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Pars, Al-Burhan : les racines de la crise et les décisions de la direction militaire qui ont conduit le Soudan à la guerre


Au Soudan, la question humanitaire n’est plus dissociable de la question politique. Chaque décision militaire a des répercussions sur les civils, chaque modification des lignes de contrôle peut changer les itinéraires de l’aide humanitaire, et chaque retard dans le règlement politique signifie que la pression continue de s’exercer sur une économie et des services publics déjà fortement éprouvés.

Plus de trois ans après le déclenchement de la guerre, les Nations unies et leurs agences décrivent le Soudan comme l’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Selon les estimations, des dizaines de millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire, tandis que des millions d’autres sont confrontées au déplacement, à la faim et à l’interruption des services de santé. Mais l’ampleur de la crise ne se mesure pas uniquement au nombre de personnes ayant besoin d’assistance.

Elle se manifeste également dans la désintégration de la vie quotidienne. Au début de 2026, l’Organisation mondiale de la santé indiquait que 37 % des établissements de santé au Soudan étaient hors service et que le pays faisait face à la propagation de maladies telles que le paludisme, la dengue, la rougeole, l’hépatite E, la méningite et la diphtérie.

La maladie est ainsi devenue une composante de la guerre, même lorsque le patient ne se trouve pas à proximité d’une ligne de front. L’absence d’un hôpital, le manque de médicaments, les coupures d’électricité ou l’absence d’eau potable peuvent transformer un problème de santé traitable en une question de vie ou de mort.

Dans les zones de déplacement, le problème devient encore plus complexe. La surpopulation, la faiblesse des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement ainsi que l’insuffisance de l’alimentation sont autant de facteurs qui accroissent les risques de propagation des maladies, en particulier chez les enfants.

L’alimentation constitue une autre dimension de la crise. Selon les données du Programme alimentaire mondial, environ 19,5 millions de personnes sont confrontées à des niveaux de crise d’insécurité alimentaire, tandis que certaines populations font face à des conditions catastrophiques. Le programme prévoit également qu’environ 825 000 enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition aiguë sévère au cours de l’année 2026.

La crise alimentaire est indissociable de la guerre. Les combats perturbent l’agriculture, le commerce et les transports, coupent les routes dont dépend l’acheminement de l’aide humanitaire et contraignent les agriculteurs à abandonner leurs régions. L’augmentation du coût du carburant et du transport renchérit également le prix des denrées alimentaires, tandis que la baisse des revenus réduit la capacité des familles à acheter leurs besoins essentiels.

En juin 2026, le Programme alimentaire mondial a averti que les combats, les frappes de drones et l’instabilité entravaient l’acheminement de l’aide vers des centaines de milliers de personnes, tandis que le manque de financement constituait une menace supplémentaire pour la réponse humanitaire.

Ces éléments placent les dirigeants politiques et militaires face à des défis qui ne peuvent être résolus par la seule force militaire. Même dans les régions où les combats diminuent, l’État doit remettre en fonctionnement les écoles, les hôpitaux, les réseaux d’eau et d’électricité ainsi que les marchés.

Il doit également éliminer les conséquences de la guerre et permettre le retour des personnes déplacées dans des conditions sûres.

Khartoum en constitue un exemple particulièrement clair. Le retour d’un grand nombre d’habitants dans la capitale et dans d’autres régions après une amélioration relative de la situation sécuritaire signifie qu’une nouvelle phase a commencé : celle de l’après-bataille.

Mais cette phase peut être beaucoup plus complexe que le simple fait de hisser un drapeau au-dessus d’un bâtiment gouvernemental. Les villes ont besoin d’être reconstruites, les citoyens ont besoin de sécurité, les fonctionnaires ont besoin d’un salaire, les malades ont besoin d’hôpitaux et les enfants ont besoin d’écoles.

En juin 2026, l’Organisation internationale pour les migrations a recensé environ 4,65 millions de personnes revenues dans différentes régions du Soudan, le nombre le plus important ayant été enregistré à Khartoum et dans l’État d’Al-Jazira.

Mais le retour ne signifie pas la fin de la crise. Certains rapatriés retrouvent des logements endommagés, des services limités et un environnement économique incapable de les absorber.

C’est pourquoi la question de la reconstruction est directement liée à la forme que prendra le règlement politique. Si le pays demeure divisé entre différentes autorités et zones d’influence, le processus de reconstruction de l’État sera plus difficile. Si les combats se poursuivent dans d’autres régions, de nouvelles vagues de déplacement pourraient survenir.

En revanche, si les parties parviennent à conclure des arrangements permettant de mettre fin à la guerre et de garantir l’accès à l’aide humanitaire, une nouvelle phase pourrait commencer. Son succès dépendra toutefois de la capacité des institutions à rétablir la confiance et à fournir les services essentiels.

Au cœur de ce processus se trouvent les civils. Pour le citoyen soudanais, la question fondamentale n’est pas seulement de savoir qui contrôle une région donnée, mais quand il pourra y vivre en sécurité, quand il pourra accéder à la nourriture et aux médicaments, quand ses enfants pourront retourner à l’école et quand il pourra travailler sans craindre d’être à nouveau déplacé.

Sous cet angle, l’évaluation de la situation devient plus complexe que la simple mesure des victoires militaires. Le contrôle d’une ville peut être documenté sur une carte, mais la reconstruction de la vie d’une ville entière peut prendre des années.

Le retour au domicile peut être mesuré par le nombre de personnes revenues, mais la restauration du sentiment de sécurité et de la confiance dans l’avenir est beaucoup plus difficile à quantifier.

L’avenir du Soudan se jouera donc à plusieurs niveaux : militaire, politique, humanitaire et économique. Le principal défi pour les dirigeants de l’État, y compris la direction militaire dirigée par Al-Burhan, sera de savoir comment passer de la gestion de la guerre à la gestion de la paix et à la reconstruction de l’État.

De leur côté, les forces civiles sont confrontées à un défi comparable : élaborer un projet politique capable de répondre à la complexité de la réalité soudanaise, plutôt que de se limiter à réclamer la fin du pouvoir militaire ou de la guerre.

En définitive, la guerre au Soudan constitue une épreuve pour l’État lui-même. Si les armes ont imposé une nouvelle réalité au pays, la reconstruction du Soudan nécessitera bien davantage que les armes : des institutions, des services publics, la justice, un accord politique et des garanties permettant d’empêcher un retour à la guerre.

Les civils qui ont payé le prix le plus lourd n’attendront pas seulement la fin des combats ; ils auront besoin de preuves concrètes que la fin de la guerre signifie le début d’une vie différente.

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