L’isolement de l’Iran : les Houthis respirent par les fissures du mur et misent sur le temps
Alors que l’étau se resserre autour de Téhéran, les regards se tournent vers le Yémen afin d’évaluer dans quelle mesure l’isolement de l’Iran affecte son principal bras armé dans la région : les milices houthies.
Le groupe, qui dépend depuis des décennies de Téhéran pour son soutien militaire et financier, fait aujourd’hui face à une épreuve difficile susceptible de fragiliser la stabilité de sa structure, dans le contexte de l’isolement et du renforcement du blocus qui entourent son principal allié.
Dans leur évaluation des conséquences possibles de cette situation, des observateurs de la scène yéménite estiment que l’isolement de l’Iran n’est pas encore parvenu à couper totalement les réseaux de contrebande d’armes alimentant les Houthis. D’autres affirment toutefois que les pressions économiques directes exercées sur Téhéran auront inévitablement des répercussions sur l’ampleur du financement accordé aux milices, qui alimente leurs principales activités.
L’isolement n’a pas coupé le flux des armes
L’analyste politique yéménite Abdulsalam Al-Qaisi a déclaré que l’isolement de l’Iran n’avait pas interrompu le flux d’armes destiné aux Houthis, Téhéran continuant, selon lui, à fournir des armes et des fonds aux milices malgré le blocus auquel il est soumis.
L’analyste a cité l’exemple d’une cargaison de drones interceptée par la Résistance nationale yéménite à la fin du mois d’août dernier en mer Rouge. La cargaison se trouvait à bord d’un bateau qui se dirigeait d’Iran vers les Houthis dans la province de Hodeïda.
Selon Al-Qaisi, l’Iran ferait passer des armes aux Houthis à bord d’embarcations transportant des marchandises ordinaires et opérant sous couvert d’activités commerciales. Il a également affirmé que les milices étaient alimentées financièrement par l’intermédiaire de navires de la « flotte fantôme » utilisés pour acheminer clandestinement du pétrole et du carburant vers les ports d’Al-Salif et de Ras Issa.
Il a ajouté que la majorité des cargaisons d’armes destinées aux Houthis transitent par des pays de la Corne de l’Afrique, où seraient présentes des structures de renseignement liées aux Houthis et aux Gardiens de la révolution iraniens, chargées de faciliter la contrebande d’armes vers les milices.
L’impact certain de l’isolement
De son côté, l’analyste politique Abdullah Ismail affirme que toutes les pressions ou formes d’isolement auxquelles l’Iran est confronté auront automatiquement des conséquences sur les milices houthies.
Selon lui, même si les Houthis constituent une extension du projet imamite au Yémen, ils demeurent une création iranienne en termes de capacités, de financement, d’expertise et d’autres formes de soutien.
Il estime que cette situation pourrait réduire les livraisons d’armes, en raison de la présence américaine ainsi que des succès remportés par les forces de la Résistance nationale et les garde-côtes yéménites dans leurs efforts visant à interrompre les approvisionnements destinés aux milices.
Ismail considère également que l’Iran a perdu jusqu’à sa capacité à introduire et à imposer ses instruments houthistes dans le cadre d’éventuels arrangements régionaux. Selon lui, cela confirme les effets de l’isolement imposé à Téhéran et ses répercussions évidentes sur les milices houthies au Yémen.
L’analyste politique yéménite estime que les milices houthies répondent aux besoins stratégiques de l’Iran, y compris dans le cadre de la récente escalade. Celle-ci, selon lui, résulterait d’instructions iraniennes données aux Houthis afin d’intensifier la situation, ces derniers étant considérés comme « la dernière balle dans le fusil de Téhéran ».
Ismail souligne enfin d’autres facteurs susceptibles de rendre cette « dernière balle » inefficace, notamment la réduction ou l’interruption du financement iranien destiné aux milices, ainsi que les efforts de surveillance terrestre et maritime qui ont permis de couper plusieurs routes de contrebande utilisées par les Houthis au Yémen.
