Politique

Des campagnes imposant le hijab suscitent la polémique en Syrie et provoquent l’intervention du ministère des Waqfs


Les campagnes menées par le cheikh Al-Dhahabi, de nationalité égyptienne et recherché par les autorités égyptiennes, suscitent une vive controverse dans un pays qui tente de se relever après une longue période de guerre, d’instabilité politique et de fortes incitations confessionnelles sur les réseaux sociaux.

La campagne menée par le cheikh égyptien Al-Dhahabi en faveur du « hijab conforme aux préceptes religieux » en Syrie a suscité de nombreuses réactions et critiques sur les réseaux sociaux, après sa tentative d’organiser un événement dans l’un des principaux centres commerciaux de Damas, initiative finalement interdite par le ministère des Waqfs. L’affaire s’est transformée en sujet de débat public, en raison de ce qui est perçu comme une tentative de ce prédicateur recherché en Égypte d’imposer une forme de tutelle religieuse aux femmes syriennes.

De vives critiques ont émergé concernant la nature des activités d’Al-Dhahabi liées au hijab et à l’habillement, les limites de l’organisation d’événements à caractère religieux dans les espaces publics, ainsi que le rôle réglementaire des autorités publiques à l’égard de ce type d’activités.

Le ministère des Waqfs a démenti que son refus d’autoriser l’événement de la « campagne Al-Dhahabi pour le hijab conforme aux préceptes religieux », prévu au Sham City Center, soit lié à la nature des vêtements distribués par la campagne. Le ministère a présenté une version des faits très différente de celle avancée par Al-Dhahabi.

Samer Bayrakdar, adjoint au ministre des Waqfs, a déclaré que le ministère avait demandé aux organisateurs de présenter un programme de prédication sur lequel ils pourraient travailler, mais que ceux-ci avaient refusé et menacé de publier leur version des faits sur Facebook. Il a affirmé que le ministère était favorable à toute activité de prédication et de sensibilisation religieuse, précisant que les activités organisées dans les mosquées et les espaces publics seraient supervisées par des savants et des prédicateurs agréés par le Conseil supérieur de la fatwa et le ministère des Waqfs.

Des militants ont salué les déclarations de Bayrakdar, après la multiplication des campagnes d’Al-Dhahabi dans plusieurs gouvernorats, alors que de nombreux Syriens exprimaient leur mécontentement face à l’absence d’autorité capable d’y mettre un terme.

Al-Dhahabi s’est fait davantage connaître après la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, lorsqu’il a commencé à lancer des campagnes de distribution de vêtements présentés comme conformes aux prescriptions religieuses. Au départ, la campagne semblait être l’une des manifestations du désordre ayant accompagné cette nouvelle phase, mais elle a rapidement révélé une organisation structurée et une implantation géographique couvrant l’ensemble des gouvernorats syriens.

Il ne s’agissait plus d’une activité limitée, mais d’un projet qui semblait chercher à imposer une forme de contrôle sur le corps des femmes au cœur de l’espace public. Al-Dhahabi a publié des documents affirmant qu’il avait obtenu des autorisations auprès des directions des Waqfs pour mener ses campagnes. Il n’a toutefois pas présenté de documents émanant du ministère de l’Éducation, alors que ses campagnes ont également concerné des écoles et des universités.

Parmi les réactions les plus marquantes figure celle d’un militant qui a dénoncé ce qu’il considère comme une provocation de la part de ce prédicateur égyptien, Al-Dhahabi. Selon lui, celui-ci a quitté l’Égypte et a choisi la Syrie pour imposer aux femmes le port du hijab « à la manière de Daech », une pratique qui, selon lui, n’a d’abord aucun rapport avec l’islam et ne correspond pas non plus à la diversité des tenues traditionnelles, généralement pudiques, qui caractérisent les différentes régions syriennes. Il a estimé que le prédicateur agissait comme si la Syrie était « un État sans autorité », qualifiant Al-Dhahabi de « bombe à retardement dont le hijab n’est que le début ».

La journaliste et militante politique Huda Abu Nabut a appelé les autorités syriennes compétentes à préciser « quelle loi syrienne l’autorise à promouvoir auprès des femmes syriennes cette tenue étrange et extravagante venue du Moyen Âge, alors que les Syriennes jouissent de la liberté de croyance et d’habillement et choisissent elles-mêmes leur tenue, sans avoir à se soumettre à une campagne portant le slogan de son organisation et son propre nom, comme s’il était le grand conquérant chargé des affaires des musulmans en Syrie et le gardien de la moralité des femmes syriennes ».

