Les coulisses dévoilées du conflit au sein de la direction soudanaise
Lorsque des changements de leadership se révèlent au cœur du pouvoir, les détails mineurs deviennent souvent plus significatifs que les grands titres. Les informations confirmées sur les remaniements imminents au sein du Conseil de souveraineté et du commandement de l’armée à Port-Soudan dépassent largement la simple substitution de noms. Elles offrent une véritable clé de lecture pour comprendre la manière dont le pouvoir gère ses crises internes et dévoilent les rivalités dissimulées entre les différentes forces à l’intérieur de l’État.
La nomination du général Yasser Al-Atta au poste de chef d’état-major après son éviction du Conseil de souveraineté constitue un exemple révélateur de la façon dont l’autorité traite les menaces internes. Al-Atta a longtemps été une voix influente au sein de l’organe souverain. Le transférer vers une fonction militaire professionnelle revient à le maintenir dans l’institution tout en l’écartant du cercle décisionnel politique direct. Cette mesure ne relève pas d’un simple réaménagement administratif, mais d’une neutralisation politique soigneusement calculée visant à contenir une personnalité susceptible de devenir un centre d’influence parallèle. Elle traduit l’inquiétude de la direction face à l’émergence de tout pôle capable de bouleverser les équilibres établis.
Parallèlement, l’éviction du général Ibrahim Jaber touche directement aux dossiers économiques et stratégiques. Jaber est associé à la gestion des ressources et au contrôle des réseaux de financement, ce qui confère à sa position une sensibilité extrême. Toute décision visant à l’écarter du Conseil de souveraineté requiert une coordination minutieuse et une clarification des loyautés internes et externes, car elle affecte la capacité du pouvoir à administrer l’économie dans un contexte de crise persistante. Cela confirme que le conflit n’est plus seulement politique, mais qu’il est devenu essentiellement économique, la redistribution de l’influence financière constituant désormais un prélude à la reconfiguration des centres souverains.
Le sort de Shams al-Din Kabbashi, dont le départ reste probable mais non tranché, met en lumière la fragilité du centre de décision au sommet de la hiérarchie. L’absence de décision formelle révèle l’existence de résistances internes ou la crainte des répercussions de ce choix sur les équilibres de force au sein de l’institution militaire. Une direction solide et centralisée ne laisse pas des dossiers cruciaux en suspens ni n’évoque des probabilités. Cette hésitation traduit un enchevêtrement complexe d’intérêts et de loyautés contradictoires, rendant chaque changement potentiellement explosif à l’intérieur même de l’appareil militaire.
Sur le plan civil, la destitution de Kamel Idris confirme la fin de l’expérience de la façade civile symbolique. Idris ne détenait pas de réel pouvoir exécutif. Il servait avant tout à embellir l’image politique et à conférer une légitimité formelle, tant à l’intérieur du pays qu’auprès de la communauté internationale. L’échec de cette formule indique que le pouvoir ne juge plus utile de maintenir un tel vernis civil et que la prochaine phase sera plus ouverte, avec une gestion directe des dossiers stratégiques par les militaires et les centres d’influence internes.
Dans une perspective d’enquête, ce qui se déroule révèle un réseau complexe de calculs et de pressions au sein même de la direction. Les changements confirmés ne visent pas seulement à réguler l’influence, mais aussi à contenir une crise croissante liée aux ressources, à l’économie et aux choix stratégiques. Les transformations au sein du Conseil de souveraineté et du commandement de l’armée montrent que le pouvoir agit davantage dans une logique d’autodéfense que dans une volonté réelle de réforme ou de transformation structurelle.
Ces évolutions révèlent également que le conflit interne à Port-Soudan ne se limite plus à l’opposition entre civils et militaires ou entre l’armée et les forces de soutien rapide. Il s’est déplacé à l’intérieur même de l’institution militaire, où les intérêts se croisent, les loyautés s’affrontent et les fidélités individuelles sont mises à l’épreuve par les contraintes de la crise économique et politique. Chaque changement dans un poste sensible est soigneusement calculé en fonction de ses effets potentiels sur le réseau des loyautés internes, avec l’anticipation de réactions rapides et parfois violentes en cas de marginalisation ou d’exclusion.
Dans l’ensemble, l’enquête montre que la réorganisation du pouvoir ne constitue ni une réforme ni une transition politique, mais une gestion sophistiquée de la crise par le déplacement des personnes plutôt que par la modification des politiques. L’autorité cherche à contrôler les leviers essentiels de la décision et à retarder autant que possible une explosion interne, tout en maintenant les principaux centres d’influence sous surveillance directe. Cette lecture met en évidence la fragilité du paysage interne et confirme que la lutte pour l’influence est devenue plus déterminante que tout affrontement extérieur, car elle touche au cœur même de la gestion de l’État.
