Politique

La Chine propose quatre pistes pour construire une nouvelle architecture de sécurité au Moyen-Orient


Les propositions de Pékin lui offrent l’occasion de se présenter comme une alternative ou un partenaire au modèle politique et économique dirigé par les États-Unis depuis des décennies.

L’ambassadeur de Chine au Caire, Liao Liqiang, a révélé quatre propositions majeures avancées par le président Xi Jinping pour construire une nouvelle architecture de sécurité au Moyen-Orient. Cette démarche traduit une orientation chinoise de plus en plus claire visant à passer d’un rôle essentiellement économique et commercial à une présence politique et sécuritaire plus affirmée et plus influente.

Cette initiative intervient à un moment où la région connaît une recomposition des rapports de force et un recul relatif de la capacité des États-Unis à monopoliser la gestion des dossiers sécuritaires, tandis que les pays du Moyen-Orient manifestent un intérêt croissant pour la diversification de leurs partenariats internationaux.

Dans une publication sur la plateforme X, l’ambassadeur chinois a souligné la nécessité pour les peuples de la région de rester maîtres des décisions concernant leurs propres affaires, tout en rejetant les ingérences extérieures. Il a également réaffirmé le soutien de la Chine aux pays de la région dans leurs efforts visant à renforcer le dialogue sur la paix et la sécurité et à explorer les moyens de construire une nouvelle architecture de sécurité leur permettant de prendre eux-mêmes en main leur avenir.

Il a affirmé que le renforcement de la sécurité commune dans la région nécessitait l’adoption d’une approche globale, compte tenu de la multiplicité des foyers de tension au Moyen-Orient et de leurs liens étroits. Il a souligné que la question palestinienne demeurait au cœur de la problématique du Moyen-Orient et ne devait être ni ignorée ni marginalisée, appelant à trouver des solutions globales s’attaquant aux causes profondes des conflits et favorisant la stabilité dans la région.

La nouvelle vision chinoise repose sur quatre piliers : renforcer la capacité des pays de la région à gérer leur propre sécurité à l’écart des ingérences extérieures, traiter les crises du Moyen-Orient de manière globale, établir un lien entre sécurité et développement économique, et renforcer la coordination internationale par l’intermédiaire des Nations unies et du droit international. Pékin place la question palestinienne au cœur de cette vision, considérant que son ignorance reviendrait à laisser sans solution l’une des principales sources d’instabilité de la région.

L’importance politique de ces propositions réside dans le fait qu’elles offrent à la Chine l’occasion de se présenter comme une alternative ou un partenaire au modèle sécuritaire dirigé par les États-Unis depuis des décennies. Le concept de « sécurité au sein de la région » défendu par Pékin rejoint l’aspiration de plusieurs pays arabes à disposer d’une plus grande autonomie stratégique et à ne pas dépendre d’une seule puissance internationale. De même, l’accent mis par la Chine sur la souveraineté et le rejet des ingérences extérieures s’inscrit dans son discours plus large en faveur de la construction d’un ordre international multipolaire.

La Chine s’est déclarée prête à travailler avec les pays de la région afin de protéger la sécurité des voies maritimes internationales, de faire progresser la coopération en matière de développement, de favoriser le rapprochement des intérêts des pays de la région, d’instaurer progressivement une confiance mutuelle et d’éliminer les causes profondes des conflits.

Les propositions appellent à renforcer la coordination internationale afin de parvenir à une sécurité commune, tout en soulignant que la Charte des Nations unies et le droit international doivent constituer les sources des principes fondamentaux régissant la gestion des affaires du Moyen-Orient. Elles demandent également à la communauté internationale, en particulier aux puissances extérieures, d’abandonner les deux poids, deux mesures dans leur approche de la région, de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale des pays de la région et d’œuvrer à la préservation de la paix et de la stabilité régionales.

Pékin n’a pas commencé à suivre cette voie avec la visite de Xi au Caire. En mars 2023, la Chine avait déjà réalisé une percée diplomatique majeure en parrainant l’accord de reprise des relations entre l’Arabie saoudite et l’Iran, une initiative qui avait démontré la capacité de Pékin à jouer un rôle d’intermédiaire entre deux puissances régionales rivales. L’accord prévoyait la reprise des relations diplomatiques, le respect de la souveraineté et la non-ingérence dans les affaires intérieures.

La Chine s’emploie également à mettre en place un vaste réseau de partenariats économiques et politiques dans la région, en tirant parti de sa position de premier partenaire commercial de nombreux pays arabes ainsi que de l’importance de ses intérêts liés à la sécurité énergétique et aux voies du commerce international. Le corridor reliant le canal de Suez, la mer Rouge et le Golfe revêt une importance particulière pour Pékin, car toute perturbation de ces routes a des répercussions directes sur le commerce chinois, les chaînes d’approvisionnement et l’énergie.

La visite de Xi en Égypte revêtait une portée dépassant le cadre des relations bilatérales. Pour la Chine, Le Caire constitue une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique et la Méditerranée, tandis que le canal de Suez représente l’une des principales voies du commerce mondial. Le Caire et Pékin sont convenus d’approfondir leur coopération dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et de l’économie, parallèlement à l’expansion des investissements chinois dans la zone économique du canal de Suez.

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