Iran

Comment la mer Caspienne est devenue une artère d’armes et de denrées pour l’Iran à l’insu de Washington


Des données de navigation et des renseignements indiquent une intensification du trafic maritime russe vers l’Iran via la mer Caspienne, incluant des marchandises stratégiques et des composants destinés aux drones, contribuant à accélérer la reconstitution des capacités offensives de Téhéran et à sécuriser ses approvisionnements en dehors des routes traditionnelles menacées.

Un rapport relayé par le New York Times indique que la Russie fournit à l’Iran une voie commerciale et militaire alternative au détroit d’Ormuz via la mer Caspienne, afin de l’aider à contourner les sanctions occidentales et à reconstruire son arsenal militaire.

Selon le journal, des chasseurs israéliens ont mené en mars dernier une frappe visant le centre de commandement naval iranien ainsi qu’un groupe de navires dans le port de Bandar Anzali, une opération qualifiée par Israël comme « l’une des plus importantes » récemment menées.

Le journal précise que cette attaque a mis en évidence l’importance stratégique croissante de la mer Caspienne, située à des centaines de kilomètres au nord du golfe Persique, en tant que lien vital entre Moscou et Téhéran.

Anna Borshchevskaya, experte à l’Institut de Washington, estime que le bombardement israélien du port de Bandar Anzali est intervenu après que Tel-Aviv a pris conscience que cette route commerciale, bien que modeste, permettait à la Russie de fournir une aide essentielle et significative à l’Iran pour contourner le régime de sanctions.

Le quotidien américain cite des responsables locaux, s’exprimant sous couvert d’anonymat, selon lesquels la Russie expédie actuellement des composants de drones vers l’Iran par cette voie, afin d’aider Téhéran à restaurer ses capacités offensives après avoir perdu environ 60 % de son arsenal de drones lors des combats récents.

Les experts estiment qu’il est peu probable que les composants russes jouent un rôle décisif dans une guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, mais qu’ils contribuent néanmoins à renforcer l’arsenal iranien de drones. Ils considèrent que la poursuite de ces livraisons permettra à l’Iran de reconstituer rapidement cet arsenal.

Les responsables soulignent que le commerce est désormais bidirectionnel. Après que l’Iran a longtemps été le principal fournisseur de la Russie, Moscou, qui dispose désormais d’une usine de production de drones « Shahed » au Tatarstan, a commencé à fournir à l’Iran des pièces et des technologies améliorées.

Selon le journal, l’Iran dépend désormais entièrement de quatre ports sur la mer Caspienne fonctionnant en continu pour sécuriser l’approvisionnement en blé, en maïs et en huiles alimentaires.

Deux millions de tonnes de blé russe ont ainsi vu leur itinéraire de transport détourné de la mer Noire, exposée aux frappes ukrainiennes, vers la mer Caspienne.

Le journal cite Vitaly Chernov, du groupe PortNews, selon lequel les routes caspiennes semblent plus attractives pour Moscou dans un contexte d’instabilité au Moyen-Orient. Dans le même temps, Alexander Sharov, directeur de RusIranExpo, prévoit que le volume de marchandises transitant par cette voie doublera cette année.

La mer Caspienne, la plus grande étendue d’eau intérieure au monde, représente un « paradis pour le contournement des sanctions ». Les navires circulant entre des ports russes tels que le port d’Olya et les ports iraniens désactivent délibérément leurs systèmes de suivi satellitaire (transpondeurs) pour dissimuler leurs mouvements. Nicole Grajewski, professeure à l’Institut d’études politiques de Paris, souligne que cette mer constitue un lieu idéal pour les transferts militaires discrets, en raison de l’incapacité des États-Unis à intercepter des navires dans cette zone.

Des experts alertent sur l’existence d’un « vide de renseignement » américain dans la région. Luke Coffey, chercheur à l’Institut Hudson, décrit la mer Caspienne comme un « trou noir géopolitique » pour les décideurs à Washington, car elle se situe à la frontière administrative entre les commandements « européen » et « central » du Pentagone, et sa gestion relève de trois bureaux distincts au sein du département d’État.

Moscou et Téhéran ont signé en janvier 2025 un traité de coopération de grande envergure.

La Russie a également utilisé des navires en mer Caspienne pour lancer des missiles en direction de l’Ukraine et de la Syrie.

Le département du Trésor américain a imposé des sanctions à des navires et des sociétés russes, notamment MG-Flot, accusés de transporter des missiles balistiques iraniens. Toutefois, le commerce se poursuit, dans un contexte où Vladimir Poutine tente d’équilibrer son soutien à l’Iran sans provoquer le président Trump ni les alliés arabes.

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