L’Iran fortifie le front intérieur par les exécutions et les arrestations
L’Iran a annoncé l’exécution d’une personne accusée d’avoir transmis des informations aux États-Unis et à Israël concernant des sites sensibles, dans ce qui constitue la plus récente exécution liée à la dernière guerre, dans une démarche qui semble davantage relever de l’intimidation intérieure.
Le pouvoir judiciaire iranien a annoncé dimanche l’exécution d’un individu accusé d’avoir transmis des informations aux États-Unis et à Israël durant la guerre, dans ce qui constitue le dernier épisode d’une série d’exécutions liées à des infiltrations survenues pendant le conflit. Ces exécutions visent des personnes accusées d’espionnage ou de transmission d’informations sensibles à l’étranger, dans le cadre d’une vaste campagne que les autorités présentent comme destinée à protéger la sécurité nationale et à empêcher les infiltrations des services de renseignement.
Le pouvoir judiciaire a indiqué que cet individu, identifié sous le nom de Mojtaba Kian, « avait transmis des informations sensibles concernant un site lié aux industries de défense », ajoutant que « trois jours après l’envoi de ces informations, le site concerné a été attaqué et entièrement détruit ».
Cette affaire n’est pas un cas isolé. Ces derniers mois, plusieurs condamnations à mort ont été exécutées contre des personnes accusées d’espionnage au profit d’Israël ou des États-Unis. Le 11 mai, l’Iran a exécuté Erfan Shakourzadeh après sa condamnation pour collaboration avec la CIA américaine et le Mossad israélien, ainsi que pour avoir divulgué des informations scientifiques classifiées provenant d’une institution active dans le domaine spatial et des satellites.
Le 2 mai également, les autorités iraniennes ont exécuté Yaqoub Karimi Pour et Nasser Bakrzadeh après leur condamnation pour coopération avec le Mossad et collecte d’informations sur des sites sensibles, notamment des installations liées au programme nucléaire iranien à Natanz.
Le 13 mai, Téhéran a annoncé l’exécution d’Ehsan Afrashteh pour espionnage, coopération avec Israël et transmission d’informations que les autorités ont qualifiées de portant atteinte à la sécurité nationale.
Cette escalade judiciaire s’est accompagnée d’une vaste campagne sécuritaire et médiatique contre ce que Téhéran qualifie de « réseaux d’agents » et de « mercenaires de l’ennemi ». Le chef du pouvoir judiciaire iranien a affirmé que les autorités judiciaires ne feraient preuve d’aucune indulgence envers les personnes accusées d’espionnage ou de coopération avec Israël, soulignant la poursuite des exécutions pour ceux reconnus coupables d’atteintes à la sécurité nationale.
Dans le même contexte, les autorités ont intensifié les poursuites et les arrestations contre des individus accusés d’avoir photographié des installations militaires ou transmis des coordonnées et des informations via Internet et les moyens de communication à des parties étrangères. Elles ont également imposé de larges restrictions sur l’utilisation d’Internet et renforcé la surveillance des réseaux sociaux et des communications numériques afin d’empêcher la fuite de données relatives aux mouvements militaires et aux installations sensibles.
Des études et rapports techniques indiquent que l’Iran a eu recours, au cours de l’année 2026, à des coupures ou restrictions massives d’Internet à l’échelle nationale afin de renforcer son contrôle sécuritaire sur la circulation des informations.
Le gouvernement iranien affirme que ces mesures répondent à ce qu’il considère comme des tentatives israéliennes et américaines d’infiltrer les institutions militaires et scientifiques iraniennes et d’exploiter des informations internes durant la guerre. En revanche, des organisations internationales de défense des droits humains estiment que la vague d’exécutions et de procès liés à l’espionnage s’est nettement accélérée pendant le conflit, dans un contexte de critiques concernant le manque de transparence des procédures judiciaires et les conditions des procès.
La lutte contre l’espionnage et les fuites d’informations est devenue l’une des principales priorités de l’État iranien durant la guerre, Téhéran combinant des mesures sécuritaires renforcées et des sanctions judiciaires sévères, allant jusqu’à l’application de la peine de mort contre ceux accusés de coopération avec les États-Unis ou Israël ou de leur avoir transmis des données portant atteinte à la sécurité nationale iranienne.
Les autorités iraniennes ont également exploité la guerre pour intensifier leur campagne de répression contre les manifestants. L’agence iranienne Tasnim a rapporté l’arrestation de 15 personnes dans la province de Fars pour participation à des « émeutes », sans fournir davantage de détails sur la nature des accusations ou le contexte des événements.
Le régime iranien a lancé une campagne répressive coordonnée et militarisée afin d’empêcher toute poursuite de l’opposition sous quelque forme que ce soit. Dans un précédent rapport, Amnesty International a indiqué que les autorités avaient imposé un climat de militarisation étouffant à la suite des massacres liés aux manifestations, marqué par des arrestations arbitraires massives, des disparitions forcées, l’interdiction des rassemblements et des attaques visant à réduire au silence les familles des victimes.
Diana Eltahawy, directrice adjointe du bureau régional Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International, a déclaré : « Alors que les habitants d’Iran tentent encore de se remettre du deuil et du traumatisme causés par les massacres sans précédent commis lors de la répression des manifestations, les autorités iraniennes mènent une attaque coordonnée contre les droits à la vie, à la dignité et aux libertés fondamentales dans le pays, dans une tentative criminelle d’intimider et de réduire la population au silence. Par le blocage continu des services Internet, les autorités isolent délibérément plus de 90 millions de personnes du reste du monde afin de dissimuler leurs crimes et d’échapper à toute responsabilité. »
