Guerre avec l’Iran : le pari américain sur les Kurdes comporte des risques
L’idée d’exploiter les tensions entre les différentes composantes ethniques en Iran pour renverser le régime actuel — notamment en utilisant la carte kurde — apparaît comme l’une des options envisagées par les États-Unis et Israël. Toutefois, à long terme, ce pari qui peut séduire les stratèges militaires pourrait s’avérer particulièrement risqué.
Contrairement à certains pays voisins tels que l’Afghanistan, le Pakistan ou l’Irak, l’Iran n’est pas exposé au même degré de divisions ethniques ou religieuses, malgré un mécontentement manifeste à l’égard du clergé chiite au pouvoir, selon l’Agence France-Presse.
Cependant, depuis la mort du guide suprême Ali Khamenei samedi, à la suite de frappes américaines et israéliennes, Téhéran a bombardé des groupes armés kurdes iraniens stationnés dans une région montagneuse du nord de l’Irak, près de la frontière iranienne. Cette zone constitue depuis longtemps un refuge pour ces factions opposées au pouvoir iranien.
Un responsable kurde a indiqué qu’un combattant appartenant à ces groupes armés avait été tué mercredi dans l’un de ces camps.
Des médias américains ont également rapporté que les États-Unis envisageraient d’armer des milices kurdes afin de déclencher un soulèvement contre les autorités à Téhéran. Toutefois, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a qualifié ces informations de « totalement infondées ». Elle a néanmoins confirmé que le président américain « s’était entretenu avec des dirigeants kurdes » au sujet de la base utilisée par les États-Unis dans le nord de l’Irak.
Une présence armée sur le terrain
Mohammad Saleh, chercheur au Foreign Policy Research Institute aux États-Unis, explique que les combattants kurdes qualifiés de « terroristes » par Téhéran bénéficient d’une certaine considération à Washington, car ils représentent « la composante la plus organisée du mouvement d’opposition iranien au sens large ».
Quant à Reza Pahlavi, qui réside aux États-Unis, il bénéficie d’une certaine reconnaissance américaine en raison de son nom, étant le fils de l’ancien shah d’Iran renversé par la révolution de 1979. Toutefois, il ne dispose pas réellement d’un soutien armé à l’intérieur du territoire iranien.
Selon Saleh, « l’évolution des opérations en Iran montre que les États-Unis et Israël ont effectivement besoin d’une présence armée sur le terrain, puisqu’ils n’envisagent pas d’envoyer leurs propres forces spéciales ».
De son côté, Stefano Ritondale, responsable au sein de la société d’analyse du renseignement Artorias, estime que les combattants kurdes pourraient jouer, dans une certaine mesure, un rôle comparable à celui de l’Alliance du Nord en 2001 contre les talibans en Afghanistan, en établissant une zone à partir de laquelle les forces spéciales américaines pourraient lancer leurs opérations.
Il ajoute que « ce qui est remarquable dans la logique de l’administration Trump est l’idée d’utiliser les Kurdes comme opposition armée afin d’affaiblir suffisamment le pouvoir en place pour provoquer un effet en chaîne incitant la population à retourner dans la rue pour manifester », après plusieurs semaines de répression sanglante de protestations contre la hausse du coût de la vie.
Les Kurdes sont répartis entre la Turquie, l’Irak, la Syrie et l’Iran, sans disposer d’un État propre. Ils sont alliés aux États-Unis depuis de nombreuses années, bien que la nature des relations entre Washington et les différents groupes kurdes varie considérablement.
Le soutien américain aux Kurdes en Irak et en Syrie leur a permis d’obtenir une forme d’autonomie. Cependant, Washington a récemment abandonné la faction syrienne qui l’avait aidé à combattre l’organisation terroriste État islamique.
Les tensions entre les Kurdes d’Iran, qui représentent environ 9 % de la population, et les autorités centrales de Téhéran ont été moins marquées que celles observées entre les Kurdes d’Irak et de Turquie et les gouvernements de ces deux pays.
Les Azéris constituent la plus grande minorité en Iran. Cette composante ethnique d’origine turque, largement implantée dans le nord-ouest du pays près de l’Azerbaïdjan, est fortement intégrée dans la société iranienne. Le guide suprême Ali Khamenei était lui-même d’origine azérie.
Parmi les autres minorités figurent les Arabes, les Turkmènes et les Baloutches. Ces derniers sont également présents dans le Pakistan voisin, où ils mènent une insurrection séparatiste.
Une « ligne rouge »
Cependant, plusieurs observateurs mettent en garde contre les risques d’un pari reposant sur des groupes ethniques en Iran. Une telle stratégie pourrait provoquer des conflits internes, notamment entre les groupes kurdes et Reza Pahlavi.
Quelques jours avant le début de l’opération militaire américano-israélienne, cinq groupes kurdes iraniens basés en Irak avaient annoncé la formation d’une alliance politique visant à renverser le régime et à obtenir le droit à l’autodétermination pour les Kurdes.
Reza Pahlavi avait alors accusé ces factions, après la formation de cette alliance, de menacer l’unité nationale, soulignant que « l’intégrité territoriale de l’Iran constitue une ligne rouge ».
Cependant, le représentant aux États-Unis de l’une de ces factions, le Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI), affirme que son mouvement souhaite voir l’Iran devenir un État fédéral.
Arash Saleh déclare : « Nous nous considérons comme une force iranienne attachée à préserver l’intégrité territoriale du pays (…) mais nous pensons que la meilleure manière de préserver sa force consiste à créer des mécanismes permettant à tous les Iraniens de se sentir réellement partie prenante de ce pays. »
