Retrait du pouvoir, maintien de l’emprise sur le terrain : que signifie l’annonce du Hamas à Gaza ?
L’annonce par le Hamas de sa volonté de renoncer à l’administration de la bande de Gaza est perçue par plusieurs observateurs comme une concession en apparence, mais dont les implications pourraient être plus complexes.
Lundi, le Hamas a annoncé qu’il dissoudrait son gouvernement dans la bande de Gaza, une décision que des experts considèrent comme un moyen d’accroître la pression sur Israël, alors que les progrès concernant le plan de cessez-le-feu négocié sous médiation américaine restent au point mort.
Ismaïl Al-Thawabta, directeur du bureau des médias du Hamas, a déclaré que le mouvement était « prêt à transférer les responsabilités gouvernementales au comité technocratique palestinien chargé d’administrer la bande de Gaza conformément à l’accord ».
Le communiqué du Hamas n’a toutefois fait aucune référence au désarmement, qui constitue pourtant l’une des principales conditions de la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu et que le mouvement refuse jusqu’à présent.
L’emprise du Hamas
Dans son analyse de cette évolution, CNN estime que cette annonce ne modifie que très peu la réalité sur le terrain, soulignant que « le Hamas et ses forces de sécurité continuent d’exercer leur contrôle sur la partie non occupée de Gaza ».
La chaîne souligne néanmoins que ce geste symbolique remet l’accord de cessez-le-feu avec Israël au centre de l’attention, alors que le président américain Donald Trump exerce des pressions sur le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou afin de faire avancer la mise en œuvre de certaines dispositions de l’accord, notamment la création de « zones pilotes » dans lesquelles les Palestiniens seraient administrés par le comité technocratique.
Dans une déclaration prononcée devant l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa, à Deir al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, Ismaïl Al-Thawabta a appelé toutes les parties concernées à « accélérer immédiatement les démarches nécessaires à la formation du Comité national pour l’administration de Gaza afin qu’il puisse assumer ses responsabilités nationales et administratives ».
Selon plusieurs analystes, cette déclaration vise à accroître la pression sur Israël afin qu’il respecte les dispositions du cessez-le-feu.
De son côté, le « Conseil de la paix », mis en place par les États-Unis, a indiqué avoir « pris acte » de l’annonce du Hamas, tout en précisant qu’il attendrait « des actes plutôt que des promesses », réaffirmant son attachement au principe d’« une seule autorité, une seule loi et une seule force armée ».
Cette annonce intervient dix-neuf ans après que le Hamas a pris, par la force, le contrôle des institutions de l’Autorité nationale palestinienne, dirigée par le Fatah, dans la bande de Gaza au milieu de l’année 2007.
Les nombreuses tentatives de réconciliation menées dans plusieurs capitales entre le Hamas et le Fatah n’ont jusqu’à présent pas abouti.
Dans un rapport récemment publié par une commission d’enquête indépendante mandatée par les Nations unies, il est indiqué que « les Palestiniens sont pris au piège entre la violence structurelle et les atrocités à grande échelle commises par les forces israéliennes ainsi que la gouvernance répressive du Hamas fondée sur l’intimidation ».
Le rapport affirme également que des forces liées au Hamas seraient responsables de graves violations des droits humains, notamment de « crimes de guerre impliquant des homicides et des actes de torture » commis dans la bande de Gaza.
La commission a recensé 249 cas d’exécutions et de violences physiques graves entre 2024 et 2025, ayant fait au moins 108 morts et 384 blessés.
Elle conclut que des forces affiliées au Hamas seraient impliquées dans au moins 60 incidents de cette nature.
Contourner Netanyahou ?
Mohammad Shehada, chercheur spécialisé sur Gaza au sein du Conseil européen des relations internationales, estime que cette annonce constitue « une tentative de contourner le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou pour s’adresser directement au président américain Donald Trump, afin de démontrer que le Hamas est prêt à abandonner totalement l’administration de Gaza, ce qui pourrait accroître les pressions américaines sur Israël pour qu’il respecte ses engagements ».
Toutefois, selon lui, même si cette stratégie aboutissait, même si Donald Trump était convaincu et même si le plan se déroulait comme prévu, Israël continuerait d’exercer un contrôle total sur Gaza et empêcherait le Comité national d’exercer effectivement ses fonctions.
Le Comité national pour l’administration de Gaza avait été proposé dans le cadre du plan de cessez-le-feu lancé en octobre dernier afin d’administrer la bande de Gaza dans l’après-Hamas. Cependant, le comité demeure installé au Caire et n’a toujours pas pu entrer dans la bande de Gaza ni exercer la moindre compétence effective.
Concernant les quelque 60 000 fonctionnaires concernés, le Hamas a indiqué qu’ils seraient considérés comme des employés de l’administration publique et poursuivraient leur travail sous l’autorité du Comité national dès son entrée en fonction.
Une réalité toujours incertaine
Malgré cette annonce, la date du transfert effectif des pouvoirs au Comité national demeure inconnue, les désaccords persistant sur la mise en œuvre des différentes dispositions de l’accord, en particulier celles relatives à la deuxième phase, qui prévoit le retrait des forces israéliennes de la bande de Gaza.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, plusieurs dispositions essentielles n’ont pas été appliquées. Israël continue de mener des frappes répétées sur Gaza, tandis que le ministère palestinien de la Santé affirme que plus d’un millier de personnes ont été tuées depuis le début de l’application de l’accord.
Par ailleurs, l’armée israélienne a élargi la zone placée sous son contrôle dans la bande de Gaza, annonçant son intention de conserver environ 70 % du territoire. Cette situation a conduit plus de deux millions de Palestiniens à vivre dans des zones restreintes et fortement surpeuplées, tandis que la force internationale censée sécuriser certaines régions avant le déploiement du Comité national n’a toujours pas été constituée.
Michael Milshtein, directeur du Forum d’études palestiniennes de l’Université de Tel-Aviv, estime que l’annonce du Hamas n’a rien de surprenant et la considère comme une tentative du mouvement et des médiateurs de modifier les paramètres des négociations.
