Politique

Escalade judiciaire autour du sort de milliers de Syriens protégés aux États-Unis


Cette démarche reflète l’intensification du bras de fer entre le pouvoir exécutif et le judiciaire concernant les politiques migratoires.

L’administration du président américain Donald Trump a déposé une requête urgente auprès de la Cour suprême des États-Unis afin d’intervenir dans un litige portant sur la fin du statut de protection temporaire contre l’expulsion pour environ six mille Syriens résidant aux États-Unis, reflétant ainsi l’intensification du conflit entre l’exécutif et le système judiciaire sur les questions migratoires.

Le ministère de la Justice a soumis un mémoire demandant l’annulation d’une décision de justice rendue en novembre dernier, qui empêchait l’administration de mettre fin à ce statut humanitaire jusqu’au jugement sur le fond contestant la décision gouvernementale. Il s’agit de la troisième fois que l’administration saisit la Cour suprême dans des affaires similaires liées à ses tentatives de mettre fin à la protection temporaire de migrants originaires de divers pays. La Cour avait soutenu la position du gouvernement dans deux affaires précédentes concernant des migrants vénézuéliens, ce qui a encouragé l’administration à relancer le dossier syrien.

Le « statut de protection temporaire » est une classification humanitaire prévue par la législation américaine pour les personnes originaires de pays confrontés à des conflits armés ou à de graves catastrophes. Il leur offre une protection contre l’expulsion et le droit de travailler légalement. Cependant, l’administration estime que ce programme est désormais utilisé en dehors de ses objectifs initiaux, considérant qu’un certain nombre de bénéficiaires ne remplissent plus les conditions.

Le département américain de la Sécurité intérieure avait précédemment entrepris de mettre fin à ce statut pour des migrants originaires de 12 pays, dont la Syrie, ouvrant la voie à une série de recours judiciaires ayant conduit à des injonctions empêchant l’exécution de la mesure pour les ressortissants de pays tels que l’Éthiopie, le Soudan du Sud, Haïti, le Myanmar et la Syrie. Ces décisions montrent que le dossier ne concerne pas un seul pays, mais reflète une approche politique globale faisant face à des contestations légales répétées.

En septembre dernier, la ministre de la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, avait annoncé la fin du statut de protection pour la Syrie, arguant que les conditions dans le pays ne répondaient plus aux critères de « conflit armé continu » constituant une menace sérieuse pour la sécurité des rapatriés. Cette évaluation a suscité de vives critiques parmi les organisations de défense des droits humains et les juristes, qui considèrent que la situation sécuritaire et économique en Syrie reste précaire et ne permet pas un retour sûr à grande échelle.

Cependant, la juge fédérale Catherine Failla a rendu en novembre une décision bloquant l’application de cette mesure, estimant que mettre fin à la protection avant un jugement définitif pourrait exposer les bénéficiaires à des risques graves. Le 17 février, une cour d’appel fédérale de New York a refusé de suspendre cette décision, poussant l’administration à s’adresser directement à la Cour suprême.

Le gouvernement soutient dans son mémoire que les juridictions inférieures ignorent les précédents établis par la Cour suprême dans des affaires similaires et propose que la plus haute juridiction du pays examine rapidement le litige pour trancher. Selon des observateurs, la décision à venir pourrait constituer un précédent important pour l’avenir du programme de protection temporaire dans son ensemble, en déterminant jusqu’où l’exécutif peut y mettre fin sans contrôle judiciaire prolongé.

Dans l’attente de la réponse de la Cour, des milliers de Syriens restent dans une situation juridique incertaine, suspendus entre décisions politiques changeantes et ordonnances judiciaires temporaires, dans un dossier illustrant l’interaction complexe entre migration, considérations humanitaires et politique intérieure américaine.

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