Exclusif

Les nouvelles preuves concernant le programme d’armes chimiques au Soudan… Que révèlent les documents et les images ?


La question des armes chimiques au Soudan ne se limite plus à des déclarations politiques ou à des accusations réciproques entre Washington et Khartoum. En septembre 2026, un nouvel ensemble de documents, de photographies, de vidéos et de communications a été rendu public, remettant l’affaire au premier plan et poussant d’anciens experts du domaine des armes chimiques à réclamer une enquête internationale indépendante.

Ces développements interviennent plus d’un an après l’annonce par les États-Unis selon laquelle ils avaient conclu que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques au cours de l’année 2024.

Les enquêtes récemment publiées font état de preuves que des médias internationaux présentent comme décrivant un programme militaire destiné à produire des munitions à base de chlore, à les tester et à les stocker, avant leur utilisation dans le contexte de la guerre entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide.

Mais malgré la gravité de ces éléments, la vérification définitive des faits demeure une question distincte de la publication des preuves ou de leur évaluation par les médias.

Qu’a déclaré Washington ?

En avril 2025, les États-Unis ont annoncé avoir décidé, en vertu de la législation américaine relative aux armes chimiques et biologiques, que le gouvernement soudanais avait utilisé des armes chimiques au cours de l’année 2024.

En 2026, l’administration américaine a procédé à un nouvel examen du dossier, selon les déclarations de Massad Boulos, conseiller du président américain pour les affaires arabes et africaines, et est parvenue à la même conclusion.

En juillet 2026, Washington a renouvelé sa position devant l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, réaffirmant son accusation selon laquelle le Soudan avait utilisé des armes chimiques en 2024 et demandant un accès indépendant et transparent à l’organisme international compétent.

Mais le fait marquant est que les derniers mois ont vu apparaître de nouveaux éléments allant au-delà des déclarations politiques, sous la forme de photographies, de documents et de données numériques.

Un dossier de renseignement ouvre la voie

Le 5 septembre 2026, le New York Times a publié une enquête fondée sur un dossier fourni par un service de renseignement du Moyen-Orient.

Selon le journal, le dossier comprenait des photographies, des vidéos, des documents et des communications interceptées, qui décriraient un programme secret au sein de l’institution militaire soudanaise visant à produire des munitions chimiques à base de chlore au cours de l’année 2024.

Le même jour, le Washington Post a publié une enquête distincte fondée sur un ensemble de documents, de messages, de photographies et de vidéos. Le journal a indiqué que ces éléments faisaient état de la constitution d’un stock d’armes chimiques.

L’enquête évoquait des munitions ainsi que des photographies d’essais menés dans des zones désertiques, en plus de messages échangés entre des personnes que des sources de renseignement ont présentées comme étant liées à l’institution militaire soudanaise.

Ces éléments ne signifient pas automatiquement que chaque détail contenu dans les dossiers est désormais un fait établi sur le plan judiciaire. Ils constituent néanmoins une évolution importante, car ils fournissent des éléments susceptibles d’être examinés, comparés et vérifiés.

Le chlore au cœur de l’affaire

L’élément le plus présent dans les nouveaux rapports est le chlore.

Le chlore est une substance qui possède de nombreuses utilisations civiles, notamment dans le traitement de l’eau. Sa présence au Soudan ne signifie donc pas, à elle seule, l’existence d’un programme d’armes chimiques.

Le problème commence lorsque son utilisation passe du domaine civil à celui de l’emploi comme arme.

Les rapports publiés indiquent que certains documents et certaines photographies feraient état de la transformation de conteneurs et de matériaux liés au chlore en munitions.

Selon le Washington Post, les éléments examinés par le journal comprenaient des photographies de munitions artisanales, des vidéos d’essais réalisés dans des zones désertiques, ainsi que des documents et des messages évoquant la conception et le stockage des munitions.

Mais les experts interrogés par le journal ont souligné qu’une vérification définitive nécessiterait l’accès aux sites concernés, aux témoins et aux éléments matériels.

Il s’agit d’un point essentiel dans ce dossier, car les photographies et les vidéos peuvent fournir des indications importantes, mais elles nécessitent un contexte indépendant permettant d’établir le lieu et la date de leur réalisation ainsi que l’identité de l’entité ayant produit les éléments qui y apparaissent.

Les armes ont-elles réellement été utilisées ?

C’est la question la plus sensible.

Établir l’existence de munitions ou d’un programme destiné à les produire ne revient pas automatiquement à prouver leur utilisation lors d’attaques précises.

