Moyen-Orient

L’armée yéménite ouvre de nouveaux fronts et accentue la pression sur les Houthis


Les forces yéménites lancent une vaste opération militaire au sud de Marib, annonçant avoir infligé de lourdes pertes aux rebelles.

L’armée yéménite a lancé une vaste opération militaire sur les fronts du sud du gouvernorat de Marib, alors que les combats avec les Houthis s’intensifient dans plusieurs gouvernorats yéménites. Cette évolution témoigne d’efforts gouvernementaux visant à reprendre l’initiative et à imposer une nouvelle réalité sur le terrain après plusieurs années de relatif enlisement.

Les forces gouvernementales ont annoncé avoir infligé d’importantes pertes aux rebelles, tandis que les opérations militaires se poursuivent à Taëz, Al-Jawf, Al-Bayda, Al-Dhale et sur la côte ouest, sur fond de rapports faisant état de morts, parmi lesquels des civils, et d’une intensification des frappes aériennes contre des positions du mouvement.

Ces développements s’inscrivent dans le cadre de la plus importante vague d’escalade que connaît la scène yéménite depuis la trêve parrainée par les Nations unies en 2022. Celle-ci avait réussi à réduire considérablement le niveau des opérations militaires, sans toutefois déboucher sur un accord de paix global, avant que les affrontements ne commencent à s’intensifier de nouveau depuis juillet dernier.

L’opération à Marib revêt une importance particulière compte tenu de la place qu’occupe ce gouvernorat dans l’équation du conflit yéménite. Il constitue l’une des principales zones de déploiement des forces gouvernementales et revêt également une grande importance économique en raison de ses ressources pétrolières et gazières, ainsi que de sa position géographique, qui en fait un point de liaison entre le centre, le nord et l’est du Yémen.

Le fait que la ville demeure hors du contrôle des Houthis constitue également depuis des années un obstacle à la poursuite de l’expansion de leur influence sur la majeure partie du nord du pays. Le gouvernorat est ainsi devenu l’un des principaux théâtres d’affrontement pendant la guerre et a connu, au cours des dernières années, de violents combats au cours desquels les Houthis ont tenté d’avancer vers le chef-lieu du gouvernorat.

Dans cette perspective, le mouvement des forces gouvernementales sur les fronts méridionaux du gouvernorat ne vise pas uniquement à améliorer leurs positions défensives. Il pourrait s’inscrire dans une tentative plus large de consolider les lignes de contrôle, de sécuriser le gouvernorat contre les attaques des Houthis et, éventuellement, de passer progressivement de la défense à l’offensive.

Marib offre également aux forces gouvernementales une profondeur stratégique importante. Le maintien de leurs positions dans cette région empêche les Houthis de s’étendre vers d’autres zones et fournit aux forces hostiles au mouvement une base à partir de laquelle elles peuvent lancer des opérations sur plusieurs fronts.

Les mouvements gouvernementaux ne se limitent pas à Marib. L’opération intervient parallèlement à une intensification militaire dans plusieurs gouvernorats, ce qui témoigne d’un élargissement du champ des affrontements et d’une tentative de disperser les capacités des Houthis sur plusieurs axes.

Sur la côte ouest, les Brigades des Géants gouvernementales ont annoncé avoir mené des frappes précises contre des rassemblements houthis et ont diffusé des images présentées comme documentant des frappes visant des véhicules et des membres du mouvement.

Dans le gouvernorat d’Al-Bayda, les forces gouvernementales ont annoncé avoir ciblé un véhicule houthi et tué ses occupants. Elles avaient également annoncé précédemment avoir abattu un drone appartenant au mouvement, une évolution qui témoigne de la poursuite des affrontements sur cet axe stratégique.

À Taëz, les autorités locales ont annoncé que les forces gouvernementales avaient repoussé une tentative d’avancée des Houthis en direction du district d’Al-Wazi’iyah, une zone stratégique en raison de sa proximité avec Bab el-Mandeb, l’un des principaux passages maritimes au monde.

Selon les autorités locales, l’armée yéménite ne s’est pas contentée de repousser l’attaque, mais a lancé une contre-offensive, ce qui constitue un nouvel indice de sa volonté de reprendre l’initiative sur le terrain plutôt que de se limiter à des opérations défensives.

Dans le gouvernorat d’Al-Dhale, les médias gouvernementaux ont rapporté que les forces gouvernementales avaient repoussé une avancée des Houthis dans la région de Maris, avant de lancer une contre-attaque contre les positions du mouvement sur le même front.

La côte ouest revêt une importance particulière dans les calculs militaires en raison de sa proximité avec le détroit de Bab el-Mandeb et la mer Rouge, ainsi que de son lien avec les routes maritimes internationales.

Dans le cadre du renforcement de la conduite des opérations sur cet axe, le commandant des forces du Bouclier de la Nation, le général de division Abdelrahman al-Lahji, est arrivé dans la ville d’Al-Mokha à la tête d’une force de renfort, selon les médias militaires relevant des forces gouvernementales.

Ces mouvements reflètent la volonté des forces opposées aux Houthis d’accroître le niveau de coordination entre leurs différentes formations militaires, notamment alors que l’ampleur des affrontements augmente et que les fronts se multiplient.

Cette escalade intervient alors que les civils paient un lourd tribut aux affrontements. Le bureau d’information du gouvernorat de Hodeïda a annoncé la mort de deux civils à la suite d’un bombardement houthi au mortier dans le district de Hays, au sud du gouvernorat.

Alors que les combats se répartissent sur plusieurs fronts, Marib demeure au cœur des calculs militaires et politiques. Le gouvernorat ne constitue pas simplement une zone de contact, mais l’un des principaux bastions du gouvernement yéménite et un centre essentiel pour les ressources et l’énergie. Sa position géographique fait également de son contrôle un facteur déterminant pour l’avenir de la carte des zones d’influence dans le pays.

Ainsi, si l’armée yéménite parvient à consolider ses positions au sud de Marib et à transformer l’opération actuelle en gains territoriaux durables, elle pourrait bénéficier d’un important avantage dans son affrontement avec les Houthis et ouvrir la voie à une redéfinition des lignes de front dans d’autres régions.

À l’inverse, toute avancée des Houthis en direction de Marib constituerait une évolution majeure, non seulement sur le plan militaire, mais également sur les plans économique et politique, compte tenu du poids que représente ce gouvernorat dans l’équation du pouvoir et des richesses au Yémen.

La bataille actuelle apparaît donc comme bien plus qu’un nouveau cycle d’attaques réciproques. Elle constitue un test de la capacité des forces gouvernementales à passer du simple endiguement des Houthis à la reprise de l’initiative et à l’imposition d’un contrôle territorial plus large, alors que le règlement politique global reste encore hors de portée des parties en conflit.

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