Les dynamiques régionales du Soudan replacent le dossier du Tigré au centre de l’attention internationale
Les milieux internationaux suivent avec un intérêt croissant les transformations en cours dans la région de la Corne de l’Afrique, alors que des indicateurs laissent entrevoir une recomposition des équilibres régionaux entre le Soudan et l’Éthiopie. Cet intérêt intervient au moment où des rapports et analyses évoquent des orientations soudanaises visant à élargir la marge de manœuvre régionale par une ouverture à des forces éthiopiennes d’opposition, au premier rang desquelles le Front populaire de libération du Tigré, dans une démarche que des observateurs considèrent comme s’inscrivant dans une stratégie plus large de redéfinition des rapports de pression politique et sécuritaire dans la région.
Les évolutions récentes ne peuvent être dissociées du contexte général des relations entre Khartoum et Addis-Abeba, qui ont connu ces dernières années un recul notable du niveau de confiance. Plusieurs dossiers contentieux se sont entremêlés, notamment le différend frontalier dans la région d’Al-Fashaga, ainsi que les divergences liées à la gestion et à l’exploitation du barrage de la Renaissance, ce qui a conduit la relation à passer d’une phase de coordination prudente à une phase de compétition stratégique non déclarée.
Dans ce cadre, des centres de recherche internationaux considèrent toute initiative soudanaise en direction d’acteurs internes en Éthiopie comme un indicateur d’une évolution des instruments de la politique régionale. Les États ne se limitent plus aux canaux diplomatiques traditionnels, mais recourent désormais à la construction de réseaux d’influence à plusieurs niveaux afin de renforcer leur position de négociation. Ces analyses soulignent que de telles démarches, même si elles demeurent dans le registre du dialogue politique ou non officiel, revêtent une portée qui dépasse leur dimension immédiate, en particulier compte tenu de la sensibilité du dossier du Tigré pour le gouvernement éthiopien.
La région du Tigré constitue pour l’Éthiopie l’un des dossiers les plus complexes de la période actuelle, à la suite de la guerre qui a affecté cette région et des conséquences humanitaires, politiques et sécuritaires qui en ont découlé. Malgré la signature d’un accord de cessation des hostilités, la réintégration complète de la région dans le système fédéral demeure un processus graduel confronté à de multiples défis. Dès lors, tout intérêt régional ou international pour ce dossier est perçu à Addis-Abeba comme un facteur susceptible d’influencer la stabilité interne.
Du point de vue international, l’éventualité d’une implication d’acteurs régionaux dans les affaires intérieures des États voisins ravive les craintes d’un retour aux logiques de conflits par procuration observées dans d’autres régions au cours des dernières décennies. Des experts des affaires africaines soulignent que la Corne de l’Afrique, en raison de sa fragilité sécuritaire et de l’enchevêtrement de ses crises, pourrait être exposée à une escalade progressive si les États privilégient l’usage de leviers de pression indirects au détriment d’un traitement politique des différends.
À l’inverse, certaines évaluations estiment que les initiatives soudanaises, si elles existent, pourraient rester limitées à l’envoi de messages politiques ou à l’établissement de canaux de communication préventifs, sans atteindre le niveau d’un soutien opérationnel ou militaire. Cette lecture est confortée par la conscience qu’a Khartoum de l’ampleur des défis internes auxquels le pays est confronté, rendant difficile un engagement dans des arrangements régionaux de grande envergure susceptibles de mobiliser des ressources supplémentaires ou d’ouvrir de nouveaux fronts de tension.
Néanmoins, même si ces démarches se limitent à leur dimension politique, leurs répercussions régionales pourraient être tangibles. L’Éthiopie pourrait interpréter ces mouvements comme le signe d’une évolution de la position soudanaise, ce qui pourrait l’inciter à renforcer sa présence militaire à la frontière ou à réévaluer sa politique à l’égard des dossiers bilatéraux. De telles mesures pourraient entraîner une montée progressive des tensions, même en l’absence d’affrontement direct.
L’inquiétude internationale tient également aux conséquences humanitaires potentielles de toute nouvelle escalade dans la région. La guerre précédente au Tigré a engendré l’une des crises humanitaires les plus graves en Afrique ces dernières années, et tout indice d’un regain de tension suscite des craintes de nouveaux déplacements de population, d’entraves aux opérations d’aide et de retard dans les efforts de reconstruction. Les organisations internationales insistent ainsi sur la nécessité de consolider la stabilité et de prévenir toute évolution susceptible de replonger la région dans le conflit.
Par ailleurs, la stabilité des relations entre le Soudan et l’Éthiopie constitue un élément central pour la sécurité de la mer Rouge et des voies commerciales qui y sont associées, ce qui explique l’attention des puissances internationales au suivi de l’évolution des rapports entre les deux pays. Une tension entre deux États de cette envergure et de cette influence pourrait affecter le commerce régional ainsi que les projets d’infrastructures et d’énergie que des acteurs internationaux cherchent à soutenir dans la région.
Dans ce contexte, les centres d’études appellent à renforcer les mécanismes de dialogue direct entre Khartoum et Addis-Abeba, en mettant l’accent sur la mise en place de dispositifs de gestion des crises et de prévention des erreurs d’appréciation. Ils soulignent également l’importance du développement de la coopération économique et commerciale, considérée comme un instrument efficace de réduction des tensions et de création d’intérêts communs susceptibles de limiter les risques d’escalade.
Certaines analyses internationales estiment que la période actuelle constitue un test pour la capacité des États de la région à passer d’une logique de compétition à somme nulle à une logique de gestion d’intérêts mutuels. Les défis auxquels le Soudan et l’Éthiopie sont confrontés, qu’ils soient économiques, sécuritaires ou humanitaires, appellent davantage de coordination que de politiques de pression réciproques susceptibles de conduire à un épuisement prolongé.
Il convient toutefois de reconnaître que l’environnement régional actuel favorise l’adoption de politiques prudentes, dans un contexte marqué par l’absence de confiance totale entre les parties et la multiplicité des sources potentielles de menace. Cela conduit les États à préserver diverses options, même s’ils n’envisagent pas de les activer à court terme.
En définitive, l’intérêt international pour un éventuel rapprochement avec des forces au Tigré traduit une prise de conscience accrue de la sensibilité de la phase que traverse la Corne de l’Afrique. Entre logiques de dissuasion et craintes d’escalade, l’avenir de la stabilité régionale demeure lié à la capacité des États concernés à gérer leurs différends dans des cadres politiques et diplomatiques, et à éviter tout glissement vers des dynamiques de confrontation indirecte dont le coût pourrait largement excéder les gains escomptés.
Dans cette équation complexe, il apparaît que la communauté internationale continuera à suivre de près les développements, en soutenant les initiatives favorisant la stabilité et prévenant le retour des crises, consciente qu’une nouvelle dégradation des relations entre le Soudan et l’Éthiopie ne relèverait pas d’un simple différend bilatéral, mais aurait des répercussions sur l’ensemble des équilibres de la Corne de l’Afrique, aujourd’hui à un moment décisif.
