Politique

Divergences autour d’un contrat de chasseurs américains perturbent le Pérou : démission des ministres des Affaires étrangères et de la Défense


Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense du Pérou ont annoncé leur démission pour protester contre la décision du président par intérim José María Balcázar de reporter un contrat portant sur des chasseurs américains F-16 Fighting Falcon, d’un montant de 3,5 milliards de dollars.

Les deux ministres ont affirmé que l’accord avait déjà été signé, avertissant que sa remise en question à ce stade pourrait nuire à la réputation du Pérou en tant que partenaire commercial fiable et affaiblir sa crédibilité sur la scène internationale.

Ces démissions soudaines interviennent alors que le pays traverse une période d’instabilité politique, à la suite d’élections n’ayant pas dégagé de majorité absolue, conduisant à un second tour prévu le 7 juin.

Mardi, le président par intérim a annoncé le report de l’achat de 24 avions de combat aux États-Unis, indiquant que la décision finale devait être laissée au prochain gouvernement qui prendra ses fonctions en juillet. Il a justifié cette décision par la nécessité de garantir une utilisation « appropriée et raisonnable » des fonds publics, compte tenu des défis sociaux auxquels le pays est confronté.

Malgré la décision de report, le ministère de l’Économie a annoncé ultérieurement le transfert d’un premier versement de 462 millions de dollars à la société Lockheed Martin, soulignant que le respect des engagements internationaux « n’est pas une option mais un devoir ».

Avertissement américain

Dans une escalade notable, l’ambassadeur des États-Unis au Pérou a averti que toute négociation « de mauvaise foi » susceptible de nuire aux intérêts américains se heurterait à l’utilisation de « tous les outils disponibles » pour protéger la sécurité et la prospérité des États-Unis et de la région.

De son côté, José María Balcázar a tenté d’apaiser les tensions, affirmant qu’il ne cherchait pas la confrontation avec les États-Unis et que la décision de report visait uniquement à assurer une gestion rigoureuse des ressources.

Cependant, le ministre des Affaires étrangères démissionnaire Hugo de Zela a estimé que la décision « met le pays en danger et compromet sa crédibilité », précisant que les contrats d’achat avaient été signés après approbation du Conseil national de défense.

Le ministre de la Défense, Carlos Díaz, a pour sa part insisté sur le caractère indispensable de l’accord pour la sécurité nationale, soulignant qu’il ne relevait pas de considérations politiques mais de la protection de l’État et du renforcement de ses capacités défensives.

À l’inverse, le président par intérim a nié que le contrat ait été définitivement conclu, tandis que l’ambassade des États-Unis à Lima a confirmé qu’une « signature technique » avait bien eu lieu en pleine connaissance des plus hautes autorités gouvernementales péruviennes.

Le président du Congrès péruvien a appelé le chef de l’État à respecter l’accord afin d’éviter des répercussions politiques, juridiques et géopolitiques, certains députés allant jusqu’à réclamer sa destitution, signe de l’aggravation de la crise au sein des institutions.

Les origines de cet accord remontent à l’annonce par le Pérou, en octobre 2024, de son plan de modernisation de sa flotte aérienne par l’acquisition d’avions de combat modernes destinés à renforcer ses capacités de défense et à combler des lacunes militaires existantes.

La décision de report a toutefois ouvert la voie à une crise politique et diplomatique complexe, susceptible d’avoir des répercussions sur les relations internationales du Pérou et sa stabilité interne dans la période à venir.

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