Le silence des généraux soudanais face aux frappes égyptiennes : dépendance militaire et calculs liés à la guerre civile
Des F-16 égyptiens bombardent des mineurs soudanais avec des bombes de 400 kilogrammes

La position officielle et la réponse diplomatique et sécuritaire des autorités gouvernementales et du Conseil de souveraineté de transition au Soudan ont suscité une profonde indignation populaire et politique parmi les citoyens et les forces vives de la société civile. La réaction gouvernementale a été qualifiée d’« extrême faiblesse, de silence suspect et de défaillance injustifiable » face à une agression militaire étrangère flagrante ayant coûté la vie à des dizaines de citoyens soudanais à l’intérieur même du territoire national.
-
Les frappes de Chamal al-Wadi, au Soudan, placent l’Égypte et al-Burhan face aux enjeux de souveraineté
-
Al-Burhan échange-t-il des territoires soudanais contre le soutien de l’Égypte ? Al-Sissi étend son influence, tandis que l’or soulève des questions de souveraineté et de coût de la guerre
Malgré l’ampleur de la catastrophe humanitaire et la mort de 72 à 200 civils soudanais sous les bombes lourdes égyptiennes dans la mine d’al-Aqidat, dans l’État du Nil, le commandement de l’armée soudanaise, dirigé par le général Abdel Fattah al-Burhan, et son gouvernement désigné à Port-Soudan n’ont publié ni ferme condamnation ni protestation officielle immédiate.
Après des pressions persistantes des médias et des défenseurs des droits humains, ils se sont contentés de timides instructions visant à « ouvrir une enquête interne » pour établir les circonstances de l’incident et identifier ses auteurs, sans accuser directement ou explicitement la partie égyptienne.
-
L’Égypte mise en cause après le bombardement d’une mine d’or soudanaise : al-Burhan fait-il payer son alliance avec al-Sissi par le sang et les richesses des Soudanais ?
-
Le rôle de l’Égypte dans la guerre au Soudan : impératifs de sécurité nationale et effets du soutien militaire sur la prolongation du conflit

Les analystes politiques et les observateurs du Soudan attribuent ce silence officiel controversé à une « dépendance politique et militaire totale » du commandement soudanais envers son allié égyptien, dans le contexte de la guerre existentielle acharnée menée par l’État contre les Forces de soutien rapide depuis avril 2023.
Les généraux installés à Port-Soudan considèrent l’Égypte comme leur principal et dernier soutien stratégique, politique et diplomatique sur les scènes régionale et internationale. Les Forces armées soudanaises dépendent de manière vitale et continue du soutien logistique, de la formation militaire, de l’appui en matière de renseignement et de la couverture diplomatique assurés par Le Caire dans les enceintes internationales.
-
Comment l’Égypte a-t-elle soutenu politiquement et diplomatiquement le maintien de l’armée soudanaise et renforcé son influence dans la conduite de la guerre ?
-
La multiplicité des rôles régionaux dans la crise soudanaise et le rôle de l’Égypte

À cela s’ajoute l’accueil par l’Égypte de millions de Soudanais déplacés et réfugiés, ainsi que des familles de hauts responsables militaires. Cette situation rendrait le commandement soudanais totalement incapable d’adopter publiquement une position ferme ou de hausser le ton contre l’Égypte, au risque de perdre cet allié et soutien historique, même au prix d’un silence sur le bombardement et la mort de ses citoyens et de ses mineurs artisanaux à l’intérieur de ses frontières.
À l’inverse, les organisations civiles, les défenseurs des droits humains et les juristes indépendants soudanais, au premier rang desquels le collectif « Avocats de l’urgence », ainsi que de nombreux militants sur les réseaux sociaux, ont intensifié leurs critiques virulentes contre le commandement militaire et les généraux. Ils les accusent d’avoir « trahi la confiance placée en eux et abandonné leur devoir constitutionnel fondamental » de protéger la vie des citoyens et de défendre la souveraineté nationale contre toute incursion ou agression extérieure.
-
Comment l’Égypte contribue-t-elle à reconstituer son adversaire idéologique par l’intermédiaire de la scène soudanaise ?
-
Comment la crise soudanaise menace-t-elle les intérêts sécuritaires et économiques de l’Égypte, de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie saoudite ?

Les communiqués des organisations de défense des droits humains ont dénoncé le contraste cruel et douloureux vécu par la population : des civils désarmés sont abandonnés face à la machine de mort et de destruction que représentent les avions et les bombes d’un pays voisin, tandis que les acteurs militaires soudanais se consacrent aux combats, à la destruction des villes et au pillage des ressources.
Ces organisations ont réclamé la fin de l’opacité officielle et la création de commissions d’enquête internationales indépendantes relevant des Nations unies et du Conseil de sécurité, afin d’établir les faits du massacre du mont al-Aqidat et de documenter l’identité des victimes et des disparus. Elles souhaitent ainsi constituer un dossier complet à présenter aux juridictions et aux mécanismes internationaux pour demander des comptes aux dirigeants responsables d’avoir ordonné et exécuté ce bombardement meurtrier.
-
Escalade des expulsions forcées de réfugiés soudanais en Égypte au milieu de préoccupations humanitaires
-
Les campagnes de rapatriement forcé des réfugiés soudanais en Égypte
