Politique

Le Japon surmonte la peur de la catastrophe de Fukushima sous la pression du besoin d’une énergie stable


Sous la pression croissante de la nécessité d’assurer un approvisionnement électrique stable et abordable, le Japon est confronté au traumatisme persistant de la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Selon un projet de politique publique qui doit être présenté vendredi et dont a fait état la radiotélévision publique japonaise, le pays prévoit de reconstruire entre deux et cinq anciens réacteurs nucléaires d’ici les années 2040, puis entre onze et quatorze réacteurs d’ici les années 2050, dans le cadre de ses efforts visant à garantir une fourniture d’électricité stable.

Cette proposition, qui sera présentée par le ministère de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie lors d’une réunion consacrée à la politique nucléaire, reflète une évolution vers une dépendance accrue à l’énergie atomique afin de répondre à la hausse de la demande d’électricité et de réduire les coûteuses importations de combustibles.

Le Japon avait fermé l’ensemble de ses cinquante-quatre réacteurs nucléaires opérationnels à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, en raison des inquiétudes de l’opinion publique concernant les normes de sécurité du secteur. Sur les trente-trois unités jugées aptes à être remises en service, seules quinze ont été redémarrées jusqu’à présent.

Le spectre de la catastrophe

Le 11 mars 2011, un puissant séisme de magnitude 9 sur l’échelle de Richter a frappé les côtes nord-est du Japon.

Ce tremblement de terre a provoqué un tsunami dévastateur qui a submergé la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, entraînant une panne totale de l’alimentation électrique ainsi que des systèmes de refroidissement de secours.

Cette défaillance a provoqué la fusion du cœur de trois réacteurs ainsi que des explosions d’hydrogène ayant entraîné une importante fuite radioactive. L’événement a été classé comme la catastrophe nucléaire la plus grave au monde depuis l’accident de Tchernobyl en 1986. Plus de 150 000 habitants ont dû être évacués, tandis que les conséquences environnementales et économiques continuent de se faire sentir à travers des villes abandonnées et des inquiétudes persistantes concernant les eaux radioactives traitées.

Une crise multidimensionnelle

Sous la pression de la nécessité de garantir des sources d’énergie fiables, le Japon est confronté à deux défis majeurs. Le premier consiste à convaincre l’opinion publique de la nécessité de réexaminer la politique nucléaire du pays. Le second concerne la reconstruction ou le remplacement des réacteurs vieillissants.

L’année dernière, Tokyo a révisé sa stratégie énergétique fondamentale afin de maximiser l’utilisation de l’énergie nucléaire. Toutefois, de nombreux réacteurs approchent ou dépassent leur durée de vie opérationnelle de soixante ans, ce qui suscite des inquiétudes quant à une diminution future de la capacité nucléaire, même si le pays poursuit la remise en service de centrales actuellement à l’arrêt.

Ces mesures interviennent également à un moment où la demande d’électricité devrait augmenter fortement, notamment sous l’effet de la croissance des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle.

Un facteur supplémentaire

La crise du détroit d’Ormuz, fermé par l’Iran depuis février dernier dans le contexte de son conflit avec les États-Unis, a aggravé les difficultés énergétiques du Japon.

Le Japon figure parmi les économies les plus dépendantes du détroit d’Ormuz pour satisfaire ses besoins énergétiques, puisque 90 à 93 % de ses importations totales de pétrole brut transitent par cette voie maritime stratégique.

Conformément à son plan énergétique actuel, le Japon vise à porter la part de l’énergie nucléaire dans son mix électrique à environ 20 % d’ici l’exercice budgétaire 2040, contre 9,4 % au cours de l’exercice 2024.

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