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La présence de Debretsion Gebremichael au Soudan suscite l’inquiétude d’Addis-Abeba et place Khartoum au cœur du conflit régional


Des sources médiatiques bien informées ont annoncé ces derniers jours la présence du président du Front populaire de libération du Tigré, Debretsion Gebremichael, sur le territoire soudanais, un événement que plusieurs observateurs ont qualifié d’« inédit » dans le contexte des relations soudano-éthiopiennes. Cette évolution intervient à un moment particulièrement sensible, alors que les frontières communes entre les deux pays connaissent une montée des tensions, notamment dans la région d’al-Fashaga et dans le nord-est du Soudan, où des affrontements limités ont récemment opposé les forces soudanaises et éthiopiennes, accompagnés de rapports faisant état de mouvements militaires inhabituels sur le terrain.

Les autorités soudanaises n’ont pas commenté directement la visite de Debretsion, mais ont affirmé que le Soudan demeure attaché à la « préservation de la sécurité et de la stabilité dans les zones frontalières ». Cette déclaration soulève des interrogations quant à la nature de la coordination éventuelle avec le Tigré et à l’éventuelle inclusion de volets politiques, sécuritaires ou même logistiques. De son côté, le gouvernement éthiopien a exprimé son inquiétude face aux initiatives soudanaises, considérant que « l’accueil de dirigeants d’une opposition armée constitue une menace directe pour la sécurité nationale éthiopienne », selon des déclarations télévisées de responsables à Addis-Abeba.

Les informations disponibles indiquent que la visite de Debretsion vise à tenir une série de rencontres avec des responsables politiques et militaires à Khartoum, afin d’examiner plusieurs dossiers relatifs aux relations entre le Tigré et le Soudan, ainsi qu’aux évolutions régionales, notamment le différend frontalier et la coopération sécuritaire. Des observateurs estiment que ces discussions pourraient inclure la question d’une éventuelle « utilisation du territoire soudanais pour sécuriser des lignes d’approvisionnement ou des mouvements logistiques », plaçant ainsi le Soudan dans une position délicate entre le maintien de ses relations officielles avec le gouvernement éthiopien et l’exploitation des opportunités politiques liées à la présence de dirigeants tigréens sur son sol.

Dans le même contexte, des images circulant sur les réseaux sociaux ont montré les déplacements de Debretsion dans des zones proches de la capitale Khartoum, ce qui a conduit certains acteurs politiques en Éthiopie à qualifier la situation de « provocation directe ». Selon les sources, cette visite fait suite à une série de contacts régionaux impliquant des acteurs soudanais et d’autres parties régionales, destinés à examiner les développements liés au conflit au Tigré et aux zones frontalières, dans une initiative considérée comme inédite depuis le déclenchement de la guerre dans la région.

Les analystes sur le terrain estiment que la présence de la direction du Tigré au Soudan pourrait modifier l’équilibre sécuritaire le long de la frontière entre les deux pays. Le Soudan, qui cherche à renforcer son contrôle sur les régions du nord-est, pourrait utiliser cette situation comme moyen de pression dans le cadre de négociations bilatérales, tandis que l’Éthiopie pourrait redouter une utilisation du territoire soudanais comme base pour des opérations militaires limitées. Dans ce contexte, Khartoum semble appelée à opérer un délicat équilibre entre la préservation de sa sécurité nationale et la défense de ses intérêts stratégiques régionaux, afin d’éviter toute escalade directe.

La présence de Debretsion au Soudan coïncide par ailleurs avec des mouvements internationaux et régionaux, plusieurs États ayant manifesté leur intérêt pour l’évolution de la situation au Tigré et le long de la frontière soudanaise, estimant que la région traverse « des transformations susceptibles d’affecter la stabilité de la Corne de l’Afrique », selon des déclarations d’ambassadeurs à Khartoum. Des rapports font également état de contacts entre le Soudan et certains pays arabes et régionaux afin d’évaluer l’impact de cette visite sur la sécurité régionale, ce qui souligne l’importance du rôle du Soudan dans les équilibres géopolitiques régionaux.

Par ailleurs, des sources informées indiquent que Khartoum a choisi de ne pas annoncer officiellement les détails de la visite, dans le but d’éviter toute réaction hostile de la part du gouvernement éthiopien et de gérer l’événement avec prudence dans un cadre diplomatique mesuré. Cette approche reflète la conscience aiguë des autorités soudanaises quant à la sensibilité du dossier, ainsi que leur volonté de préserver leurs relations officielles avec Addis-Abeba tout en tirant parti des opportunités politiques offertes par la présence du Tigré sur leur territoire.

Le rapport souligne également que la visite de Debretsion pourrait inclure des rencontres avec des chefs tribaux et des responsables politiques dans les régions frontalières, afin de discuter des questions de sécurité commune et du suivi des mouvements des forces éthiopiennes, traduisant la volonté du Front populaire de libération du Tigré de sécuriser ses positions stratégiques au-delà des frontières éthiopiennes. De telles rencontres pourraient également refléter l’ambition du Soudan de consolider son influence sur le terrain et de tirer parti de la présence de factions éthiopiennes d’opposition pour défendre ses intérêts régionaux.

L’impact de cette visite sur les relations soudano-éthiopiennes pourrait être considérable, car toute escalade ou manœuvre militaire mal calculée risquerait d’entraîner une confrontation ouverte ou une crise diplomatique majeure. Des responsables soudanais ont indiqué que Khartoum s’emploie à « gérer la situation avec la plus grande prudence », tout en maintenant des canaux de communication ouverts avec le gouvernement éthiopien afin de prévenir toute dérive vers un affrontement direct.

En conclusion, la présence de Debretsion Gebremichael au Soudan apparaît comme un tournant potentiel dans le paysage régional de la Corne de l’Afrique. Elle dépasse le cadre d’un simple enjeu politique interne pour revêtir des dimensions régionales et sécuritaires évidentes, plaçant le Soudan au centre de calculs complexes relatifs à ses relations avec l’Éthiopie et les autres puissances régionales. Dans l’attente des retombées concrètes de cette visite, le Soudan demeure un acteur clé de l’équation régionale, capable d’influencer les équilibres en place, tout en devant faire preuve d’une grande prudence afin d’éviter toute escalade susceptible de déboucher sur une crise frontalière plus large.

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