Politique

Khartoum suffoque sous le poids de la soif et de l’eau contaminée


Les inquiétudes grandissent parmi les médecins face au recours à des sources d’eau non désinfectées, ce qui accroît le risque de propagation des maladies hydriques.

La capitale, Khartoum, est confrontée à une grave pénurie d’eau qui paralyse la vie quotidienne et alourdit davantage les souffrances de la population. Cette crise résulte à la fois de la baisse du niveau du Nil et des importants dégâts infligés aux infrastructures des principales stations de traitement et de distribution d’eau.

Des sources au sein de l’Autorité des eaux de l’État de Khartoum ont indiqué lundi que la capitale faisait face à des conditions exceptionnelles et sans précédent depuis le début de l’année. Elles font état d’une baisse notable du niveau des eaux du Nil, qui a entraîné la mise hors service de plusieurs points d’alimentation des stations de traitement des eaux de surface et une diminution de l’efficacité des principales pompes.

Le réseau principal de l’État de Khartoum comprend 13 stations fluviales essentielles ainsi que 7 stations de reprise et de surpression.

Les habitants des zones du nord de Bahri témoignent de l’ampleur des difficultés causées par la baisse du niveau du Nil et l’arrêt partiel de la station d’Al-Tamaniyat. À cela s’ajoute une hausse record du prix du baril d’eau, qui a atteint un niveau tel que la majorité de la population n’est plus en mesure d’en supporter le coût.

Les inquiétudes se multiplient également parmi les médecins face au recours à des sources d’eau non désinfectées, ce qui augmente le risque de propagation des maladies hydriques.

Avec l’interruption de l’approvisionnement en eau du Nil et le recours direct à l’eau des puits et à d’autres sources non désinfectées, les difficultés économiques des familles vivant dans les quartiers résidentiels ne cessent de s’aggraver.

Un habitant raconte les difficultés quotidiennes rencontrées pour obtenir de l’eau potable, soulignant que les préoccupations ne concernent désormais plus seulement la pénurie d’eau, mais aussi les maladies susceptibles d’être véhiculées par cette eau. Il affirme que la majorité des habitants sont contraints de désinfecter l’eau avant de la boire, mais que cette solution est devenue une charge financière extrêmement lourde.

Il souligne qu’avec la hausse du prix du gaz de cuisson et le renchérissement persistant du charbon et du bois de chauffage dans un contexte économique extrêmement difficile, faire bouillir l’eau est devenu une opération très coûteuse, hors de portée de nombreuses familles.

Cette situation a contraint de nombreuses familles à placer leurs récipients et leurs barils d’eau sous les rayons directs du soleil pendant de longues heures, comme solution alternative et gratuite pour tenter de la désinfecter, faute de moyens financiers suffisants pour acheter le combustible nécessaire à son ébullition. Il s’agit d’un pari quotidien sur la santé auquel la population est contrainte de se livrer.

Des rapports publiés par des organisations sanitaires et des experts de l’environnement, ainsi que les résultats de plusieurs analyses de laboratoire réalisées ponctuellement sur les réseaux d’approvisionnement et les sources alternatives, montrent que la majeure partie de l’eau potable consommée dans l’État de Khartoum ne répond pas aux normes de l’Organisation mondiale de la santé ni aux normes soudanaises relatives à la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine.

La baisse du niveau du Nil a entraîné l’arrêt de plusieurs stations de traitement des eaux qui dépendent directement du fleuve, tandis que la production des stations encore opérationnelles a diminué d’environ 50 %. Cette situation a accru la pression sur le réseau de distribution d’eau de Khartoum, où de nombreux quartiers sont désormais privés d’eau, contraignant les habitants à rechercher des sources d’approvisionnement alternatives.

Dans la région de l’Est du Nil, les habitants affirment que l’accès à l’eau est devenu de plus en plus difficile. Ils sont contraints de parcourir de longues distances et d’attendre pendant des heures pour obtenir des quantités limitées d’eau. Plus de sept quartiers dépendent désormais de citernes approvisionnées par des donateurs, après l’interruption de l’alimentation du réseau d’eau.

Un habitant a indiqué avoir lancé une campagne de collecte de dons dans son quartier afin de financer l’approvisionnement en citernes d’eau, précisant que les moyens disponibles ne suffisent pas à répondre aux besoins croissants de la population.

La baisse du niveau du Nil a également ravivé le débat sur les effets du barrage éthiopien de la Renaissance sur les pays situés en aval, notamment le Soudan, alors que des mises en garde avaient déjà souligné que les modalités d’exploitation du barrage et les volumes d’eau libérés pourraient avoir des répercussions directes sur la sécurité hydrique et la production agricole, en particulier durant les périodes de sécheresse.

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