Une coopération sécuritaire renforce le dialogue entre l’Algérie et la France sans tourner la page des différends
Le ministre français de l’Intérieur a abordé en Algérie les dossiers litigieux et bilatéraux à travers une coopération sécuritaire élargie, sans qu’aucune intention ni orientation vers un rétablissement complet des relations ou un retour des ambassadeurs ne soit annoncée.
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L’Algérie et la France sont convenues de réactiver un mécanisme de coopération sécuritaire de haut niveau dans les domaines judiciaire, policier et du renseignement, en vue d’une normalisation progressive de leurs relations. Toutefois, des observateurs estiment que les relations entre Paris et Alger demeurent au stade d’une prise de contact prudente, en raison de plusieurs dossiers contentieux encore en suspens.
Cette annonce a été faite par le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, lors d’une déclaration à la presse au siège de la présidence algérienne, à l’issue de son entretien avec le président Abdelmadjid Tebboune.
Mardi marquait le deuxième et dernier jour de la visite de Nuñez en Algérie, la première d’un responsable français depuis celle du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, le 6 avril 2025.
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Cinq jours après la visite de Barrot, les relations bilatérales ont connu un revers majeur, à la suite de l’arrestation par les autorités françaises d’un diplomate algérien, accusé d’implication dans une opération d’enlèvement, accusation démentie par Alger.
« Après un travail soutenu tout au long de la journée de lundi avec mon homologue, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, Saïd Sayoud, et en présence de l’ensemble des responsables des services de sécurité algériens et français, nous avons œuvré à la mise en place et à la réactivation d’un mécanisme de coopération sécuritaire de haut niveau », a déclaré Nuñez.
Il a précisé que cette réactivation vise à « restaurer des relations sécuritaires normales », ajoutant : « En tant que ministre de l’Intérieur, j’accorde une grande importance à cette étape. »
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Nuñez a remercié son homologue algérien, soulignant qu’il « nous a réunis et a créé les conditions nécessaires pour avancer dans cette direction ».
Il a également exprimé sa gratitude au président Tebboune, « qui m’a reçu et a confirmé ses instructions aux services de sécurité algériens afin de travailler avec leurs homologues français pour parvenir à une amélioration tangible de notre coopération ».
Il a révélé que le mécanisme de coopération sécuritaire couvre « les volets judiciaire et policier, ainsi que la coopération en matière de renseignement et la question de la réadmission (expulsion des migrants) ».
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Le dossier des expulsions constitue l’un des principaux points de friction. Paris souhaite qu’Alger délivre des laissez-passer consulaires pour ses ressortissants en situation irrégulière faisant l’objet d’obligations de quitter le territoire français. La communauté algérienne constitue la plus importante diaspora arabe en France.
Nuñez a annoncé que l’ensemble des mesures convenues « entreront en vigueur dans les plus brefs délais » et a confirmé la poursuite de cette coopération dans les domaines « de la sécurité et des migrations à un très haut niveau ».
Le ministre était accompagné de plusieurs responsables, dont la directrice de la sécurité intérieure, Céline Berthon, ainsi que de représentants de la police et de la gendarmerie. L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, était absent de la visite.
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Il y a deux semaines, l’Algérie avait déclaré Romatet persona non grata, à la suite de sa participation à un documentaire diffusé par la chaîne France 2, que les autorités algériennes ont jugé « offensant pour les symboles de l’État et truffé d’inexactitudes injustifiées ».
La visite du ministre français intervient après un revirement inattendu par rapport à une position ferme qu’il avait exprimée au début du mois de février.
Nuñez avait alors conditionné sa visite à deux exigences principales : la délivrance par l’Algérie de laissez-passer consulaires pour les migrants à expulser et le règlement du dossier du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en Algérie à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ».
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Quelques jours plus tard, le ministre a toutefois modifié sa position, annonçant qu’il se rendrait en Algérie à l’invitation de son homologue, sans que ses deux conditions aient été satisfaites.
Dans une interview accordée aux médias, le président Tebboune avait commenté les déclarations du ministre français en affirmant qu’« elles n’engagent que lui » et en ajoutant : « S’il souhaite venir, il est le bienvenu. »
Depuis sa nomination en octobre dernier en remplacement de Bruno Retailleau, Nuñez a adopté une approche fondée sur le dialogue et la communication avec l’Algérie, estimant que la stratégie de « fermeté et d’escalade progressive » poursuivie par son prédécesseur pendant des années n’avait produit aucun résultat.
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Les deux pays ont fait de la relance du dialogue sécuritaire une priorité, en prélude à un processus de normalisation des relations gravement détériorées depuis que la France a modifié, à l’été 2024, sa position sur la question du Sahara en soutenant l’initiative marocaine d’autonomie et la souveraineté de Rabat sur ce territoire.
À la suite de ce changement, l’Algérie a rappelé son ambassadeur à Paris, puis la France a, à son tour, rappelé son ambassadeur d’Alger en avril dernier, après la décision algérienne d’expulser 15 agents consulaires français à la suite de l’arrestation de l’un de ses diplomates en France.
Selon plusieurs observateurs, le fait que la visite de Nuñez ait abouti à un accord sur la réactivation du mécanisme de coopération sécuritaire de haut niveau ne signifie pas nécessairement un rétablissement complet des relations bilatérales.
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Les éléments disponibles indiquent que les deux pays ont choisi d’aborder les dossiers litigieux et bilatéraux à travers une coopération sécuritaire élargie, sans qu’aucune intention de rétablir pleinement les relations ou de renvoyer les ambassadeurs n’ait été annoncée.
Cela contraste avec la visite de Barrot en avril 2025, qui avait été couronnée par l’annonce d’une reprise totale des relations, avant qu’elles ne se détériorent de nouveau quelques jours plus tard, après l’arrestation du diplomate algérien par Paris.
Il ressort des conclusions de la visite de Nuñez que l’amélioration du niveau des relations dépendra des résultats concrets de la coopération judiciaire, policière et en matière de renseignement.
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Paris met en avant le dossier du journaliste Gleizes ainsi que la question de l’expulsion des migrants algériens en situation irrégulière. De son côté, Alger affirme à plusieurs reprises que la France refuse de répondre aux commissions rogatoires visant des personnalités algériennes impliquées dans des affaires de corruption, ainsi que d’autres individus recherchés par la justice algérienne pour des accusations incluant le terrorisme.
Les relations entre l’Algérie et la France peinent à s’améliorer durablement et retombent rapidement dans la tension, notamment en raison des dossiers liés aux conséquences de la colonisation française entre 1830 et 1962, que Paris refuse, selon Alger, de traiter de manière satisfaisante malgré les séquelles profondes qu’elle a laissées.
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