L’Union européenne appelle au retrait des forces militaires de Tripoli : le dispositif de lutte contre le crime nie tout accord avec les sept conditions de Dbeibah

Les tensions sécuritaires dans la capitale libyenne, Tripoli, s’intensifient avec les mouvements militaires entre des factions loyales au gouvernement d’unité nationale sortant dirigé par Abdulhamid Dbeibah et un autre front comprenant le dispositif de lutte contre le crime et d’autres milices. Cette situation menace de compromettre le fragile processus politique et de rouvrir les hostilités armées.
Face à ces développements préoccupants, la mission de l’Union européenne a exprimé sa profonde inquiétude, appelant toutes les parties à résoudre leurs différends par le dialogue pacifique, avec le soutien de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL).
L’ambassadeur de l’UE en Libye, Nicola Ornaldo, a souligné « la nécessité d’éviter toute action mettant en danger la stabilité ou la vie des civils », ajoutant sur la plateforme X que toutes les forces de sécurité doivent se retirer immédiatement des zones habitées.
La mission a réaffirmé sa disposition à soutenir les efforts de l’ONU pour maintenir la paix et protéger les civils contre davantage de souffrances et de destructions. L’UE a, au fil des années, appelé à la cessation de la violence et à un règlement politique inclusif sous l’égide de l’ONU, tout en soutenant la construction des institutions civiles et sécuritaires et en apportant une aide humanitaire aux victimes des conflits récurrents.
Selon des sources au Conseil suprême de l’État, la mission onusienne a exprimé son extrême mécontentement face aux récentes évolutions sécuritaires à Tripoli, notamment le déplacement continu de forces et de véhicules militaires depuis Misrata vers le centre de la capitale, perçu comme une violation manifeste des arrangements sécuritaires convenus.
Le Conseil a reçu des avertissements sérieux selon lesquels la poursuite de ces mouvements pourrait déclencher un conflit à l’intérieur de la ville. Le renforcement militaire en provenance de Misrata, la ville natale de Dbeibah, a suscité de vives inquiétudes quant à un affrontement imminent. Des sources sécuritaires ont rapporté l’arrivée d’environ 1 000 véhicules militaires, incluant blindés et transports de troupes, lors des deux derniers jours, soit le plus important déploiement depuis le début des tensions entre le gouvernement de Dbeibah et le dispositif de lutte contre le crime, qui contrôle des sites stratégiques tels que le port de Tripoli et l’aéroport de Mitiga.
Dans ce contexte tendu, les médias proches du gouvernement de Dbeibah ont rapporté que le ministère de la Défense avait accordé au dispositif de 48 heures pour se conformer aux conditions d’un accord proposé, comprenant la remise des personnes recherchées au procureur général et la cessation de toute obstruction aux procédures officielles.
En réponse, une source du dispositif a indiqué à Russia Today que le groupe n’avait conclu aucun accord final sur ces nouvelles conditions, précisant que ce qui circulait relevait en réalité d’un ancien accord sur des points généraux déjà acceptés par le dispositif, respectant la loi et la souveraineté de l’État.
Par ailleurs, des sources gouvernementales ont confirmé que le dispositif avait effectivement accepté les sept conditions publiées par les médias locaux, mais que leur mise en œuvre n’avait pas encore commencé et devait débuter prochainement. Ces conditions incluent notamment la fin du blocage des institutions de l’État, la capacité pour le Conseil des ministres de dissoudre la Direction de la sécurité judiciaire et le dispositif de lutte contre l’immigration, la remise de la prison et de l’aéroport de Mitiga, des personnes recherchées et du siège du parquet militaire, ainsi que la régulation des prérogatives sécuritaires du dispositif, dont les arrestations uniquement avec l’autorisation du bureau du procureur général.
Ces divergences reflètent un manque de coordination et des informations contradictoires entre les parties, complexifiant davantage la situation sur le terrain.
Face à ces tensions, des notables et chefs tribaux de l’ouest de la Libye ont réaffirmé leur rejet de toute tentative d’entraîner Tripoli dans la guerre, soulignant leur attachement au processus politique et leur opposition à l’escalade militaire. Dans un communiqué devant le siège de la mission onusienne à Genzur, ils ont indiqué que les mouvements militaires et l’afflux de milices vers la capitale, incités par le gouvernement de Dbeibah sous de prétextes jugés fallacieux, ne servent qu’à compromettre le processus lancé par l’ONU.
Ils ont insisté sur l’interdiction d’utiliser les armes pour régler des comptes ou exploiter les ressources de l’État dans des conflits internes, rappelant la nécessité de respecter la volonté du peuple libyen pour parvenir à une solution politique globale. Ils ont également exprimé leur espoir de voir le plan de route de l’ONU lancé officiellement et mis en œuvre à travers la formation d’un gouvernement unifié ouvrant la voie aux élections, considérées comme la seule solution pour sortir de la crise.
Les notables et chefs tribaux ont tenu la mission onusienne et la communauté internationale responsables de la protection de la sécurité de la capitale, demandant des mesures strictes et des sanctions contre ceux qui entravent le processus politique et encouragent l’escalade.
Les réactions politiques se sont multipliées, avertissant des conséquences d’une escalade. Osama Jouili, commandant de la zone militaire de l’ouest montagneux du Conseil présidentiel, a averti que toute action armée dans la capitale, quelle qu’en soit la justification, viserait à saboter le processus politique conduit par l’ONU et aurait des résultats catastrophiques pour tous.
L’ancien candidat à la présidence, Suleiman Al-Bayoudi, a estimé qu’une guerre à grande échelle était improbable, affirmant que le gouvernement de Dbeibah « ne dispose pas des moyens pour la lancer », faute de soutien à Misrata et en s’appuyant sur une « nouvelle génération ayant quitté l’école » sans expérience militaire, rendant tout affrontement limité à 48 heures maximum.
Du côté de la population, le candidat présidentiel Mabrouk Abou Amid a exprimé sa colère sur les réseaux sociaux, qualifiant la situation à Tripoli de « chaud bouillant », critiquant ceux qu’il a appelés les « opportunistes » cherchant à prolonger le chaos et appelant à la mise en place d’un État de droit et au rejet des milices.
Des activistes et des défenseurs des droits humains ont également réaffirmé leur opposition à toute escalade armée. Le « Mouvement du marché du vendredi » a exprimé sa solidarité avec les habitants de Tajoura et a rejeté la transformation de leurs quartiers en champs de bataille, tandis que les résidents de Tajoura ont publié un communiqué condamnant l’entrée de formations armées dans leur région, qualifiant cela d’« agression directe ».
Cette tension s’inscrit dans le cadre de conflits de longue date entre le gouvernement de Dbeibah et le dispositif de lutte contre le crime, avec des tensions répétées à Tripoli ces derniers mois, notamment les affrontements de mai ayant fait des morts et des blessés. Ces différends représentent un défi majeur pour les efforts internationaux visant à restaurer la stabilité en Libye.
Au milieu de ces développements, Tripoli se trouve à un carrefour dangereux, entre un gouvernement cherchant à imposer un nouvel ordre par la force et des alliances armées résistant à toute perte d’influence, tandis que le peuple libyen et la communauté internationale scrutent le sort de la capitale, craignant qu’une étincelle ne déclenche un nouveau conflit aux coûts politiques, humains et économiques considérables.