Moyen-Orient

Aoun conditionne le retour aux négociations au retrait israélien


Beyrouth refuse que les négociations servent de couverture au maintien de la présence militaire israélienne ou à la consolidation d’une nouvelle réalité sur le terrain dans le sud.

Le président libanais Joseph Aoun a lié samedi le retour aux négociations avec Israël au retrait de ses forces du territoire libanais, considérant cette condition comme l’un des principes fondamentaux auxquels il ne peut être dérogé. Cette position intervient alors qu’Israël intensifie ses activités militaires dans le sud du Liban et cherche à consolider sa présence sur plusieurs positions.

Lors d’une visite dans la ville de Nabatieh, dans le sud du Liban, en compagnie du commandant de l’armée, Rodolphe Haïkal, et des chefs des services de sécurité, Aoun a déclaré qu’« il n’y a pas de nouvelles négociations avec Israël pour le moment », affirmant que « le retrait, le retour des prisonniers et des personnes déplacées, ainsi que la reconstruction sont des constantes nationales que nous nous engageons à mettre en œuvre », selon l’Agence nationale d’information libanaise.

Cette position intervient dans un contexte d’escalade israélienne persistante dans le sud du Liban, dont l’un des principaux faits récents a été l’intensification des mouvements militaires dans la zone de la colline d’Ali al-Taher. Cette évolution alimente les craintes qu’Israël cherche à consolider sa présence sur des positions stratégiques à l’intérieur du territoire libanais, plutôt qu’à s’en retirer conformément aux arrangements parrainés par les États-Unis.

Dans ce contexte, Beyrouth insiste sur le fait que le retrait israélien doit constituer une condition préalable essentielle à toute nouvelle démarche de négociation, parallèlement au règlement des dossiers des prisonniers et des personnes portées disparues, au retour des personnes déplacées et à la reconstruction des zones ayant subi des dommages en raison des opérations militaires.

Les négociations directes entre le Liban et Israël ont débuté le 14 avril 2026, lors d’une réunion tenue à Washington sous parrainage américain. Elles portaient principalement sur les dossiers du cessez-le-feu, du retrait, des frontières, ainsi que des prisonniers et des personnes portées disparues.

Le 26 juin, Beyrouth et Tel-Aviv ont signé à Washington une « formule-cadre » sous parrainage américain, prévoyant un retrait israélien progressif du territoire libanais, parallèlement au déploiement de l’armée libanaise dans les zones d’où les forces israéliennes se retireraient.

Cependant, le processus de négociation s’est heurté à des complications sur le terrain, avec la poursuite des frappes et des mouvements militaires israéliens dans le sud. La question du retrait est ainsi devenue le principal point de désaccord entre les deux parties, réduisant les chances d’un passage à de nouveaux cycles de négociations tant que la présence militaire israélienne se poursuit.

La capitale italienne, Rome, a accueilli du 4 au 6 août le septième cycle de négociations, consacré à des dossiers militaires, politiques, juridiques et frontaliers, ainsi qu’à la question des prisonniers et des personnes portées disparues. Au cours de cette session, les deux parties ont échangé des listes préliminaires concernant les prisonniers et les personnes portées disparues. Le lendemain, Aoun a annoncé des « progrès positifs » sur les dossiers des frontières et des prisonniers.

Toutefois, les développements ultérieurs sur le terrain ont de nouveau mis à l’épreuve les perspectives de reprise du processus de négociation, notamment en raison de la poursuite des opérations militaires israéliennes et de ses tentatives de consolider ses positions dans le sud. Pour Beyrouth, cette situation remet en cause les fondements mêmes sur lesquels devraient reposer de nouvelles négociations.

Lors de sa visite à Nabatieh, Aoun a inspecté le siège du gouvernement local, qui avait subi d’importants dégâts à la suite des frappes israéliennes, ainsi que le bâtiment de la Banque du Liban, détruit par les bombardements. Il s’est également rendu à l’hôpital, où il a salué la résilience de son personnel médical face aux conditions difficiles.

Les positions de la présidence libanaise indiquent que Beyrouth ne ferme pas définitivement la porte aux négociations, mais qu’elle conditionne leur reprise à la mise en place de conditions différentes, au premier rang desquelles figure le retrait israélien, afin d’empêcher que les négociations ne servent de couverture au maintien de la présence militaire israélienne ou à la consolidation d’une nouvelle réalité sur le terrain dans le sud.

Ainsi, il semble que la récente escalade israélienne dans le sud, conjuguée aux mouvements militaires sur des positions stratégiques telles que la colline d’Ali al-Taher, pousse le Liban à durcir ses conditions avant de retourner à la table des négociations, dans le but d’empêcher la consolidation de nouveaux faits accomplis sur le terrain et d’imposer le retrait comme point de départ de tout futur accord.

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