Politique

Un dirigeant soudanais: quatre outils utilisés par les Frères musulmans pour faire échouer les efforts de cessation de la guerre


Une obstruction continue au processus de règlement et un investissement dans l’alimentation du conflit à travers quatre principaux mécanismes aggravent la catastrophe soudanaise et approfondissent sa crise politique.

Tel est le résumé des déclarations d’Orwa Al-Sadiq, dirigeant du Parti de la Nation (Oumma) au Soudan, dans lesquelles il détaille les méthodes et les manœuvres des Frères musulmans visant à prolonger la guerre et à entraver le processus de règlement politique.

Selon lui, dès la chute du régime du Mouvement islamique – la vitrine politique des Frères musulmans au Soudan – à la suite de la révolution populaire d’avril 2019, les composantes civiles et militaires de l’organisation se sont mobilisées pour planifier l’échec du projet de transition civile et démocratique porté par les slogans de la révolution soudanaise.

D’après de nombreuses sources locales, régionales et internationales, les Frères musulmans ont exploité leur présence au sein des institutions militaires et sécuritaires soudanaises afin d’orienter et de contrôler leurs décisions dans le but d’étouffer le pouvoir civil dès son émergence et de bloquer toute transition démocratique susceptible d’écarter le mouvement de la scène politique soudanaise.

Dans ce contexte, Al-Sadiq a expliqué les stratégies attribuées aux Frères musulmans pour influencer les décisions de l’armée soudanaise, prolonger la guerre et faire obstacle aux efforts régionaux et internationaux visant à y mettre fin par la voie des négociations pacifiques.

« Prolonger les combats »

Le dirigeant du Parti de la Nation a déclaré :

« Les Frères musulmans du Soudan estiment que plus la guerre dure, plus les forces civiles s’affaiblissent, les partis politiques s’érodent, les comités de résistance et les forces révolutionnaires se dissolvent, les blocs sociaux se fragmentent et l’attention internationale diminue. »

Al-Sadiq a souligné que les guerres prolongées créent un vide politique dont les groupes idéologiques extrémistes tirent profit dans la mise en œuvre de leurs projets politiques.

Il a ajouté :

« C’est pourquoi certains cercles des Frères musulmans au Soudan considèrent la poursuite de la guerre et la perpétuation du conflit comme un environnement plus favorable au repositionnement, à la reconquête de leur influence, à la reconstruction de leurs réseaux sécuritaires et économiques, ainsi qu’à la consolidation du système d’emprise politique que la révolution soudanaise avait commencé à démanteler avant que le commandant de l’armée soudanaise, Abdel Fattah Al-Burhan, ne mette un terme à tous les projets de transition civile. »

« Redéfinir la guerre »

Orwa Al-Sadiq a présenté un deuxième scénario concernant la manière dont les Frères musulmans exploiteront le conflit et sabotent les efforts régionaux et internationaux destinés à y mettre fin.

Il a déclaré : « Toute solution politique nécessite des concessions et des compromis douloureux. Cependant, lorsque le conflit est présenté comme une bataille pour la dignité, le destin, l’identité ou l’existence, ou encore comme une guerre sainte, comme nous le voyons dans la propagande du parti dissous du Congrès national – le bras politique des Frères musulmans –, l’espace de compromis se réduit considérablement. Tout accord devient alors susceptible d’être contesté, rejeté ou combattu par des campagnes de mobilisation opposées. »

Il a ajouté que : « Les Frères musulmans du Soudan travaillent jour et nuit selon cette logique afin que le langage politique soit remplacé par un discours permanent de mobilisation et d’incitation, tandis que la logique de la négociation cède la place à celle de la peur et de l’embrigadement. »

« Multiplication des centres de décision »

Al-Sadiq a poursuivi son analyse des scénarios qu’il attribue aux Frères musulmans dans leur volonté d’entraver toute initiative régionale ou internationale de règlement de la crise soudanaise.

Il a mis en avant ce qu’il appelle « la multiplication des centres de décision », destinée à affaiblir les processus de négociation.

Selon lui : « Toute opération de paix nécessite des partenaires capables de respecter leurs engagements. Or, la multiplication des acteurs armés, la divergence des agendas et l’apparition de centres d’influence parallèles rendent la mise en œuvre des accords beaucoup plus difficile. »

Il a poursuivi : « Ce modèle ne nécessite pas nécessairement de faire échouer directement les négociations ; il suffit d’augmenter le coût politique de la paix et de compliquer son environnement sécuritaire et politique. »

Il a ajouté que : « Les groupes idéologiques confrontés au risque de marginalisation cherchent souvent des convergences d’intérêts avec des acteurs qui considèrent la transition politique comme une menace pour leurs intérêts sécuritaires, économiques ou géopolitiques. »

Selon lui, ces alliances peuvent être temporaires et fluctuantes, mais elles offrent une capacité de manœuvre accrue et contribuent à prolonger les conflits.

Il a également évoqué les fluctuations des relations entre les Frères musulmans et l’Iran, ainsi que la possibilité d’une réduction du soutien iranien à la suite d’un éventuel accord entre Washington et Téhéran.

« Exploiter le chaos »

Al-Sadiq a ensuite abordé la stratégie consistant à exploiter les désordres sociaux et tribaux comme l’un des principaux scénarios utilisés pour prolonger le conflit.

Il a déclaré : « Les Frères musulmans du Soudan ont pris l’habitude d’investir dans le chaos social en attisant les tensions entre les tribus et les communautés locales. »

Selon lui, cette approche :

« Fait échouer tout règlement politique en augmentant son coût sécuritaire et politique, en prolongeant la durée de la guerre et en remodelant l’environnement social de manière à rendre tout accord fragile et susceptible de s’effondrer. »

Il a ajouté que : « Dans des contextes caractérisés par une forte polarisation et une grande diversité, les appartenances locales, tribales et régionales permettent à ces groupes idéologiques de se présenter comme les forces les plus organisées, les plus disciplinées et les plus aptes à mobiliser les populations. »

Avant de conclure : « Nous observons aujourd’hui les activités des services de renseignement liés aux Frères musulmans qui alimentent les tensions tribales au Darfour, dans l’Est du Soudan, au Kordofan et dans l’État du Nil Bleu, afin d’inciter les populations à s’armer et à se préparer à une nouvelle vague de guerre encore plus violente que les précédentes. »

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