Golfe Persique

Masrour Barzani présente à Bagdad l’expérience “Ronaki” pour résoudre la crise de l’électricité


Un responsable kurde affirme la disponibilité d’Erbil à fournir une assistance technique et l’expertise nécessaire pour soutenir les plans d’Ali Al-Zaydi visant à réformer le secteur de l’électricité.

Le Premier ministre du gouvernement de la région du Kurdistan, Masrour Barzani, a entamé ce samedi une visite à Bagdad à la tête d’une délégation de haut niveau, afin de présenter l’expérience du projet « Ronaki », considéré comme un modèle réussi de réforme du secteur électrique. Cette démarche s’inscrit dans le cadre des efforts visant à renforcer la coopération et la coordination entre le gouvernement fédéral et la région, notamment dans les dossiers de services publics et stratégiques.

Aziz Ahmed, vice-directeur du bureau de Barzani, a déclaré qu’Erbil est prête à fournir une assistance technique ainsi que l’expertise nécessaire pour soutenir les plans du Premier ministre irakien Ali Al-Zaydi en vue de réformer un secteur considéré comme l’un des plus complexes du pays.

Cette orientation comporte des implications politiques allant au-delà de la dimension technique. Elle reflète une transformation progressive de la relation entre Bagdad et Erbil, passant d’une logique de conflit autour des compétences et des ressources à la recherche de formules de coopération fondées sur des intérêts communs, en particulier dans un contexte de pressions économiques croissantes et de besoin urgent d’amélioration des services essentiels.

Le programme « Ronaki » vise à fournir de l’électricité 24 heures sur 24 aux citoyens, en réduisant la dépendance aux générateurs privés et en organisant la distribution de l’énergie de manière plus stable et plus efficace.

Le projet constitue l’un des principaux programmes du gouvernement de Barzani dans le secteur des services. Il repose sur la modernisation des réseaux de distribution, la réduction des pertes techniques, l’adoption de compteurs intelligents, ainsi que l’amélioration de la collecte des revenus et l’élargissement de l’utilisation du gaz local pour alimenter les centrales électriques.

Grâce à ce programme, Erbil est parvenue à assurer une alimentation électrique quasi continue dans plusieurs villes et régions, après avoir longtemps souffert, comme le reste de l’Irak, de coupures prolongées et d’une forte dépendance à des générateurs privés coûteux.

La tentative du Kurdistan de transférer son expérience au secteur électrique de Bagdad intervient alors que le pays fait face à l’une des crises énergétiques les plus complexes de la région, malgré des dizaines de milliards de dollars investis depuis 2003 sans parvenir à des solutions durables. La plupart des villes irakiennes connaissent des coupures répétées, qui s’aggravent en été avec des températures dépassant parfois 50 degrés Celsius.

La visite de Barzani intervient également alors que se poursuivent les efforts pour résoudre les dossiers en suspens, notamment la gestion du pétrole et les allocations financières de la région autonome. Aziz Ahmed a également indiqué que Barzani suivra le dossier des garanties de sécurité nécessaires au retour des entreprises étrangères du secteur pétrolier et gazier pour reprendre leurs activités de production et d’exportation au Kurdistan, soulignant que la menace persistante des drones constitue un obstacle majeur à la stabilité du secteur énergétique.

Ces derniers mois, la région du Kurdistan a été la cible de plusieurs attaques de drones visant des sites stratégiques et des champs énergétiques, ce qui a suscité des inquiétudes parmi les entreprises étrangères et conduit certaines d’entre elles à réduire ou suspendre leurs activités d’expansion, dans un contexte de craintes quant à l’impact sur l’investissement étranger en Irak.

Des analystes estiment que le dossier énergétique pourrait devenir un point de convergence entre Bagdad et Erbil. Bagdad a besoin d’expertise pratique pour moderniser son réseau électrique défaillant, tandis qu’Erbil cherche à capitaliser sur son succès dans ce domaine pour renforcer sa position de négociation et se présenter comme un partenaire capable d’apporter des solutions concrètes.

Malgré la persistance de divergences profondes entre les deux parties, notamment sur la gestion des ressources naturelles et les compétences constitutionnelles, un discours d’apaisement et de coordination commence progressivement à remplacer la logique de confrontation qui a dominé ces dernières années.

Des observateurs estiment que les mutations régionales et les pressions économiques poussent les acteurs irakiens à adopter des approches plus pragmatiques, centrées sur la préservation de la stabilité interne et l’évitement des fractures, dans un contexte de défis sécuritaires et économiques persistants.

Bagdad et Erbil semblent désormais conscientes que la poursuite de la rupture ou de l’escalade ne sert plus les intérêts d’aucune des deux parties, et que la coopération dans les domaines de l’énergie, de l’investissement et des services pourrait ouvrir la voie à une désescalade ainsi qu’à des accords plus larges sur les dossiers en suspens.

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