales ».
Il a ajouté : « Dans la complexité du paysage soudanais, participer à de tels forums devient une nécessité et non un luxe, surtout face à l’aggravation de la situation humanitaire. Le boycott renforce les doutes quant à la volonté réelle de ces parties de soutenir la paix et soulève des questions sur leurs intentions, qu’il s’agisse de gagner du temps ou d’imposer de nouveaux faits sur le terrain en dehors de toute solution globale ».
