L’éveil du monstre en Corée du Sud… et son regard tourné vers les fortifications de la voisine
En Corée du Sud, un « monstre » de grande envergure est apparu, capable de percer les forteresses et de pulvériser les défenses les plus complexes, devenant ainsi un élément central de l’équation de dissuasion.
La Corée du Sud a entamé le premier déploiement opérationnel de son missile balistique de très haute puissance Hyunmoo-5, une étape qui marque un tournant qualitatif dans sa stratégie défensive visant à faire face aux menaces nucléaires croissantes de la Corée du Nord et à instaurer ce que Séoul qualifie de « équilibre de la terreur » dans la péninsule coréenne.
L’agence de presse sud-coréenne Yonhap, citant des sources militaires, a indiqué que ce missile, surnommé « le Monstre » en raison de sa taille et de sa puissance destructrice, est un missile balistique sol-sol conçu spécifiquement pour frapper des installations et des bunkers fortement fortifiés en profondeur. Il constitue un pilier essentiel du dispositif sud-coréen de dissuasion et de riposte en cas d’attaque.
La Corée du Sud avait dévoilé le Hyunmoo-5 pour la première fois lors du défilé militaire de la Journée des forces armées en 2023, mais la plupart de ses caractéristiques techniques étaient restées confidentielles en raison de leur sensibilité stratégique.
L’armée sud-coréenne prévoit de déployer des centaines de missiles avancés, dont ce modèle, ainsi que des versions améliorées actuellement en développement.
Le missile Hyunmoo-5 sud-coréen
Le Hyunmoo-5 constitue une première dans le domaine des missiles balistiques tactiques. Il est doté de la plus lourde ogive perforante jamais intégrée à un missile non nucléaire, dont le poids est estimé entre 8 et 9 tonnes.
Il a été développé dans le cadre de la stratégie sud-coréenne dite de « punition et de représailles massives », avec un accent particulier sur la très grande vitesse d’impact, la précision du guidage et la capacité à pénétrer profondément dans le sol avant l’explosion, permettant ainsi de détruire des centres de commandement et des bases militaires enfouis à grande profondeur.
À titre de comparaison, la plupart des missiles balistiques tactiques dans le monde emportent des ogives pesant entre 500 et 1 000 kilogrammes. Le missile russe Iskander-M transporte une ogive d’environ 500 kilogrammes, tandis que celle du missile américain ATACMS ne dépasse pas 227 kilogrammes.
Jusqu’à présent, des ogives d’un poids proche de celui du Hyunmoo-5 étaient réservées aux missiles nucléaires stratégiques, tels que le missile russe Sarmat.
Bien que la masse considérable de l’ogive réduise la portée du missile, son intégration sur une plateforme mobile d’un poids total d’environ 36 tonnes constitue une prouesse technologique sans précédent et confère à la Corée du Sud une grande flexibilité opérationnelle, par rapport aux missiles stratégiques lourds dépendant de silos fixes.
Ces capacités renforcent l’importance du missile face au vaste réseau de bunkers et de fortifications de la Corée du Nord, considéré comme le plus dense au monde au regard de la superficie du pays. Ce réseau comprend des usines de munitions, des installations militaires à plusieurs niveaux et des centres de commandement profondément enterrés.
Les estimations indiquent que le tir de plusieurs missiles Hyunmoo-5 sur une même cible pourrait permettre de percer en profondeur et de détruire presque totalement ces installations.
L’entrée en service du Hyunmoo-5 intervient dans un contexte de course accélérée entre les deux Corées dans le développement de missiles perforants, Pyongyang ayant testé des missiles dotés d’ogives de plus en plus lourdes, notamment des versions avancées des modèles KN-23 et Hwasong-11. Cette dynamique laisse présager la poursuite de la rivalité militaire dans la péninsule coréenne, avec des répercussions potentielles sur la sécurité régionale et internationale.
