La crise du dollar pèse sur le Soudan : les autorités de Port-Soudan face aux difficultés d’importation et à la hausse du coût de la vie
L’économie soudanaise subit des pressions croissantes en raison du déséquilibre entre la demande de devises et les recettes disponibles provenant des exportations, alors que les conséquences de la guerre, le recul de la production et les perturbations commerciales persistent. Les autorités de Port-Soudan sont confrontées à des défis interdépendants : obtenir les devises nécessaires à l’importation des biens essentiels, des carburants et des intrants, tandis que le pouvoir d’achat diminue et que le coût de la vie augmente. Cette crise dépasse le marché des changes. Elle touche les marchés, le commerce et la production, mettant à l’épreuve la capacité de l’économie soudanaise à satisfaire les besoins quotidiens et à retrouver une certaine stabilité.
L’une des principales difficultés réside dans la dépendance de l’économie aux importations pour répondre à une large part de ses besoins, face à des ressources limitées en devises pour les financer. Lorsque la demande de dollars et d’autres monnaies augmente sans progression correspondante de l’offre, la pression sur le taux de change s’accentue et les produits étrangers deviennent plus coûteux. Ce déséquilibre s’aggrave lorsque les exportations diminuent ou accèdent plus difficilement aux marchés internationaux, leurs recettes constituant une source importante de devises pour financer le commerce extérieur.
L’économie soudanaise a subi une forte contraction en 2023 et en 2024 sous l’effet de la guerre, des dommages aux infrastructures et de l’interruption de nombreuses activités de production, de services et de commerce. Malgré des estimations faisant état d’une amélioration limitée en 2025, les conséquences du conflit continuent d’entraver la reprise de la production, la création d’emplois et l’augmentation des recettes.
Les pressions actuelles ne résultent donc pas d’un seul facteur monétaire. Elles s’inscrivent dans une situation économique plus large, marquée par l’affaiblissement des capacités productives, les difficultés d’acheminement des marchandises, la désorganisation des chaînes d’approvisionnement et l’augmentation des besoins essentiels.
La faiblesse des exportations creuse le déficit de devises
Les exportations sont essentielles pour comprendre la crise des devises au Soudan : elles procurent les ressources nécessaires pour financer une partie des importations et régler les engagements commerciaux extérieurs. Lorsque les secteurs productifs exportent moins, les importateurs peinent davantage à obtenir les devises indispensables à l’achat de nourriture, de carburants, de matières premières et de machines. La question ne concerne pas seulement les quantités pouvant être vendues à l’étranger. Elle englobe les coûts de production, de transport, de stockage et d’assurance, la régularité des échanges et la capacité des exportateurs à répondre aux exigences des marchés internationaux.
La capacité d’exportation diminue lorsque l’agriculture, l’élevage, l’industrie et le secteur minier rencontrent des difficultés d’accès aux intrants, à l’énergie, au financement ou aux transports. Les dommages aux routes, aux infrastructures et aux marchés peuvent également renchérir l’acheminement des produits depuis les zones de production jusqu’aux ports et aux centres de collecte. Certains produits deviennent alors moins compétitifs à l’étranger, les volumes exportés peuvent diminuer et les livraisons être retardées, limitant les entrées de devises.
Le pays ne peut toutefois pas réduire ses importations de manière indifférenciée, car une part importante répond aux besoins de la population et au maintien de la production. Le blé, la farine, les huiles, les carburants et les intrants agricoles et industriels jouent un rôle direct dans l’approvisionnement alimentaire et le fonctionnement des entreprises. Répondre au déficit de devises exige donc de distinguer les importations indispensables des autres, tout en développant la production locale capable de satisfaire la demande, en diversifiant les exportations et en améliorant l’utilisation des ressources disponibles.
Les politiques économiques des autorités de Port-Soudan ont ici un rôle déterminant : définir les priorités d’affectation des devises et créer un environnement permettant aux producteurs et aux exportateurs de poursuivre leurs activités. Les mesures visant à réduire la demande de monnaies étrangères peuvent atténuer certaines pressions, mais elles ne permettront pas une stabilité durable sans une augmentation réelle des sources de devises et une amélioration des capacités de production et d’exportation.
La dépréciation monétaire et l’inflation pèsent sur les citoyens
Le déséquilibre du marché des devises se répercute directement sur la valeur de la livre soudanaise. Lorsque les monnaies étrangères deviennent plus coûteuses, les montants en monnaie nationale nécessaires au financement des importations augmentent. Si un importateur doit dépenser davantage pour obtenir la même quantité de dollars, le coût des marchandises s’accroît avant même leur arrivée sur les marchés. S’y ajoutent ensuite les frais d’expédition, d’assurance, de dédouanement, de stockage et de transport intérieur. Dans un contexte de faible pouvoir d’achat, répercuter ces hausses sur les consommateurs entraîne des conséquences sociales importantes.
