Affaire de mars : le petit-fils du fondateur des Frères musulmans devant la justice française pour des accusations de viol
Près de huit ans plus tard, Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères musulmans, comparaît de nouveau devant la justice française pour répondre d’accusations de viol portant sur trois femmes.
La radio suisse 20 Minutes a indiqué que Tariq Ramadan comparaîtra devant la cour criminelle de Paris à partir de lundi prochain, afin d’être jugé pour des viols présumés commis entre 2009 et 2016 en France.
Le procès doit se dérouler du 2 au 27 mars devant une juridiction composée exclusivement de magistrats professionnels. Ramadan encourt une peine pouvant aller jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle.
L’une des plaignantes, identifiée sous le pseudonyme de Christelle, a demandé la tenue d’audiences à huis clos afin de protéger son identité et d’éviter une nouvelle exposition aux menaces et aux harcèlements subis durant l’instruction. Selon ses avocates, Laura Ben Kemoun et Laure Heinisch, l’accusé aurait révélé publiquement son identité à plusieurs reprises.
La justice a fait droit à sa demande de huis clos, considérant qu’il s’agissait d’un droit légitime.
Une étape importante après des années de procédure
Les deux avocates ont déclaré que ce procès, intervenu après plus de huit années de procédures complexes et plus de seize ans après les faits allégués, constitue une « étape importante, longtemps attendue » et un « moment essentiel » pour leur cliente.
À l’issue de plusieurs développements judiciaires, la cour d’appel de Paris a ordonné, en juin 2024, le renvoi de Tariq Ramadan devant la juridiction criminelle pour des accusations de viol visant trois femmes :
– Christelle, à Lyon, en octobre 2009 ;
– Henda Ayari, à Paris en 2012, qui avait déposé plainte en octobre 2017 ;
– une troisième femme en 2016.
Les juges d’instruction avaient également retenu l’accusation de viol concernant une quatrième femme, Mounia Rabbouj, mais Ramadan a interjeté appel, et la cour d’appel a refusé d’examiner ce volet du dossier.
La cour a par ailleurs écarté la notion d’« emprise psychologique », précédemment centrale dans le dossier, estimant qu’elle ne pouvait être considérée comme établie à aucun stade des relations entre Ramadan et les plaignantes.
Elle a souligné que « la violence constitue l’élément central des différents récits des victimes », précisant que les femmes ont décrit des relations sexuelles d’une grande brutalité comprenant, selon les magistrats, « la saisie de la tête, la contrainte, l’immobilisation ou l’empêchement de se retourner, le poids du corps, des regards agressifs, des paroles et des injonctions visant à imposer la domination et la soumission ».
Selon la radio suisse, Ramadan avait d’abord nié toute relation sexuelle avec les plaignantes, avant de reconnaître, à la mi-2018, l’existence de relations extraconjugales qu’il a qualifiées de « fermes mais consenties », marquant un tournant significatif dans l’affaire.
Tentatives de suspension de la procédure
Ramadan a entrepris plusieurs démarches juridiques visant à retarder le procès, demandant la réouverture de l’instruction sur la base de ce qu’il a présenté comme de nouvelles expertises susceptibles d’établir son innocence.
Ses avocats ont estimé que « l’insistance de la juridiction à maintenir les audiences aux dates fixées ne semble pas garantir un procès équitable », indiquant qu’au cours d’une seule année, il avait déposé au moins cinq requêtes visant à produire de nouveaux éléments de preuve, sans réponse de la présidente de la cour.
Ils ont également évoqué le diagnostic de sclérose en plaques dont souffre Ramadan, soutenant qu’il ne serait « pas en état de comparaître sans risque pour sa santé ».
En Suisse, après avoir été acquitté en première instance, Ramadan a été condamné en appel en septembre 2024 à une peine de trois ans d’emprisonnement, dont un an ferme, pour le viol d’une femme dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008 dans un hôtel à Genève.
Il a annoncé son intention de saisir la Cour européenne des droits de l’homme et a également déposé une demande de révision du jugement, toujours en cours d’examen selon la justice suisse.