C’est pourquoi les enquêtes internationales se concentrent sur le lien entre trois éléments : l’existence d’une capacité à produire l’arme, l’existence de preuves de son utilisation et la présence de victimes ou de traces sur le terrain susceptibles d’être analysées.

En septembre 2026, Euronews a rapporté, en citant d’anciens responsables de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, qu’une enquête indépendante avait recueilli les témoignages de huit Soudanais faisant état d’indications qu’ils estimaient compatibles avec une exposition à des substances toxiques, en s’appuyant également sur des éléments visuels et numériques.

Mais le même rapport a précisé que l’équipe n’avait pas été en mesure de vérifier directement l’ensemble des éléments ni d’interroger tous les témoins.

Cela illustre une nouvelle fois la différence entre « des éléments qui justifient une enquête » et « des preuves permettant d’établir les responsabilités ».

La position de Khartoum

De son côté, le gouvernement soudanais rejette les accusations.

Le gouvernement a déclaré que les substances chimiques présentes au Soudan étaient destinées à des usages civils, notamment dans le traitement de l’eau, l’industrie et le secteur de l’énergie.

Khartoum a également indiqué qu’il respectait la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et demandé une vérification objective et transparente des allégations.

Une commission nationale soudanaise a présenté un rapport provisoire affirmant n’avoir trouvé aucun élément matériel, technique ou documentaire prouvant l’utilisation d’armes chimiques sur les sites qu’elle avait examinés.

Dès lors, le différend ne porte pas uniquement sur ce qui s’est produit sur le champ de bataille, mais également sur la question de savoir qui détient les preuves, comment elles ont été recueillies et qui est en mesure de les vérifier.

Pourquoi la pression en faveur d’une enquête s’intensifie-t-elle ?

Parce que le dossier est entré dans une nouvelle phase.

Auparavant, il pouvait être considéré comme une accusation américaine démentie par Khartoum.

Désormais, plusieurs enquêtes journalistiques ont été publiées, des rapports d’anciens experts ont émergé et des éléments de renseignement ont été examinés par des médias qui affirment les avoir étudiés, tandis que la position américaine demeure inchangée.

Cette accumulation renforce la nécessité d’une enquête internationale indépendante.

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques dispose de l’expertise technique et du cadre juridique nécessaires pour vérifier les allégations.

Une enquête internationale pourrait également distinguer les différents faits : existait-il des munitions chimiques ? Contenaient-elles effectivement des substances toxiques ? Où ont-elles été utilisées ? Qui les a produites ? Et ont-elles été utilisées uniquement contre des forces combattantes ou leurs effets ont-ils également atteint des civils ?

Une guerre dans la guerre

Le plus préoccupant dans ce dossier est que la guerre au Soudan elle-même n’est plus un conflit limité entre deux forces.

Depuis le déclenchement des combats en avril 2023, le Soudan a connu des violations à grande échelle ainsi que des accusations réciproques concernant des crimes commis contre des civils.

À ce tableau se sont ajoutées, en 2026, de nouvelles accusations liées aux armes chimiques.

Si ces accusations sont établies, elles ajouteraient une nouvelle dimension au conflit, car l’utilisation de ces armes fait l’objet d’une interdiction internationale claire.

Mais même avant qu’une conclusion définitive ne soit établie, l’apparition de ces éléments soulève une question plus large : comment un programme de cette nature a-t-il pu se poursuivre dans un pays en proie à une guerre ouverte, et comment empêcher que les matériaux ou les technologies qui lui sont associés ne soient transférés à d’autres parties ?

La voie vers la vérité

La conclusion de cette affaire ne pourra pas reposer uniquement sur des déclarations politiques.

La voie la plus claire passe par une enquête indépendante, l’accès aux sites concernés, l’analyse d’échantillons, la vérification des éléments numériques, l’audition des témoins et la comparaison des résultats avec les renseignements disponibles.

Le dossier est désormais plus vaste qu’un simple différend entre Washington et Khartoum.

Il constitue un test de la capacité du système international à traiter les allégations d’utilisation d’armes interdites dans le contexte d’une guerre civile complexe.

En définitive, l’établissement de la vérité restera lié aux éléments susceptibles d’être vérifiés, et non aux seules accusations ou dénégations.

Mais une chose est certaine : les nouveaux documents ont replacé l’affaire au premier plan de l’attention internationale et rendu la question plus pressante : les armes chimiques ont-elles fait partie des moyens utilisés dans la guerre au Soudan en 2024 ?

La réponse définitive à cette question nécessitera une enquête internationale indépendante capable d’accéder aux éléments de preuve auxquels les enquêtes journalistiques ne peuvent, à elles seules, avoir accès.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page