L’intelligence artificielle redéfinit les élections aux États-Unis
À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, les campagnes électorales connaissent une diffusion massive de la technologie des deepfakes alimentée par l’intelligence artificielle.
Autrefois, les publicités électorales utilisant des images et des vidéos générées par l’intelligence artificielle semblaient relever de la satire. Aujourd’hui, elles sont largement répandues dans les campagnes américaines, notamment à travers des publicités d’attaque présentant des candidats dans des situations embarrassantes et totalement fictives.
Selon le média américain Axios, cette pratique, qui demeure largement non réglementée, bouleverse considérablement les normes non écrites des campagnes politiques et brouille la frontière entre la réalité et la fiction.
Bien que certaines campagnes reconnaissent volontairement leur recours à l’intelligence artificielle, cette transparence n’est pas obligatoire. Les démocrates cherchent à modifier cette situation s’ils reprennent le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat prévues en novembre prochain.
L’exemple le plus récent d’utilisation controversée de l’intelligence artificielle concerne une publicité négative visant James Talarico, candidat démocrate au Sénat de l’État du Texas. Cette publicité a été diffusée par un groupe appelé « Citizens for Rationality », favorable au président Donald Trump.
La vidéo montre Talarico portant une robe et interprétant une version abrégée de la chanson « My Favorite Things », dont les paroles évoquent les enfants transgenres.
James Talarico est depuis longtemps la cible de ce type de pratiques. En mars dernier, le Comité national républicain sénatorial avait déjà utilisé l’intelligence artificielle pour le représenter lisant d’anciens messages publiés sur les réseaux sociaux. Bien que les publications soient authentiques, leur lecture était entièrement générée artificiellement.
Des foyers d’utilisation intensive
La course au Sénat au Texas est devenue l’un des principaux foyers d’utilisation de l’intelligence artificielle. Les républicains John Cornyn et Ken Paxton, ainsi que la démocrate Jasmine Crockett, y ont tous eu recours à différents degrés pendant les élections primaires.
Cependant, il ne s’agit pas du seul scrutin concerné. Les élections primaires de la quatrième circonscription du Kentucky ont également connu un usage intensif de l’intelligence artificielle par les deux camps.
Parmi les exemples figure une publicité intitulée « Trio », contenant des images manipulées par deepfake du représentant républicain Thomas Massie. On l’y voit dîner, s’enregistrer dans un hôtel et tenir la main des représentantes démocrates Ilhan Omar et Alexandria Ocasio-Cortez.
D’autres publicités favorables à Massie ont utilisé l’intelligence artificielle pour représenter un éléphant coiffé à la manière de Donald Trump et portant une casquette arborant le slogan « Make America Great Again », ainsi que son rival Ed Gallrein abandonnant Trump dans une tranchée.
Dans l’État de Géorgie, le candidat au poste de gouverneur Brad Raffensperger a utilisé l’intelligence artificielle dans plusieurs publicités montrant ses adversaires lors des primaires républicaines tirant au hasard en l’air et se battant avec des bâtons.
Un autre candidat à la fonction de gouverneur, Burt Jones, a quant à lui produit une publicité entièrement générée par intelligence artificielle montrant son adversaire lors du second tour des primaires républicaines, Rick Jackson, jetant de l’argent dans un four.
L’utilisation de l’intelligence artificielle ne se limite pas aux républicains. Au Texas, Jasmine Crockett a utilisé cette technologie pour amplifier artificiellement la taille des foules présentes dans l’une de ses publicités. Elle a également publié sur les réseaux sociaux une vidéo générée par intelligence artificielle la représentant, ainsi que Donald Trump et d’autres personnalités, sous la forme de bébés.
Auparavant, Andrew Cuomo, démocrate devenu indépendant, avait utilisé l’intelligence artificielle lors de la campagne pour la mairie de New York à la fin de l’année dernière. Une publicité le montrait exerçant diverses professions, notamment conducteur de métro, courtier en bourse, employé de théâtre et laveur de vitres.
Dans l’État du Maryland, une nouvelle publicité du démocrate Harry Dunn, candidat à la cinquième circonscription du Congrès, contient une courte séquence montrant des hommes générés par intelligence artificielle portant des costumes marqués « Crypto » et « AIPAC », lançant des ballons de basket dorés dans un jeu de fête foraine.
