Politique

Les applications d’intelligence artificielle ont-elles contribué à atteindre Khamenei ?


À une époque où les algorithmes sont devenus des partenaires essentiels dans les salles de décision militaire, le débat ne porte plus sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par l’armée américaine, mais sur le degré d’implication de ces systèmes dans la conduite de frappes de précision visant de hauts responsables de pays concurrents.

Quelques heures seulement avant que le président américain Donald Trump n’annonce la résiliation des contrats fédéraux avec l’entreprise Anthropic, qu’il a qualifiée de menace pour la sécurité nationale, des rapports de presse ont révélé que l’outil le plus connu de la société, Claude, était déjà utilisé au sein de centres d’opérations militaires sensibles.

Selon ce qu’a publié le Wall Street Journal, des commandements militaires américains à travers le monde, en particulier le Commandement central des États-Unis (CENTCOM), s’appuient sur des outils d’intelligence artificielle pour des missions cruciales, notamment la réalisation d’évaluations de renseignement approfondies, l’analyse et la hiérarchisation de cibles potentielles, ainsi que la simulation de scénarios de combat complexes.

L’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei

Bien que le Commandement central n’ait pas confirmé explicitement les noms des systèmes utilisés, des sources bien informées ont souligné le rôle central joué par les grands modèles de langage dans l’analyse des communications et l’interception de données sensibles.

Sur le plan interne, les tensions se sont accrues au Pentagone avec Anthropic au fil des mois au sujet des limites d’utilisation de ses modèles linguistiques dans le domaine militaire. À mesure que les relations se détérioraient, le département s’est tourné vers des alternatives nationales telles qu’OpenAI et la société xAI d’Elon Musk, dans des environnements de travail classifiés.

Cependant, l’abandon progressif des technologies de Claude pourrait prendre jusqu’à six mois, en raison de leur intégration profonde dans les systèmes de partenaires majeurs tels que Palantir.

La question la plus pressante dépasse toutefois les détails techniques et porte sur la manière dont ces systèmes sont utilisés pour cibler des dirigeants politiques de premier plan. L’ampleur du recours à l’intelligence artificielle dans les conflits armés est apparue de façon inédite lors de l’opération conjointe visant le guide suprême iranien Ali Khamenei, dont l’Iran a annoncé officiellement la mort le 1er mars 2026.

Selon un rapport du New York Times, l’opération a été rendue possible grâce à une coopération étroite en matière de renseignement entre la CIA et Israël. Les services américains auraient suivi pendant des mois les schémas d’activité de Khamenei, jusqu’à identifier une réunion au sommet de la direction iranienne prévue dans le complexe gouvernemental du centre de Téhéran.

C’est à ce stade que l’intelligence artificielle s’est imposée comme un accélérateur décisif du renseignement. Des systèmes similaires à Claude auraient joué un rôle dans l’analyse de volumes massifs de communications et de documents interceptés, accélérant la localisation précise de la réunion grâce à la traduction instantanée, à l’analyse de contenu, au recoupement de données provenant de multiples sources et à la détection de motifs dissimulés au sein d’un flux dense de signaux numériques.

Fortes de ces informations hautement fiables, Washington et Tel-Aviv auraient décidé de modifier le calendrier de l’attaque, la déplaçant de la nuit au plein jour afin de tirer parti d’une fenêtre d’opportunité et d’éliminer les principaux dirigeants du régime en une seule frappe.

À mesure que les tensions s’intensifient, des rapports faisaient état du transfert de Khamenei vers un réseau d’abris lourdement fortifiés à Téhéran, relançant les discussions sur l’importance de programmes tels que Maven, développé par le département de la Défense pour analyser les images satellites et les données issues de drones.

Ces systèmes reposent sur l’analyse de données radar et de capteurs avancés afin de détecter des schémas invisibles à l’œil humain. Ils ne « voient » pas sous terre au sens traditionnel, mais infèrent, par le traitement de signaux complexes, la probabilité de cavités, de passages ou d’activités inhabituelles. Des images satellites diffusées par la chaîne israélienne Channel 12 ont montré des traces de destructions importantes dans un complexe lié au guide suprême, confirmant la précision du ciblage malgré des dispositifs de protection sophistiqués.

L’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei

Toutefois, l’usage de l’intelligence artificielle ne se limite pas à la traque d’individus. Il s’étend à une dimension stratégique plus profonde, consistant à anticiper l’avenir du pouvoir lui-même, comme l’illustre l’expérience de recherche menée par l’entreprise AskIt, sous la direction de son cofondateur Neil Tzur. Un modèle y a été conçu pour simuler la pensée de 122 dirigeants des Gardiens de la révolution iraniens afin d’anticiper la succession après Khamenei.

Les résultats ont indiqué une nette préférence pour une option militaire au détriment de la succession religieuse traditionnelle, reflétant un déplacement de l’équilibre des forces au sein du régime. Ce type de modélisation transforme l’intelligence artificielle d’un outil tactique en un microscope stratégique capable de décrypter la psychologie des élites et d’extraire les tendances latentes derrière des portes closes.

La grande ironie réside dans le fait que la technologie aujourd’hui utilisée pour analyser le comportement des adversaires pourrait, en retour, remodeler la nature même de la décision politique. Si les algorithmes sont capables de révéler les schémas du pouvoir et d’accélérer le ciblage d’individus, ils introduisent simultanément un nouveau degré d’ambiguïté stratégique quant à la question de savoir qui contrôle qui, l’humain ou la machine.

En réalité, l’intelligence artificielle n’est plus un simple outil d’appui aux opérations militaires, mais une couche invisible de l’architecture de la puissance contemporaine. Dans les arcanes des régimes fermés, la question centrale n’est peut-être plus de savoir qui succédera au guide ou comment il sera ciblé, mais qui détient l’algorithme le plus performant.

Au cœur de ces mutations, demeure ouverte la question des cadres éthiques et juridiques régissant l’usage de systèmes intelligents capables de déterminer le destin d’individus et d’États entiers, dans une équation où la première bataille est désormais algorithmique avant d’être militaire.

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