Le Hezbollah et la guerre de l’Iran : le Liban redoute le coût d’un soutien
Le Liban craint qu’Israël ne prenne pour cible ses infrastructures en cas d’escalade avec l’Iran et d’intervention du Hezbollah en soutien à son allié.
À Beyrouth, les inquiétudes grandissent quant à la possibilité qu’Israël, allié des États-Unis, lance des frappes visant les infrastructures libanaises si la confrontation entre Téhéran et Washington devait s’intensifier, a déclaré mardi le ministre des Affaires étrangères, Youssef Rajji, en cas d’implication du Hezbollah aux côtés de l’Iran.
Récemment, Israël a intensifié ses frappes contre le Hezbollah au Liban, malgré le cessez-le-feu en vigueur entre les deux parties depuis plus d’un an, consécutif à une guerre dévastatrice au cours de laquelle le mouvement a subi de lourdes pertes, tant au niveau de son arsenal que de sa structure de commandement.
Alors que Washington renforce sa présence militaire au Moyen-Orient, l’Iran a averti qu’il répondrait « avec force » à toute attaque contre son territoire, estimant qu’une telle agression pourrait déboucher sur une « guerre régionale ».
Démarches diplomatiques
Youssef Rajji a déclaré mardi à des médias à Genève, dont l’Agence France-Presse : « Il existe des indications selon lesquelles les Israéliens pourraient frapper durement en cas d’escalade, y compris des frappes potentielles contre des infrastructures stratégiques telles que l’aéroport. »
En marge de sa participation à une session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, il a ajouté : « Nous menons actuellement des démarches diplomatiques afin de demander que les infrastructures civiles libanaises ne soient pas ciblées, même en cas de réactions ou d’opérations de représailles. »
Rajji a réitéré la position des autorités libanaises, exprimée par le Premier ministre Nawaf Salam, selon laquelle « cette guerre ne nous concerne pas », en référence à une éventuelle confrontation américano-iranienne.
Un responsable libanais, s’exprimant mardi sous couvert d’anonymat, a déclaré : « Ce que redoutent les Libanais, c’est une succession de réactions : une frappe américaine contre l’Iran, suivie d’une riposte du Hezbollah contre Israël, puis d’une réponse israélienne d’envergure. »
Dans l’ensemble, les infrastructures libanaises ont été relativement épargnées durant le conflit qui s’est étendu d’octobre 2023 jusqu’à l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 27 novembre 2024.
Malgré cela, Israël poursuit ses frappes, notamment dans le sud du Liban, affirmant qu’elles visent à empêcher le Hezbollah de reconstituer ses capacités militaires.
Vendredi, le mouvement a annoncé la mort de huit de ses membres, dont un commandant militaire, à la suite de frappes israéliennes dans l’est du Liban.
L’armée israélienne a confirmé avoir ciblé des membres de l’unité de missiles du Hezbollah dans trois sites situés dans la région de Baalbek, affirmant qu’ils œuvraient récemment à « accélérer les phases d’armement et de préparation » et qu’ils projetaient de lancer des attaques en direction du territoire israélien.
Tirs israéliens
Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, a déclaré le mois dernier que son mouvement serait concerné par toute attaque contre l’Iran, ajoutant : « Nous choisirons alors comment agir, intervenir ou non… mais nous ne sommes pas neutres. »
Washington a ordonné l’évacuation du personnel non essentiel de son ambassade à Beyrouth, à titre « temporaire », a indiqué lundi un responsable américain à l’Agence France-Presse, dans un contexte d’escalade potentielle avec l’Iran.
En parallèle de ses frappes, Israël maintient ses forces sur cinq collines situées dans des zones frontalières du sud du Liban, dont Beyrouth exige le retrait conformément à l’accord en vigueur.
Mardi, l’armée libanaise a accusé les forces israéliennes d’avoir ouvert le feu à proximité d’un point qu’elle venait d’établir à la frontière.
Dans un communiqué, elle a précisé : « Alors que l’armée établissait un point d’observation à la frontière sud dans la zone de Sarda – Marjayoun, les abords du point ont été pris pour cible par des tirs en provenance du côté israélien, parallèlement au survol d’un drone israélien à basse altitude, qui a émis des menaces afin de contraindre les soldats à se retirer. »
Elle a ajouté que le commandement avait donné « l’ordre de renforcer le point, d’y rester et de répondre aux sources de tirs », précisant que la situation était suivie « en coordination avec le comité de supervision de l’accord de cessation des hostilités et la Force intérimaire des Nations unies au Liban ».
Ce comité, qui réunit les États-Unis, la France, le Liban, Israël et l’ONU, doit tenir mercredi une réunion limitée aux représentants militaires.
Réunion au Caire
Par ailleurs, Le Caire a accueilli mardi une réunion préparatoire à une conférence organisée par le comité quintuple de soutien au Liban — composé de la France, des États-Unis, de l’Arabie saoudite, du Qatar et de l’Égypte — prévue à Paris le 5 mars prochain.
La conférence sera consacrée au soutien des forces armées libanaises, dans un contexte de pressions américaines et israéliennes visant à accélérer le processus de désarmement du Hezbollah, approuvé par le gouvernement libanais après la guerre.
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a souligné dans un communiqué publié à l’issue de la réunion du Caire que « l’objectif suprême de cette initiative est de permettre à l’État libanais d’assurer le monopole des armes entre les mains de l’État ».
Cette conférence a constitué le principal sujet de la visite effectuée à Beyrouth le 6 février par le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Une source diplomatique avait alors indiqué à l’Agence France-Presse que la conférence visait à « fournir à l’armée libanaise les moyens nécessaires pour garantir la souveraineté de l’État libanais et progresser vers la limitation des armes aux seules mains de l’État ».
En août dernier, le gouvernement libanais a adopté un plan visant à confier le monopole des armes aux forces officielles et a chargé l’armée de sa mise en œuvre. Le Hezbollah a rejeté ce plan, affirmant son attachement à son arsenal.
Le Liban a reçu des promesses de soutien à ses forces armées, qui souffrent d’un manque d’équipements, d’effectifs et de capacités techniques nécessaires à l’exécution de leurs missions.
Au cours des derniers mois, l’armée, avec des moyens limités, a démantelé des installations et des tunnels appartenant au Hezbollah et saisi des armes, annonçant l’achèvement de ces opérations dans la zone située au sud du fleuve Litani, qui s’étend sur trente kilomètres le long de la frontière avec Israël.
Israël a toutefois mis en doute ces mesures, les jugeant « insuffisantes », affirmant qu’il poursuivrait ses actions pour empêcher le Hezbollah de reconstituer ses capacités et son arsenal.
L’armée prévoit d’entamer la deuxième phase du plan dans la zone située au nord du Litani. Elle l’a présentée au gouvernement la semaine dernière, lequel a indiqué qu’elle nécessiterait quatre mois, éventuellement renouvelables, pour être menée à bien.
