Iran

Khamenei encerclé par des options limitées : concessions douloureuses ou effondrement du régime ?


Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, traverse l’un des moments les plus périlleux de sa carrière politique, alors que sa marge de manœuvre, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, se réduit de manière drastique.

L’homme qui a, pendant des décennies, résisté aux sanctions internationales, aux pressions américaines et à des soulèvements populaires récurrents, se retrouve aujourd’hui face à un choix existentiel qui heurte frontalement ses convictions idéologiques, s’il souhaite préserver le régime qui gouverne l’Iran depuis près de cinquante ans, selon le Washington Post.

Khamenei s’est toujours accroché au droit de l’Iran à enrichir l’uranium et à développer un programme balistique avancé. Il est également parvenu, grâce à une répression sécuritaire sévère, à contenir plusieurs vagues de contestation par le passé.

Cependant, les récentes manifestations, déclenchées à la fin du mois de décembre dernier, constituent l’un des défis les plus graves auxquels le régime ait été confronté, dans un contexte de répression ayant causé la mort de milliers de personnes, selon des organisations de défense des droits humains.

Bien que les appareils sécuritaires iraniens aient réussi à les contenir temporairement, de nombreux analystes estiment que les causes profondes de la colère populaire n’ont pas été traitées et que le risque d’une explosion sociale demeure latent.

L’ancien responsable du renseignement américain, Norman Roule, avertit que l’absence de compromis place le régime iranien face à un avenir sombre, susceptible de se traduire par des soulèvements généralisés ouvrant la voie à un changement de régime, soit à travers des troubles internes massifs, soit à la suite d’une intervention extérieure.

Les racines de la crise résident dans une économie iranienne exsangue, fragilisée depuis des années par le poids des sanctions internationales liées au programme nucléaire.

Les experts s’accordent à dire que le sauvetage de l’économie passe par un allègement de ces sanctions, objectif impossible à atteindre sans concessions majeures de la part de Téhéran, notamment sur le dossier nucléaire.

Or, ces concessions se heurtent à la doctrine de Khamenei, qui considère l’enrichissement nucléaire comme un symbole de la souveraineté nationale. Selon Roule, tout accord réel impliquerait également une réduction du programme balistique et la fin du rôle régional de la Force Al-Qods, ce qui porterait directement atteinte aux piliers de l’influence du régime.

Sur le plan intérieur, le fossé entre l’État et la société n’a jamais été aussi profond. Behnam Jafary, spécialiste des mouvements sociaux iraniens, souligne que cette fracture est désormais impossible à combler sans changements structurels majeurs. Cette situation reflète une transformation profonde de la société iranienne depuis 1979, marquée par l’élévation du niveau d’éducation et par l’émergence des femmes comme force centrale dans les universités et le marché du travail, face à un système politique incapable de s’adapter à ces mutations.

Sur le plan économique, l’Iran est engagé dans une spirale d’effondrement accéléré. La valeur du rial s’est effondrée, l’inflation a atteint des niveaux record et le gouvernement s’est montré incapable de stabiliser les marchés ou de garantir les besoins essentiels de la population.

Des décisions telles que la suppression du taux de change subventionné pour les produits de première nécessité ont provoqué une colère généralisée, tandis que les aides financières limitées accordées par l’État se sont révélées largement inefficaces.

Les crises se sont aggravées avec des coupures récurrentes d’électricité et d’eau, au point que Téhéran elle-même est désormais menacée par une crise existentielle, selon des avertissements officiels.

Ces difficultés internes coïncident avec des revers stratégiques régionaux. Depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, l’influence de Téhéran a reculé, ses alliés ayant subi de lourdes pertes, et le régime de Bachar al-Assad s’étant effondré en Syrie en 2024. Par ailleurs, les frappes israéliennes et américaines visant directement des installations iraniennes ont ébranlé la croyance selon laquelle le réseau de milices constituait un bouclier de dissuasion suffisant.

L’âge constitue un facteur supplémentaire de complexité, Khamenei étant âgé de 87 ans, dans un scénario qui rappelle l’acceptation par son prédécesseur, l’ayatollah Khomeini, du cessez-le-feu avec l’Irak avant sa mort. Malgré la difficulté de lui trouver un successeur, plusieurs analyses indiquent que les cercles du pouvoir se préparent déjà à l’ère post-Khamenei, avec une montée en puissance du Corps des Gardiens de la révolution.

Des chercheurs mettent en garde contre le fait que le rejet de toute solution de compromis pourrait précipiter le régime iranien vers une trajectoire encore plus dangereuse, marquée par une violence généralisée, voire par la désintégration de l’État.

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