À l’occasion de l’anniversaire de leur chute, les Frères musulmans tunisiens se drapent dans le manteau de l’opposition pour briser leur isolement
Cinq ans après la fin de leur règne, les Frères musulmans tunisiens cherchent à se dissimuler derrière l’opposition civile, dans l’espoir de rompre leur isolement et de retrouver une place dans la rue.
La Tunisie célèbre samedi le 69e anniversaire de la Fête de la République, qui coïncide avec le cinquième anniversaire de la fin du pouvoir des Frères musulmans dans le pays, intervenue le 25 juillet 2021.
Le 25 juillet, la Tunisie célèbre la Fête de la République, fondée à la même date en 1957. Cette journée constitue une étape historique majeure dans l’histoire du pays, qui s’est alors affranchi du régime monarchique pour instaurer sa première République sous la direction de l’ancien président Habib Bourguiba.
À cette même date, en 2021, les Tunisiens ont assisté à l’annonce par le président Kaïs Saïed d’une série de mesures exceptionnelles, dans le but de sauver le pays de l’emprise croissante des Frères musulmans, représentés par le mouvement Ennahdha.
Un an plus tard, le 25 juillet 2022, la Tunisie a franchi une nouvelle étape dans son histoire contemporaine en rejetant les Frères musulmans à travers un « oui » à la nouvelle Constitution, mettant ainsi un terme à des décennies d’effondrement, de partage partisan du pouvoir, de luttes politiques, de terrorisme et d’assassinats.
Une dernière carte
Les Frères musulmans ont choisi de mobiliser leurs partisans à cette occasion. Le mouvement Ennahdha et le Front du salut national, proche des Frères musulmans, ont appelé leurs sympathisants à rejoindre la marche organisée par les forces démocratiques d’opposition sous le slogan « Nafas » (« Souffle »), au départ de la place de la République, dans la capitale Tunis, afin d’exprimer leur « rejet de la trajectoire politique actuelle et leur dénonciation de la situation économique ».
Selon des observateurs, le mouvement Ennahdha, affilié aux Frères musulmans, ainsi que les forces qui lui sont alliées au sein du Front du salut national, cherchent à exploiter la portée symbolique de la Fête de la République afin d’obtenir des gains politiques et de revenir sur le devant de la scène à travers les manifestations et les protestations prévues samedi.
Exploiter la symbolique de la date
Le militant politique tunisien Khaled Baltaïr a déclaré que les Frères musulmans cherchaient à exploiter la double portée symbolique du 25 juillet, qui représente, dans leur propre discours, deux événements contradictoires : il s’agit à la fois de la Fête de la République et de l’anniversaire de leur éviction du pouvoir.
Baltaïr a affirmé que le mouvement Ennahdha avait appelé à rejoindre la mobilisation protestataire dans une tentative désespérée de démontrer sa capacité à mobiliser une rue qui l’a rejeté et de mettre fin à son isolement politique.
Il a également souligné que l’organisation des Frères musulmans cherchait à exploiter la vague de mécontentement populaire provoquée par les coupures répétées d’électricité et d’eau, sur fond de forte vague de chaleur, afin d’attiser la contestation contre le système actuel.
Il a ajouté que les pages des Frères musulmans gérées depuis l’étranger avaient commencé, depuis plusieurs jours, à attiser les tensions, à intensifier la diffusion de rumeurs et à appeler la population à descendre dans la rue pour renverser le régime et obtenir la libération des dirigeants de l’organisation, au premier rang desquels figure le président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi.
Le manteau de l’opposition
De son côté, l’analyste politique tunisien Ziad Al-Qasmi a déclaré que cette commémoration réunissait trois dimensions : la célébration de la création de la première République en 1957, le cinquième anniversaire de la dissolution du Parlement dominé par les Frères musulmans et présidé par Ghannouchi, ainsi que le quatrième anniversaire de l’adoption de la nouvelle Constitution, qui a remplacé celle des Frères musulmans adoptée en 2014.
Al-Qasmi a affirmé qu’à l’occasion du cinquième anniversaire de la chute du pouvoir des Frères musulmans, la Tunisie avait franchi une étape majeure dans le processus de reddition de comptes visant les dirigeants de l’organisation condamnés dans des affaires d’assassinats politiques, d’envoi de terroristes vers des zones de conflit, d’espionnage, de complot contre la sécurité de l’État et de corruption financière, à la suite de condamnations sévères prononcées à leur encontre.
Il a souligné que l’organisation des Frères musulmans cherchait, à travers les mobilisations liées à la Fête de la République, à briser son isolement politique et à réorganiser les rangs d’une opposition dispersée. Selon lui, l’organisation tente de se dissimuler derrière les mouvements des forces démocratiques afin de contourner le rejet dont elle fait l’objet dans la rue et de garantir la participation d’autres partis de gauche et de formations sociales, notamment le Parti républicain et le Parti des travailleurs, aux mobilisations populaires.
La Tunisie célèbre samedi le 69e anniversaire de la Fête de la République, proclamée le 25 juillet 1957, un an et demi après l’indépendance, à la suite de la décision unanime de l’Assemblée nationale constituante d’abolir la monarchie.
Bien que l’Assemblée constituante ait officiellement été chargée d’élaborer une Constitution dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle, le système de gouvernement a finalement été modifié.
