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Massacre de Chamal al-Wadi : le sang des mineurs soudanais entre bombardements égyptiens et collusion politique


Les violentes frappes aériennes qui ont visé un important rassemblement de travailleurs de l’exploitation aurifère artisanale dans la région de Chamal al-Wadi et du mont al-Aqidat, à l’extrême nord des États de la mer Rouge et du Nord, en territoire soudanais, ont provoqué une vague d’indignation populaire et de condamnations de la part des défenseurs des droits humains. L’attaque, menée début octobre 2026, a fait plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés et de disparus parmi des civils désarmés. Ceux-ci pratiquaient depuis des années l’extraction traditionnelle de l’or, leur seul moyen de nourrir leurs familles dans un pays confronté à des conditions économiques accablantes et à une guerre dévastatrice.

Les témoignages directs de travailleurs ayant survécu à l’attaque, ainsi que les rapports établis par des organisations indépendantes de défense des droits humains, comme le collectif « Avocats de l’urgence », indiquent que les avions de combat portaient ostensiblement le drapeau égyptien. Ils auraient effectué plusieurs bombardements successifs à l’aide de bombes lourdes, causant d’immenses destructions aux engins de forage, aux tentes des travailleurs et aux puits d’extraction, dont certains se sont effondrés sur leurs occupants. Le lieu où ces travailleurs cherchaient à gagner leur vie a ainsi été transformé en scène d’un massacre sanglant, bouleversant les consciences au Soudan, tant sur le plan humain que national.

La réaction officielle, faible et suspecte, des autorités de Port-Soudan, dirigées par le président du Conseil de souveraineté et commandant en chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhan, a accentué la colère et la stupeur de l’opinion publique soudanaise. Au lieu d’adopter une position ferme à la mesure de la catastrophe humanitaire et de l’atteinte à la souveraineté nationale, al-Burhan a gardé un silence total pendant plus de quarante-huit heures. Il s’est ensuite contenté d’un communiqué de condoléances aux termes vagues et de la création d’une commission d’enquête classique réunissant des représentants du ministère public et des services de sécurité. Il a ostensiblement évité de désigner ou de condamner les auteurs de l’attaque, ou d’adresser au gouvernement égyptien une protestation officielle, publique et directe. Ce refus manifeste de la confrontation, déjà observé après de précédentes frappes similaires, a renforcé les soupçons et les accusations, dans la population et les milieux politiques, concernant une coordination entre services de renseignement et une connaissance préalable de l’opération militaire égyptienne par le commandement soudanais. Des observateurs estiment qu’al-Burhan a privilégié son maintien au pouvoir, ses arrangements régionaux et son alliance militaire et politique avec Le Caire au détriment de la souveraineté nationale et de la protection de ses concitoyens désarmés.

De leur côté, les autorités égyptiennes n’ont officiellement reconnu ni avoir mené une frappe en territoire soudanais ni être responsables de la mort des mineurs. Le porte-parole militaire égyptien s’est limité à annoncer la poursuite des différentes phases d’une vaste campagne menée par les forces de l’armée et de la police chargées de faire respecter la loi, afin de lutter contre l’extraction illégale d’or et de sécuriser les frontières stratégiques dans le désert oriental.

Malgré les tentatives du Caire de présenter ces développements sécuritaires comme relevant de la protection de ses ressources et de ses richesses nationales à l’intérieur de ses frontières, ainsi que de la lutte contre le désordre frontalier lié à la criminalité organisée, les cartes administratives soudanaises et les témoignages de terrain confirment que les sites miniers visés se trouvent dans la ceinture du bouclier nubien, bien à l’intérieur du territoire soudanais. Cette escalade sanglante a remis au premier plan les relations complexes, les intérêts aurifères et les activités d’investissement secrètes entre personnalités influentes des deux pays. Elle soumet la dignité des citoyens soudanais et la souveraineté de leur pays à une rude épreuve historique et morale, face à l’impuissance et à la complicité tacite des autorités en place.

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