Les campagnes du cheikh Al-Dhahabi provoquent l’indignation d’une large partie de la population syrienne, car elles interviennent après une longue période de guerre et d’instabilité politique, dans un contexte marqué par une forte incitation confessionnelle sur les réseaux sociaux, susceptible de menacer la paix civile dans le pays.

Son nom est également apparu récemment dans le contexte de l’affaire de la disparition de l’étudiante Batoul Suleiman Allouch, puis dans la controverse autour de la « Maison des sœurs » à Jableh. Selon certaines rumeurs, cet établissement aurait été créé pour héberger des femmes « enlevées » ou « guidées vers la foi », mais de nombreuses zones d’ombre subsistent concernant sa nature, l’entité qui le gère et son rôle. Le ministère des Affaires sociales a toutefois démenti l’existence d’une autorisation officielle pour cet établissement.

Au début du mois de mars, Al-Dhahabi avait remercié la famille de « Rose », une étudiante alaouite en médecine, affirmant que celle-ci lui avait permis de porter le vêtement religieux « de son plein gré et par choix personnel ». À la mi-mai, il est revenu sur cette histoire alors que l’affaire Batoul Allouch prenait de l’ampleur et devenait l’un des exemples les plus médiatisés des appels à la « guidance » de jeunes femmes alaouites, alors que les récits divergent entre ceux qui évoquent leur enlèvement et ceux qui affirment qu’elles auraient quitté volontairement leur famille.

Dans l’une de ses publications, Al-Dhahabi a proposé une explication directe à ce qu’il présente comme l’attrait exercé sur ces jeunes femmes. Il a affirmé que les femmes appartenant aux « communautés ésotériques » ne seraient pas dignes de confiance lorsqu’il s’agit de préserver les secrets de leur religion et seraient, selon son raisonnement, moins convaincues par celle-ci, tandis que les hommes seraient victimes de persécution lorsqu’ils « affichent leur islam ». Il a conclu sa publication par une formule particulièrement significative : « La révolution syrienne a dit : nous voulons la liberté… et voilà la liberté. »

Selon des informations de presse, le véritable nom du cheikh Al-Dhahabi serait Hani Dahab. Il aurait étudié à la faculté des lettres de l’université du Caire et se serait, durant cette période, rapproché du célèbre prédicateur salafiste Abou Ishaq Al-Houaini.

En 2008, les autorités égyptiennes l’ont arrêté pour appartenance présumée à un groupe djihadiste. Après le déclenchement de la révolution égyptienne, il a été libéré au début de 2011. Avec l’intensification des événements, il a quitté l’Égypte pour la Syrie vers 2012, où il a rejoint le Front al-Nosra et travaillé comme responsable religieux dans la région côtière. Il y a subi une grave blessure dont les séquelles restent visibles, avant de quitter la Syrie à la mi-2015 pour se rendre dans un pays tiers.

Il s’est fait connaître pendant plusieurs années sur les réseaux sociaux sous le nom de « cheikh Al-Dhahabi » et a dirigé de vastes campagnes de distribution de ce qui est présenté comme des « vêtements conformes aux prescriptions religieuses » à destination des femmes et des jeunes filles. Ces campagnes ont couvert plusieurs régions, notamment Idleb, Alep, Hama, Homs, la Ghouta, le quartier de Mezzeh à Damas, Hassaké, Deir ez-Zor et Lattaquié.

En février 2024, plusieurs anciens combattants égyptiens ayant combattu en Syrie ont publié une déclaration annonçant qu’ils se désolidarisaient totalement de lui. Ils l’ont qualifié de personne « non fiable » et l’ont accusé d’avoir collecté d’importantes sommes d’argent au nom des combattants et des personnes sinistrées, sans fournir de justificatifs pour la majeure partie de ces fonds.

Al-Dhahabi a vivement réagi à ses détracteurs, qualifiant leurs accusations de « bavardages, malveillance féminine, polémique, diffamation, collaboration et naïveté », tout en affirmant qu’il continuerait à collecter des dons et à organiser ses campagnes.

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