La situation se complique lorsque les taux de change varient fréquemment. Les commerçants peinent alors à fixer leurs prix et à préserver la valeur de leur capital. Des marchandises importées à un certain coût peuvent nécessiter des sommes plus élevées pour être rachetées, ce qui conduit certains vendeurs à ajuster leurs prix en prévision de dépenses futures. D’autres peuvent réduire leurs stocks ou reporter leurs importations jusqu’à ce que les tendances du marché se précisent, au risque de limiter l’offre et d’accentuer les fluctuations des prix.
Une inflation persistante réduit le pouvoir d’achat des revenus, particulièrement chez les salariés, les petits entrepreneurs et les travailleurs dépendant de rémunérations journalières ou de recettes irrégulières. La hausse des prix de l’alimentation, des transports et de l’énergie oblige les ménages à réorganiser leurs dépenses et peut les conduire à réduire certains achats pour préserver l’essentiel. Dans ces conditions, la crise se mesure non seulement à la hausse des prix, mais aussi à la capacité des citoyens à accéder à la nourriture, aux médicaments et aux services indispensables.
Les entreprises subissent également des pressions croissantes dues à l’augmentation des coûts de fonctionnement et au recul de la demande. Les commerces, restaurants, ateliers et petites entreprises doivent couvrir leurs dépenses de loyer, d’énergie, de transport et de matières premières, alors que leur clientèle peut diminuer ou acheter moins. Si les coûts progressent plus vite que les recettes, certaines activités peuvent être contraintes de réduire leurs effectifs ou leurs horaires, ajoutant de nouvelles difficultés au marché du travail et aux revenus des ménages.
La crise des carburants renchérit le transport et la production
Les carburants constituent un maillon essentiel dans la transmission de la crise des devises aux différents secteurs, en raison de leur rôle dans les transports, l’agriculture, l’industrie, le commerce et les services. L’importation de produits pétroliers nécessite des paiements en devises. Les difficultés à obtenir ces monnaies ou les retards de règlement des fournisseurs peuvent donc perturber les approvisionnements. Lorsque les volumes disponibles diminuent ou deviennent plus coûteux, les conséquences dépassent les stations-service : elles touchent le transport des marchandises et le fonctionnement des équipements, des machines et des générateurs.
Ces effets sont particulièrement visibles dans l’acheminement des denrées alimentaires depuis les zones de production vers les villes et les marchés. La hausse des carburants accroît le coût d’exploitation des camions et peut augmenter les tarifs de transport des récoltes, des produits agricoles et des marchandises importées. Ces dépenses supplémentaires se répercutent progressivement sur les prix de vente, même lorsque le produit n’est pas importé. L’augmentation des coûts énergétiques peut également empêcher certaines usines et entreprises commerciales de maintenir leur niveau habituel d’activité.
Le problème devient plus important lorsqu’il s’accompagne de dégradations des infrastructures et d’une moindre efficacité des voies de transport et d’approvisionnement. Les retards de livraison ou l’utilisation d’itinéraires plus longs peuvent augmenter les dépenses et les risques de détérioration, particulièrement pour les aliments nécessitant des conditions adaptées de stockage et de transport. La stabilité du marché des carburants dépend donc non seulement des quantités disponibles, mais aussi de l’efficacité de la distribution et de la capacité à approvisionner les différentes régions à un coût abordable.
Dans ce contexte, les autorités de Port-Soudan doivent concilier la sécurisation des importations de carburants et la préservation des ressources disponibles en devises. Réduire les achats de produits pétroliers peut diminuer à court terme la demande de monnaies étrangères, mais aussi augmenter les coûts de transport et de production en l’absence d’alternatives adaptées. La gestion de ce dossier nécessite donc une évaluation des besoins réels des secteurs vitaux, de meilleurs mécanismes de distribution et une réduction des blocages qui renchérissent le coût final pour les consommateurs.
La hausse des prix de la farine, de l’huile et du sucre alourdit les dépenses quotidiennes
Les denrées alimentaires essentielles figurent parmi les produits les plus touchés par les pressions économiques, car elles sont directement liées aux dépenses quotidiennes des ménages. La hausse des prix de la farine, de l’huile et du sucre impose des choix difficiles, surtout lorsque les revenus ne suivent pas l’augmentation du coût de la vie. Les familles peuvent être contraintes d’acheter moins, de chercher des alternatives moins chères ou de renoncer à certains produits pour financer leurs besoins les plus urgents.
