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L’armée soudanaise, l’Iran et les Houthis : un réseau d’approvisionnement qui va au-delà du simple transfert d’armes


Les relations entre l’Iran et l’armée soudanaise ne se limitent plus à des livraisons militaires directes. Une récente étude américaine fait état de l’implication du mouvement houthi dans cette relation.

L’étude publiée par l’institut américain The Century Foundation, sous le titre « De la périphérie au centre : les Houthis en Afrique », affirme que la guerre déclenchée en 2023 entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide au Soudan a ouvert la voie au retour de l’influence iranienne dans le pays.

L’institut souligne qu’avec les besoins de l’armée soudanaise dirigée par Abdel Fattah al-Burhan en armes et en drones pour mener sa guerre meurtrière, Port-Soudan a rétabli ses relations avec l’Iran en 2023. Selon l’étude, Téhéran a alors commencé à fournir à l’armée des drones de type Mohajer-6, ainsi que des munitions et des systèmes radar.

Des sources citées dans l’étude indiquent également que des membres des Gardiens de la révolution iraniens ont été déployés aux côtés de factions alliées à l’armée afin d’assurer des formations et de faire fonctionner certains systèmes.

Selon l’étude, les drones ont joué un rôle important dans la reprise par l’armée de vastes secteurs de Khartoum au début de 2025.

Les Frères musulmans soudanais

L’élément le plus notable de l’étude réside toutefois dans le fait que le soutien iranien aurait principalement été acheminé par l’intermédiaire d’une faction au sein de l’armée soudanaise liée au mouvement islamiste, les Frères musulmans soudanais. Il s’agit de l’appareil politique et sécuritaire qui dirigeait le pays sous l’ancien président Omar el-Béchir, renversé en 2019.

Cette faction a bénéficié de la présence de personnalités issues des Frères musulmans ayant conservé des postes de haut rang au sein des forces armées soudanaises, parmi lesquelles Mirghani Idris Suleiman, qui dirige actuellement la société publique Military Industry Corporation, chargée de la fabrication d’armes.

L’étude affirme également que cette faction a orienté le soutien vers plusieurs brigades de volontaires combattant aux côtés de l’armée, notamment la brigade Al-Baraa ibn Malik, particulièrement controversée.

En octobre 2024, les États-Unis ont imposé des sanctions à Mirghani Suleiman en raison de son rôle dans les acquisitions d’armes de l’armée, notamment auprès de l’Iran.

Washington a également imposé des sanctions à la brigade Al-Baraa ibn Malik en septembre 2025, évoquant une nouvelle fois ses liens avec l’Iran.

Les Houthis entrent en scène

À la mi-2024, les Houthis sont entrés dans cette relation en tant que partenaires de l’Iran. Selon l’étude, ils auraient transféré au moins trois cargaisons d’armes légères et de petit calibre à l’armée soudanaise pour le compte de Téhéran.

Les informations ne se limitent toutefois pas au transfert d’armes. L’étude fait état de la présence de membres houthis à Port-Soudan, qu’ils utiliseraient comme plateforme de transit logistique et financier, tandis que des armes et des individus circuleraient dans les deux sens à travers la mer Rouge.

L’étude affirme qu’un ensemble d’éléments vient étayer ces informations. Les chercheurs se sont notamment appuyés sur des données relatives aux mouvements des navires, des images satellitaires et des outils de télédétection, ainsi que sur des entretiens avec des responsables de la sécurité yéménites et régionaux.

Selon l’étude, l’aspect le plus significatif de cette relation pourrait ne pas résider dans les armes elles-mêmes, mais dans le transfert de savoir-faire militaire et de technologies.

À cet égard, des sources citées dans l’étude affirment que les Houthis auraient envoyé au Soudan des ingénieurs et des militaires expérimentés afin de former des forces soudanaises, en coopération avec les Gardiens de la révolution iraniens, à l’utilisation et à la fabrication de systèmes de drones iraniens.

L’étude précise qu’elle n’a pas été en mesure de vérifier ces informations de manière indépendante, mais estime que les développements ultérieurs les rendent plus crédibles.

En juillet 2025, la Military Industry Corporation soudanaise a dévoilé un drone présenté comme étant fabriqué localement et baptisé « Svarog ».

Selon l’étude, le « Svarog » présente une très forte ressemblance avec le drone iranien « Ababil-T », un drone d’attaque à sens unique de moyenne portée utilisé par les Houthis, qui en fabriquent une version au Yémen sous le nom de « Qasef-2K ».

Les chercheurs ont comparé les deux appareils et ont conclu, selon l’étude, à une similitude presque totale en matière de forme, de dimensions, de disposition du moteur et de méthode de fabrication. Des experts en armement consultés par l’étude ont également estimé que le « Svarog » était probablement une version de l’« Ababil-T ».

L’importance de cet élément tient précisément au fait que l’« Ababil-T » relève du domaine de compétence industrielle des Houthis. L’étude affirme en effet que le mouvement fabrique ce modèle au Yémen.

L’étude ajoute que « les factions soudanaises ont commencé à assembler ou à fabriquer elles-mêmes ce drone », estimant que cela confirme que les relations entre ces factions, les Houthis et l’Iran ont évolué vers une phase de production locale.

Elle poursuit : « Ces développements constituent un élément solide attestant de l’existence d’un réseau d’approvisionnement houthi opérant au Soudan, plutôt que d’un approvisionnement direct en provenance d’Iran. »

L’étude avance ainsi une hypothèse particulièrement significative : si les Houthis ont commencé à former des factions au sein des forces armées soudanaises à la fabrication de ce drone, la relation aurait alors dépassé le simple stade de la livraison d’armes pour entrer dans celui du transfert de connaissances et de capacités de production.

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