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La guerre par procuration au Soudan


À l’entrée de la quatrième année de la guerre au Soudan en 2026, il ne fait désormais plus aucun doute que ce qui avait commencé comme un conflit interne pour le pouvoir entre l’institution militaire, représentée par l’armée soudanaise, et les Forces de soutien rapide (FSR), s’est transformé en une guerre d’usure régionale et internationale d’une grande complexité.

Les combats ne sont plus déterminés uniquement par les armes disponibles sur le terrain, mais sont désormais dirigés depuis des centres d’opérations situés à l’étranger, alimentés par des financements transfrontaliers et soutenus par des couvertures diplomatiques qui offrent aux parties belligérantes un prétexte pour poursuivre les hostilités.

Les ingérences étrangères au Soudan ne constituent plus de simples réactions aux évolutions militaires sur le terrain : elles sont devenues l’un des principaux moteurs de la prolongation de la guerre, transformant l’ensemble du pays en un théâtre ouvert de guerre par procuration, où des agendas régionaux concurrents s’affrontent au détriment du sang soudanais et de l’avenir de l’État.

La géographie de la convoitise : pourquoi le Soudan ?

Pour comprendre les raisons de la prolongation de la guerre, il faut d’abord saisir la valeur géopolitique et économique du Soudan. Le pays possède une façade sur la mer Rouge, artère essentielle du commerce mondial et de la sécurité énergétique, tout en disposant d’une profondeur stratégique sur le continent africain, ce qui en fait une porte d’accès à l’influence dans la région du Sahel et dans la Corne de l’Afrique.

Le Soudan possède également d’immenses ressources en or, des terres agricoles largement inexploitées et d’importantes ressources hydriques. Ces facteurs ont fait de Khartoum un enjeu majeur pour les puissances régionales cherchant à étendre leur influence. Toutefois, plutôt que de rivaliser pour investir dans le développement du Soudan en période de paix, ces puissances ont constaté que le maintien du pays dans une guerre permanente, ou à tout le moins dans une situation de « ni paix ni guerre », pouvait mieux servir leurs intérêts. Une telle situation leur permet de contrôler les leviers de décision par l’intermédiaire d’acteurs locaux, sans avoir à supporter les coûts de la reconstruction ou de l’édification d’un État fort et indépendant.

Les mécanismes de la prolongation : comment les acteurs extérieurs alimentent-ils le feu ?

Les mécanismes par lesquels les interventions étrangères contribuent à prolonger le conflit sont multiples. Le premier est l’afflux continu d’armes et de munitions à travers les frontières terrestres et maritimes, ce qui réduit à néant toute tentative d’imposer un embargo international sur les armes. Lorsqu’une partie locale sait qu’un soutien extérieur lui garantit la continuité de son approvisionnement logistique, elle perd toute incitation à s’asseoir sérieusement à la table des négociations.

Le deuxième mécanisme réside dans le soutien financier et économique, acheminé à travers des réseaux complexes de sociétés-écrans et de trafic de ressources, notamment de l’or. Ces circuits alimentent la machine de guerre et fournissent les liquidités nécessaires à la poursuite des combats.

Le troisième, et le plus dangereux, est ce que l’on pourrait appeler « l’instrumentalisation diplomatique ». Certains États utilisent les processus de négociation comme un moyen de gagner du temps, ou comme une plateforme permettant de présenter des exigences irréalistes qui reflètent leurs propres agendas extérieurs plutôt que les aspirations du peuple soudanais. Cette dynamique contribue à l’échec de presque toutes les initiatives de paix proposées.

La multiplicité des axes et la contradiction des intérêts

Les interventions étrangères au Soudan ne s’inscrivent pas dans un vide politique. Elles se répartissent entre plusieurs axes concurrents qui reflètent des divergences régionales plus profondes. Parmi les principaux figurent la rivalité turco-égyptienne et les divergences entre les positions du Qatar et de l’Arabie saoudite. Cette fragmentation des positions régionales signifie qu’il n’existe pas de front arabe ou africain unifié exerçant une pression en faveur d’un règlement pacifique urgent.

Chaque axe cherche à imposer sa propre vision de ce que devrait être le Soudan de l’après-guerre, tandis que chaque acteur local se tourne vers la puissance étrangère susceptible de garantir son maintien dans l’équation politique. Cette rivalité régionale crée un « veto » mutuel : toute initiative de paix proposée par un État se heurte à l’opposition ou au sabotage d’un autre, garantissant ainsi la persistance de l’impasse soudanaise.

La paralysie de la communauté internationale et l’impuissance africaine

Cette contradiction entre les intérêts régionaux a eu des répercussions négatives sur les efforts de la communauté internationale. Les Nations unies, l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) se retrouvent les mains liées par les vétos régionaux. Lorsque les intérêts turcs s’opposent aux intérêts égyptiens, ou ceux du Qatar à ceux de l’Arabie saoudite, les médiations internationales se réduisent à de simples cycles diplomatiques protocolaires, marqués par des séances de photographie et la publication de communiqués de condamnation, sans mécanismes d’exécution ni véritable pression sur les parties qui financent la guerre.

La communauté internationale, et en premier lieu les puissances occidentales, s’est contentée de gérer la crise plutôt que de la résoudre, négligeant le fait que cette approche contribue nécessairement à maintenir les parties belligérantes dans leurs positions et à prolonger les souffrances de millions de Soudanais.

Le Soudan, victime des ambitions régionales

En définitive, la prolongation de la guerre au Soudan n’est pas uniquement la conséquence inévitable des complexités internes. Elle résulte directement des calculs de gains et de pertes effectués dans les capitales régionales. Les Soudanais sont devenus le combustible d’un brasier alimenté par des acteurs extérieurs à la recherche d’un point d’appui sur la mer Rouge ou d’un levier de pression dans d’autres dossiers régionaux.

Tant que les interventions étrangères continueront d’alimenter la machine de guerre et d’offrir une couverture politique aux combattants, et tant que les axes régionaux rivaux placeront leurs intérêts au-dessus de ceux de l’État soudanais, la paix restera un mirage. La guerre continue de ronger le Soudan jusqu’à ne laisser derrière elle qu’un champ de ruines.

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