Politique

Accusé de concessions à Washington, Ghalibaf au cœur d’une campagne de discrédit


Un député iranien dément les informations affirmant que Mohammad Bagher Ghalibaf aurait empêché la tenue de séances parlementaires afin d’éviter un débat sur les négociations avec les États-Unis.

Mohammad Bagheri Benabi, membre de la commission économique du Parlement iranien, a pris la défense du président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui dirige l’équipe de négociation avec les États-Unis et fait actuellement l’objet de vives critiques de la part du courant ultraconservateur. Selon lui, ces attaques poursuivent des objectifs politiques visant à « l’écarter » de la scène politique.

Ghalibaf est accusé par les faucons du camp conservateur d’avoir fait des concessions au cours des négociations avec Washington. Certains sont même allés jusqu’à l’accuser de « trahison » et d’avoir compromis les positions de l’Iran, alors que le pays traverse un débat particulièrement tendu sur la manière de gérer la confrontation avec les États-Unis après l’effondrement de la trêve temporaire et la reprise des frappes réciproques.

Benabi a rejeté les informations selon lesquelles le président du Parlement aurait empêché la tenue de séances parlementaires afin de priver les députés de la possibilité de débattre des négociations avec Washington. Dans une déclaration accordée au site Khabar Online, il a affirmé que les auteurs de ces accusations cherchaient avant tout à régler des comptes politiques. Il a estimé que prendre Ghalibaf pour cible affaiblissait le Parlement ainsi que les « forces révolutionnaires » et ne servait pas les intérêts du régime.

Il a également estimé que les campagnes de dénigrement qui avaient autrefois visé des personnalités telles que l’ayatollah Mohammad Hossein Beheshti, puis les anciens présidents Akbar Hachemi Rafsandjani et Mohammad Khatami, se reproduisent aujourd’hui contre Ghalibaf, ajoutant que leur objectif est de « l’exclure de la vie politique ».

Ces déclarations illustrent l’ampleur des divisions au sein du camp conservateur. Les désaccords ne se limitent plus à l’opposition entre réformateurs et conservateurs, mais traversent désormais le courant conservateur lui-même, opposant une faction favorable à une approche relativement pragmatique dans la gestion de la crise avec les États-Unis à une autre qui rejette toute négociation, considérée comme une concession injustifiée.

Le député de Téhéran Kamran Ghazanfari, proche du Front de la Stabilité de la Révolution islamique (Front Paydari), avait auparavant accusé Ghalibaf de maintenir le Parlement fermé afin d’empêcher les députés d’exprimer leur opposition aux négociations en cours avec Washington. Il s’agit de l’une des attaques politiques les plus virulentes dirigées contre le président de l’Assemblée depuis qu’il a pris la tête de l’équipe de négociation.

Le Front Paydari est considéré comme le fer de lance de la mouvance conservatrice la plus radicale. Ces dernières semaines, il a considérablement durci son discours contre toute forme de compromis avec les États-Unis, estimant que les pressions militaires américaines appellent un durcissement de la position iranienne plutôt que des concessions.

Cette fracture interne intervient alors que Téhéran et Washington sont engagés dans une confrontation militaire et politique ouverte depuis l’effondrement du mémorandum d’entente signé le 18 juin 2026, qui prévoyait la cessation des opérations militaires et l’ouverture de négociations en vue d’un accord plus global.

Le 8 juillet, le président américain Donald Trump a annoncé la fin de cet accord provisoire après avoir accusé l’Iran d’avoir attaqué trois navires dans le détroit d’Ormuz. Les États-Unis ont alors repris leurs frappes contre des sites situés en Iran, tandis que Téhéran intensifie ses attaques contre des cibles et des bases américaines dans la région.

Les divergences concernant la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz demeurent le principal point de blocage des négociations. Washington exige des garanties concernant la liberté de navigation internationale, tandis que Téhéran insiste sur la mise en place d’un mécanisme de régulation du trafic maritime dans ce passage stratégique, compliquant davantage les perspectives d’un nouvel accord.

Selon plusieurs observateurs, l’intensification des attaques contre Ghalibaf ne s’explique pas uniquement par sa gestion du dossier des négociations. Elle reflète également une lutte précoce pour le rapport de forces au sein du système politique iranien, le courant ultraconservateur cherchant à lui faire porter la responsabilité de toute éventuelle concession, à affaiblir sa position politique et à l’écarter de tout rôle influent dans la prochaine phase, alors que les divisions au sein du camp conservateur sur la manière de répondre aux pressions américaines ne cessent de s’accentuer.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page