Écran noir et tirs dans les rues… Les détails d’une nuit mouvementée au cœur du Niger
Des interruptions de la diffusion télévisée, des tirs et des explosions dans plusieurs secteurs du Niger, lors d’une nuit éprouvante durant laquelle Niamey n’a pas dormi.
Les explosions et les tirs ont touché les environs de l’aéroport international Diori-Hamani, de la base aérienne 101 ainsi que du palais présidentiel, tandis que les autorités ont annoncé que leurs forces étaient en état d’alerte.
À 21 h 00, heure locale (20 h 00 GMT), un écran noir a remplacé les programmes de « Télé Sahel », aussi bien par satellite qu’en ligne.
Des habitants de la capitale ont confirmé que, samedi matin, des militaires bloquaient les routes menant au palais présidentiel et au siège de la télévision nationale.
Des témoins ont fait état de tirs nourris à proximité du complexe abritant l’aéroport et le palais présidentiel.
Une source sécuritaire a déclaré que des terroristes avaient attaqué l’aéroport international Diori-Hamani et tenté de franchir le dispositif de sécurité entourant le palais présidentiel. Un témoin a également rapporté avoir entendu d’intenses échanges de tirs dans la zone proche du palais présidentiel.
Dans l’immédiat, l’origine de l’attaque et l’identité du groupe qui en serait responsable n’étaient pas établies, tandis que les informations avancées par les sources sécuritaires n’ont pas pu être vérifiées indépendamment.
Tirs et explosions depuis la nuit
Deux témoins ont déclaré que les tirs et les explosions avaient commencé dans la nuit de vendredi à samedi et s’étaient poursuivis jusqu’aux premières heures de la matinée.
Des habitants ont rapporté avoir entendu d’intenses tirs et des explosions à l’intérieur de la base 101, située dans le complexe de l’aéroport international de Niamey, à partir d’environ 1 heure du matin, heure locale.
L’un des habitants a déclaré avoir entendu des rafales d’armes automatiques après 7 heures du matin, ajoutant avoir aperçu un véhicule militaire se dirigeant vers la base avant de faire demi-tour.
Des habitants d’autres quartiers de la capitale ont également fait état de tirs sporadiques. Par ailleurs, des publications diffusées sur les réseaux sociaux ont évoqué des explosions et des tirs dans le secteur administratif abritant le palais présidentiel et le siège de la télévision nationale.
Des habitants ont signalé une interruption de la diffusion de la télévision nigérienne, tandis que d’autres publications montraient des véhicules blindés déployés dans un quartier situé à proximité de l’aéroport.
Les autorités : la situation est sous contrôle
Bana Wagana Ibrahim, membre du Conseil consultatif du Niger et député au Parlement de l’Alliance des États du Sahel, a déclaré que les assaillants avaient ciblé la base aérienne 101, ajoutant que les forces de sécurité en avaient repris le contrôle.
Ibrahim a écrit que les forces de défense et de sécurité étaient parvenues à maîtriser la situation.
Une deuxième source sécuritaire a déclaré que les forces de sécurité avaient mené des opérations de ratissage et que les assaillants avaient été « neutralisés », tandis que d’autres avaient pris la fuite.
Cependant, selon un témoin, les tirs ont repris et de fortes explosions ont été entendues dans les heures précédant l’aube.
De son côté, le conseil militaire a appelé au calme dans une publication officielle et demandé à la population d’éviter de diffuser des informations non vérifiées, affirmant que les forces de défense et de sécurité étaient en état d’alerte.
Selon les éléments disponibles dans le texte, aucun commentaire officiel n’avait encore été publié pour préciser les circonstances de l’attaque ou établir un bilan des victimes.
L’aéroport a été la cible de deux attaques en 2026
L’attaque actuelle constitue le troisième incident majeur à affecter la zone entourant l’aéroport de Niamey depuis le début de l’année.
La base aérienne 101 avait déjà été attaquée à deux reprises. La première attaque, survenue en janvier, avait été revendiquée par l’État islamique au Sahel. La seconde, en juin, avait été menée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), branche liée à Al-Qaïda, et avait fait 11 morts parmi les soldats ainsi que deux victimes civiles.
Après l’attaque de janvier, le chef du conseil militaire, Abdourahamane Tiani, avait déclaré que celle-ci résultait d’une « faille dans le système », précisant que les assaillants cherchaient à neutraliser les capacités aériennes de l’armée.
Base militaire et siège de l’Alliance des États du Sahel
La base aérienne 101 est située à l’intérieur du complexe de l’aéroport international de Niamey. Elle abrite l’état-major de la force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, qui regroupe le Niger, le Mali et le Burkina Faso.
Le site accueille également le quartier général de l’« Africa Corps », une force relevant du ministère russe de la Défense qui aide les pays de l’Alliance dans la lutte contre les groupes terroristes.
La présence de ces infrastructures confère à la zone aéroportuaire une importance militaire majeure pour les autorités qui dirigent le Niger depuis le coup d’État de juillet 2023.
Une menace persistante des groupes terroristes
Depuis le milieu des années 2010, le Niger est confronté à des attaques menées par des groupes terroristes également actifs au Mali et au Burkina Faso voisins.
La région de Tillabéri, située à proximité des frontières avec ces deux pays, est régulièrement la cible d’attaques. Au cours de l’année, les forces nigériennes ont également fait face à des attaques visant des installations militaires et des sites de sécurité.
Les autorités militaires de Niamey s’efforcent de faire face à ces attaques, alors même qu’elles ont renforcé leurs relations avec la Russie après avoir mis fin à leur coopération militaire avec la France.
Le Niger s’est également retiré de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et s’est associé au Mali et au Burkina Faso pour former l’Alliance des États du Sahel.
L’uranium, autre facteur de l’importance de l’aéroport
L’aéroport de Niamey revêt également une importance liée au secteur de l’uranium.
Entre décembre et janvier, une importante quantité de concentré d’uranium produit au Niger y avait été retenue, dans l’attente de son exportation. Aucun mouvement de cette cargaison n’a été observé depuis, selon le texte.
Ces derniers troubles interviennent alors que les autorités renforcent leur contrôle sur le secteur de l’uranium, après avoir pris possession des actifs de la société française Orano.
Le Niger était auparavant un fournisseur majeur de combustible nucléaire pour l’Europe, puisqu’il représentait environ 15 % des approvisionnements en uranium d’Orano lorsque l’entreprise fonctionnait à pleine capacité.
La semaine dernière, le gouvernement a réattribué, par décret, les permis d’exploitation d’uranium qui appartenaient auparavant à Orano et Goviex à des entreprises soutenues par l’État.
Des attaques antérieures contre la base
L’État islamique au Sahel et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans avaient déjà pris pour cible l’aéroport de Niamey au cours de l’année.
En janvier, la base avait été attaquée, une attaque revendiquée par l’État islamique au Sahel.
En juin, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans avait ciblé le site. L’attaque avait fait 11 morts parmi les soldats et deux victimes civiles.
Cette nouvelle attaque survient alors que les combats entre les forces gouvernementales et les groupes terroristes se poursuivent dans différentes régions du Niger, parallèlement aux efforts des autorités militaires visant à réorganiser leurs alliances sécuritaires et militaires.
