Politique

Naïm Qassem, l’attachement aux armes et à l’Iran : reconnaissance de la crise sans révision des choix


Malgré sa reconnaissance explicite de l’ampleur des souffrances vécues par les Libanais, Naïm Qassem, secrétaire général du Hezbollah, a insisté sur la reproduction des mêmes causes qui ont conduit le pays à la situation actuelle, en s’attachant à maintenir le choix de lier les décisions sécuritaires et militaires à une trajectoire extérieure au cadre de l’État libanais.

Dans un discours prononcé lors d’une cérémonie organisée par l’Association du Coran, Qassem a accordé une place particulièrement marquée à la défense de l’Iran et de sa direction, présentant la crise libanaise comme un simple prolongement d’un conflit régional plus vaste, et non comme une question interne nécessitant une révision des choix existants.

Entre une description virulente des États-Unis et de leurs alliés et l’accusation portée contre certaines parties libanaises qu’il a qualifiées de « dépendantes », Qassem a rejeté toute approche alternative concernant la question des armes, affirmant la poursuite de la même ligne politique, malgré sa reconnaissance de l’ampleur des pertes humaines et matérielles subies par les Libanais.

L’Iran au cœur du discours

Naïm Qassem a consacré une partie centrale de son intervention à la défense de l’Iran, estimant que ce qu’elle traverse résulte d’une « conspiration américano-israélienne ». Il a accusé les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, de chercher à dominer les peuples et leurs richesses et d’empêcher ce qu’il a qualifié de « vie libre et démocratique ».

Évoquant les manifestations en Iran, Qassem a nié leur caractère populaire, affirmant que ceux qui sont descendus dans la rue étaient des « agents du Mossad et de l’Amérique » ayant exploité les conditions de vie pour semer le chaos, tuer des membres des forces de sécurité et détruire les biens publics.

À l’inverse, il a souligné que le « grand peuple iranien » était descendu par millions pour soutenir le régime et la direction, estimant que les États-Unis avaient échoué à renverser le régime.

Il a conclu ce volet par une déclaration sans équivoque : « Nous sommes avec l’Iran du peuple, l’Iran de la direction et l’Iran de la révolution », affirmant qu’elle restera une « forteresse de la résistance », confirmant ainsi la centralité de l’Iran dans son discours politique.

Reconnaissance de l’instabilité

Sur le plan libanais, Naïm Qassem a reconnu que la stabilité n’a pas été atteinte, attribuant cela à « l’agression israélo-américaine » et à la poursuite de l’occupation, ainsi qu’à ce qu’il a décrit comme une « diffusion du poison » par des forces internes qu’il accuse de servir Israël et les États-Unis, en plus de la désinformation médiatique et du non-respect des références, selon ses propos.

Il a affirmé que l’absence de stabilité sécuritaire se répercute négativement sur la politique et l’économie, considérant que cette situation est imposée par Israël et les États-Unis. Il a également indiqué que l’État libanais est devenu, après ce qu’il a appelé la « bataille d’Ouli al-Ba’s », responsable de la protection du pays, une mission auparavant assumée par la résistance, soulignant que cela s’est fait par une volonté commune entre l’État et la résistance.

L’exclusivité des armes

Qassem a insisté sur le fait que le Liban a respecté l’ensemble de ses engagements dans l’accord relatif au Sud, et que le Hezbollah s’y est pleinement conformé sans aucune violation, selon ses dires, contrairement à Israël qui n’aurait respecté aucun de ses engagements. Il a estimé que parler de phases dans l’application de l’accord est inexact, affirmant que l’accord doit être appliqué intégralement ou ne l’est pas.

Concernant la résolution 1701, il a déclaré qu’il s’agit d’une « affaire purement libanaise », tout comme les questions de l’exclusivité des armes et de la stratégie de défense, considérant que ces dossiers ne peuvent être résolus que par un consensus interne.

Il a toutefois précisé que la question du monopole des armes relève des « étages supérieurs » et ne peut être abordée avant l’établissement de ce qu’il a qualifié de « fondements de la souveraineté ».

Qassem : le Liban est « sans souveraineté »

Naïm Qassem a déclaré explicitement que « le Liban est aujourd’hui dépourvu de souveraineté nationale », appelant à l’élaboration d’un programme efficace pour la restaurer. Il a posé une question directe : « Qui garantit que, si nous n’avons pas d’armes entre nos mains, Israël ne violera pas chaque parcelle du territoire libanais ? ».

Il a estimé que la remise des armes conduirait à la répétition de ces opérations dans toutes les régions, affirmant que les armes servent à la défense de soi, du peuple et de la patrie, et que la résistance restera une résistance. Il a rejeté le lien entre l’exclusivité des armes et le retrait israélien, qualifiant cela de « prétexte israélien », et soulignant que toute concession supplémentaire ne conduira ni au rétablissement de la souveraineté ni à l’arrêt des agressions, selon lui.

Attaque contre le ministre des Affaires étrangères

Qassem a appelé le gouvernement à changer le ministre des Affaires étrangères, Youssef Rajji, ou à le réduire au silence, ou à l’obliger à respecter la position libanaise.

Il a attaqué le ministre Rajji, affirmant qu’il « a paralysé la diplomatie qui défend le Liban », ajoutant qu’« il agit à l’encontre de la politique du gouvernement et du mandat présidentiel, et qu’il manipule la paix civile », selon ses accusations.

Il a poursuivi : « Le gouvernement libanais porte la responsabilité de corriger ce dysfonctionnement appelé ministre des Affaires étrangères, soit en le remplaçant, soit en le faisant taire, soit en l’obligeant à s’aligner sur la position libanaise ».

Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, avait auparavant estimé que le maintien des armes du Hezbollah en dehors du contrôle de l’État est devenu un fardeau pour le Liban et pour la communauté chiite.

Dans une précédente interview télévisée, il avait averti que l’absence d’exclusivité des armes permet à Israël, conformément à l’accord de cessez-le-feu, de poursuivre ses violations et ses attaques contre le territoire libanais.

La souffrance des populations et la persistance du même choix

En conclusion de son discours, Naïm Qassem a reconnu l’ampleur des sacrifices consentis par les Libanais, en particulier dans le Sud, la banlieue sud et la Békaa, en termes de morts, de déplacements forcés et de destruction des habitations et des moyens de subsistance. Il a toutefois réaffirmé la poursuite de la même ligne, qu’il s’agisse de l’attachement aux armes, de la préparation aux élections législatives ou du travail au sein des institutions, sans évoquer le moindre changement dans les choix qu’il considère comme le fondement de la « défense et de la souveraineté ».

Ainsi, malgré la reconnaissance de la souffrance dans son discours, il a insisté sur la fermeté des positions, sans proposer d’approche différente face à ce qu’il qualifie lui-même d’« absence totale de souveraineté au Liban ».

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