Les prix de ces biens dépendent de plusieurs facteurs étroitement liés : coûts d’importation, taux de change, transport, taxes, droits, stockage et distribution. Même les produits disponibles localement ne sont pas à l’abri, puisque leur fabrication et leur commercialisation peuvent dépendre de carburants, de machines, d’emballages et d’autres intrants sensibles aux fluctuations du marché. Répondre à la hausse des prix exige donc d’examiner l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, plutôt que le seul prix de vente final.
Les disparités régionales rendent aussi plus difficile l’accès à des produits à des prix comparables. Les zones éloignées des centres de production et de distribution peuvent supporter des frais de transport plus élevés, tandis que les régions touchées par la guerre subissent des difficultés supplémentaires liées aux pénuries et aux perturbations des routes. Ces écarts entraînent des charges différentes selon les territoires et rendent certains ménages plus vulnérables aux pénuries et à la hausse des prix.
Les restrictions à l’importation et les taxes à l’épreuve des marchés
La crise des devises soulève un débat sur l’efficacité des restrictions à l’importation et leur capacité à atténuer la pression sur le marché des changes sans provoquer de pénuries ni d’augmentations de prix. Sur le plan économique, limiter les importations non essentielles peut permettre d’affecter les devises à l’alimentation, aux carburants et aux intrants. La réussite de cette politique dépend toutefois de l’existence d’alternatives locales suffisantes et de l’exclusion des matériaux dont les producteurs ont besoin pour faire fonctionner leurs usines ou poursuivre leurs activités.
Les taxes et les droits influencent, quant à eux, le coût final des marchandises lorsqu’ils s’ajoutent aux dépenses d’importation, de transport et de stockage. Dans un contexte où les devises deviennent plus coûteuses, des charges supplémentaires imposées aux commerçants peuvent augmenter les prix payés par les consommateurs ou réduire l’activité. Les autorités ont néanmoins besoin de recettes pour financer les services et leurs obligations publiques. La réforme fiscale exige donc un équilibre entre les revenus de l’État et les capacités économiques des citoyens et des entreprises.
Il est ainsi important de revoir les procédures douanières et fiscales en tenant compte de la nature et de l’importance des produits, et de simplifier les démarches qui retardent les livraisons et augmentent leurs coûts. Des règles d’importation claires et l’absence de changements soudains facilitent la planification des commerçants et réduisent les risques intégrés aux prix. La surveillance des marchés et une meilleure transparence des coûts d’importation et de distribution peuvent également limiter les pratiques qui alourdissent les charges des consommateurs.
La production et les exportations comme leviers de sortie de crise
Surmonter la crise des devises au Soudan nécessite de traiter ses causes économiques, en particulier la faiblesse des capacités productives et des recettes d’exportation. Cela passe par le soutien à l’agriculture, à l’élevage et aux industries alimentaires, l’accès au financement, aux intrants et à l’énergie, l’amélioration des transports et du stockage et la facilitation de l’accès des produits soudanais aux marchés étrangers. Des exportations durables peuvent générer des ressources supplémentaires en devises, tandis qu’une production locale accrue réduit la dépendance à certaines importations.
La protection du pouvoir d’achat demeure parallèlement une urgence : toute amélioration économique doit se traduire par une disponibilité accrue des produits, des emplois et des revenus. La réponse peut comprendre des mesures ciblées sur les ménages les plus touchés et un meilleur accès à l’aide et aux biens essentiels dans les régions confrontées à des pénuries, tout en évitant les politiques qui renchérissent l’alimentation et les carburants sans en évaluer suffisamment les effets.
La crise du dollar sous les autorités de Port-Soudan révèle ainsi les liens étroits entre faiblesse des exportations, hausse des coûts d’importation, dépréciation monétaire et inflation. Ces pressions se transmettent aux prix des carburants, de la farine, de l’huile et du sucre, puis affectent les ménages, les commerçants, les producteurs et l’activité quotidienne. La maîtrise des importations ne suffira pas sans un soutien à la production, une augmentation des exportations, une meilleure gestion des devises et un allègement des charges des citoyens. La stabilité économique ne repose pas uniquement sur l’obtention des monnaies nécessaires aux importations, mais sur des capacités productives et commerciales permettant au Soudan de satisfaire ses besoins plus régulièrement et offrant aux marchés et aux ménages davantage de moyens pour faire face aux difficultés du quotidien.
