Les principales visées : Al-Qard Al-Hassan et Bayt Al-Mal… De nouvelles sanctions frappent les réseaux financiers du Hezbollah
Une nouvelle série de sanctions internationales d’envergure vise les principaux circuits de financement du Hezbollah, notamment Al-Qard Al-Hassan et Bayt Al-Mal, dans le but d’entraver les flux financiers à destination et en provenance du mouvement.
Mardi, le Centre de lutte contre le financement du terrorisme (Terrorist Financing Targeting Center – TFTC), qui regroupe les États-Unis et les pays du Golfe, a annoncé des mesures de désignation conjointes visant plusieurs composantes essentielles de l’infrastructure financière du Hezbollah, notamment cinq entités et seize personnes.
Il s’agit de la troisième mesure prise par le Centre sous l’administration du président américain Donald Trump et de la neuvième depuis sa création.
Les sanctions concernent principalement deux institutions financières affiliées au Hezbollah, Al-Qard Al-Hassan (AQAH) et Bayt Al-Mal, ainsi que plusieurs de leurs principaux responsables.
Que sait-on d’Al-Qard Al-Hassan ?
Al-Qard Al-Hassan est une association libanaise qui exerce depuis plusieurs années des activités assimilables à celles d’un établissement bancaire. Elle accorde des prêts à ses clients, accepte l’or comme garantie et fournit divers services financiers.
Le département du Trésor des États-Unis la décrit comme une association opérant sous couvert d’une organisation non gouvernementale, en utilisant une autorisation délivrée par le ministère libanais de l’Intérieur.
Selon le Trésor américain, l’association fournit des services financiers comparables à ceux d’une banque, bien au-delà des activités déclarées dans ses documents d’enregistrement, et procède à des transferts illicites de fonds au moyen de comptes fictifs et d’intermédiaires.
Les différentes agences d’Al-Qard Al-Hassan sont reliées entre elles par un réseau privé appartenant au Hezbollah et échappent totalement au contrôle de l’État libanais ainsi qu’à celui des organismes internationaux chargés de superviser les activités bancaires.
L’institution n’entretient aucun lien avec la Banque centrale du Liban et n’est pas soumise à la loi sur la monnaie et le crédit qui régit les relations entre les établissements financiers et la Banque du Liban. Elle est enregistrée en tant qu’association caritative.
L’organisation dispose de plus de trente agences réparties sur l’ensemble du territoire libanais et emploie près de cinq cents personnes, tout en opérant entièrement en dehors du système financier officiel de l’État libanais.
À la suite de l’effondrement économique qui a frappé le Liban, affectant également les banques commerciales traditionnelles, Al-Qard Al-Hassan a considérablement étendu ses activités dans les zones contrôlées par le Hezbollah et y a ouvert de nouvelles agences.
La « banque du Hezbollah » a également installé des distributeurs automatiques de billets (ATM), permettant à ses clients et à ses employés de retirer des dollars américains alors que les banques libanaises étaient incapables de fournir des devises étrangères à leurs déposants.
À la fin de l’année 2020, cette association liée au Hezbollah a été victime d’un piratage informatique qui a révélé l’existence d’importants mouvements financiers ainsi que des relations avec plusieurs banques libanaises, notamment Jamal Trust Bank, elle-même visée par des sanctions américaines.
En contrôlant une partie importante des devises étrangères dont l’économie libanaise a un besoin crucial, Al-Qard Al-Hassan permet au Hezbollah de consolider sa propre base de soutien tout en fragilisant davantage la stabilité de l’État libanais.
Shlomit Wagman, ancienne présidente de l’Autorité israélienne de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a déclaré que « l’association Al-Qard Al-Hassan est devenue la principale institution financière du Hezbollah. Elle protège environ 750 millions de dollars de financement iranien par an, ainsi que les revenus des activités criminelles du mouvement, utilisés pour financer ses attaques contre Israël ».
Selon l’armée israélienne, Al-Qard Al-Hassan finance directement les activités du Hezbollah, notamment l’achat d’armes et le versement des salaires des membres de sa branche militaire.
Dans un précédent communiqué publié après des frappes contre plusieurs sites de l’association, l’armée israélienne avait indiqué que ces opérations s’inscrivaient dans les efforts de Tel-Aviv visant à affaiblir l’infrastructure du Hezbollah, ses capacités militaires et sa faculté de reconstitution.
Les origines : Bayt Al-Mal
Les activités d’Al-Qard Al-Hassan se sont fortement développées après la destruction de la majorité des bureaux de Bayt Al-Mal durant la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006 et après l’inscription de cette institution sur la liste américaine des sanctions en septembre 2006.
Le Hezbollah a alors transféré une grande partie de ses activités financières vers Al-Qard Al-Hassan, qui est devenue un pilier central de son infrastructure financière, tandis que les comptes bancaires de Bayt Al-Mal étaient modifiés.
D’une manière générale, Bayt Al-Mal continue de fonctionner comme une trésorerie officieuse du Hezbollah. L’institution gère les actifs de l’organisation, supervise leurs investissements et sert d’intermédiaire entre le mouvement et les principales banques.
Bayt Al-Mal exerce ses activités sous la supervision directe du secrétaire général du Hezbollah.
En tant que principal organisme financier du Hezbollah, Bayt Al-Mal remplit les fonctions de banque, de prêteur et de bras d’investissement du mouvement.
Son siège est situé dans le bastion du Hezbollah, dans la banlieue sud de Beyrouth.
Autres entités visées par les sanctions
La société Al-Khoubara
La société Al-Khoubara est détenue, administrée ou supervisée par Adel Mansour. Elle a fourni des services comptables à Al-Qard Al-Hassan.
L’entreprise était dirigée par plusieurs hauts responsables d’Al-Qard Al-Hassan, dont Adel Mansour. Parmi ses autres dirigeants figure Hussein Chami, haut responsable du Hezbollah inscrit par les États-Unis sur leur liste des personnes liées au terrorisme.
La société Tashilat
La société TASHILAT SARL accordait des prêts pour le compte du Hezbollah et constituait un élément essentiel des activités d’Al-Qard Al-Hassan et de Bayt Al-Mal.
La société Auditors and Auditing
La société Auditors and Auditing (Al-Mourajioun) est détenue, contrôlée et/ou dirigée par Ibrahim Daher, principal actionnaire et associé-gérant. Elle collaborait avec Al-Qard Al-Hassan.
Parmi les personnes visées par les sanctions
Ibrahim Ali Daher dirige l’Unité financière centrale du Hezbollah, chargée de superviser le budget général du mouvement ainsi que ses dépenses, y compris le financement de ses opérations au Liban et à l’étranger.
Adel Mohammad Mansour est le directeur exécutif d’Al-Qard Al-Hassan. En parallèle de ses fonctions, il utilisait ses comptes bancaires personnels pour effectuer des transactions avec différentes institutions affiliées au Hezbollah.
La troisième personne visée est Ahmad Mohammad Yazbek, directeur financier d’Al-Qard Al-Hassan.
Selon le communiqué, Ahmad Yazbek détenait, avec Abbas Hassan Gharib, Mustafa Habib Harb, Izzat Youssef Akkar et Hassan Shehadeh Othman, des comptes bancaires communs auprès de banques libanaises, notamment Jamal Trust Bank (JTB), inscrite sur la liste américaine des sanctions. Ces comptes leur auraient permis de transférer plus de 500 millions de dollars à travers le système financier officiel durant plus de dix ans.
Le quatrième nom figurant parmi les principales personnes sanctionnées est Ali Mohammad Karneib, haut responsable d’Al-Qard Al-Hassan occupant les fonctions de directeur du département des achats.
Jusqu’en juillet 2024, Ali Mohammad Karneib aurait supervisé l’acquisition de plus de 1 000 onces d’or pour le compte d’Al-Qard Al-Hassan.
Quel est l’objectif de ces sanctions ?
Selon un communiqué du département du Trésor des États-Unis, les mesures coordonnées annoncées mardi témoignent de la détermination des membres du Centre de lutte contre le financement du terrorisme à perturber la capacité du Hezbollah à exploiter le système financier international.
Les États-Unis avaient déjà inscrit l’ensemble des personnes et entités concernées sur leurs listes de sanctions.
Le Centre mène des opérations conjointes, notamment l’imposition de sanctions, l’échange de renseignements exploitables sur les réseaux de financement du terrorisme et le renforcement des capacités des États membres afin de lutter contre les réseaux terroristes qui menacent la sécurité et la stabilité.
Selon le communiqué, les réseaux sanctionnés mardi représentent une menace pour la stabilité régionale, la sécurité internationale, les intérêts communs et le commerce mondial.
En limitant l’accès du Hezbollah aux ressources financières, les membres du Centre de lutte contre le financement du terrorisme entendent préserver l’intégrité du système financier international, soutenir le peuple libanais et combattre les réseaux terroristes.
