Politique

Hanna Tetteh lance le processus de la table restreinte et brandit la menace de mesures alternatives


L’envoyée onusienne met en garde contre la création de structures parallèles en dehors du cadre des accords existants, ce qui pourrait limiter l’efficacité de la feuille de route.

L’envoyée spéciale des Nations unies en Libye, Hanna Tetteh, a révélé le lancement de consultations avec un groupe restreint d’acteurs libyens afin de sortir de l’impasse politique, laissant entendre qu’un plan alternatif pourrait être présenté si les atermoiements persistent, dans un contexte d’opposition locale à cette nouvelle initiative onusienne.

Ces déclarations ont été faites lors d’un exposé présenté devant le Conseil de sécurité des Nations unies sur l’évolution de la situation en Libye et sur le processus de la « feuille de route » qu’elle a annoncée en août 2025, laquelle repose sur l’unification des institutions et la formation d’un gouvernement unifié chargé d’organiser les élections.

Tetteh a déclaré : « Nous n’avons pas encore atteint les progrès escomptés et certaines parties continuent d’ignorer les aspirations du peuple libyen. »

Dans ce contexte, elle a souligné que « poursuivre le travail comme à l’accoutumée confère une légitimité au statu quo au lieu d’inciter à des négociations sérieuses », mettant en garde contre « la création de structures parallèles en dehors du cadre des accords existants, ce qui pourrait limiter l’efficacité de la feuille de route ».

Elle a indiqué l’existence de risques nationaux et régionaux en cas de poursuite de l’inaction, précisant qu’elle a entamé des contacts avec « un groupe restreint d’acteurs » afin de préparer le terrain pour que les institutions libyennes mettent en œuvre les premières étapes du plan.

Parallèlement, elle a reconnu l’existence de « réserves (locales) quant à la poursuite du processus de cette manière ».

Dans ce cadre, une source parlementaire a confirmé la véracité de fuites indiquant que la mission onusienne a adressé des correspondances au commandement des forces de l’Est et au Gouvernement d’unité nationale (Ouest) afin de désigner des représentants à la « table restreinte ».

La source a précisé que les deux parties ont déjà répondu. Le Gouvernement d’unité a proposé les membres du Haut Conseil d’État Ali Abdelaziz et Abdeljalil Chaouch, le conseiller du chef du gouvernement Mustafa Al-Manea, ainsi que le ministre d’État aux Communications Walid Ellafi.

En face, les forces de l’Est sont représentées par les députés Adam Bousakhra et Zayed Hadiya, ainsi que par les responsables politiques Abdelrahman Al-Abbar et Al-Shaibani Bouhmoud.

Cette initiative onusienne a suscité une forte opposition de la part du président du Conseil présidentiel, Mohamed al-Menfi, et du président du Haut Conseil d’État, Mohamed Takala, qui a adressé une lettre au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, lui demandant « une intervention directe pour rectifier la trajectoire du travail de la mission onusienne ».

Mercredi soir, le Haut Conseil d’État libyen a voté en faveur du gel de l’adhésion de tout membre participant à la conclusion d’accords avec une quelconque partie politique sans mandat du Conseil.

Dans un communiqué, le Conseil a indiqué avoir tenu une session d’urgence marquée par « une discussion approfondie et un échange d’opinions sur le mécanisme régissant la participation des membres du Conseil et leur représentation dans les sessions de dialogue parrainées par la mission onusienne ».

Il a voté en faveur du « gel de l’adhésion de tout membre qui participe à la conclusion ou à l’engagement dans des accords avec toute partie politique sans autorisation expresse du Haut Conseil d’État », invoquant la volonté de préserver « l’unité de la position institutionnelle, la protection des prérogatives du Conseil et la prévention de toute pratique individuelle susceptible de perturber le processus politique ou de représenter le Conseil en dehors de ses cadres légitimes ».

La session a également examiné « les moyens d’activer les canaux de communication avec les différentes parties politiques afin de briser l’impasse et de relancer le dialogue et de renforcer les chances de consensus entre les institutions ».

Les membres ont insisté sur la nécessité de former une commission issue du Conseil pour engager un contact urgent avec la Chambre des représentants afin de mettre en œuvre l’accord du Caire et de relancer le processus de consensus pour sortir de l’impasse actuelle.

À la fin de son exposé, Tetteh a évoqué la possibilité de recourir à d’autres options, déclarant : « Si des progrès suffisants ne sont pas réalisés, je reviendrai devant ce Conseil pour présenter une proposition susceptible de faire avancer le processus politique sur la base des dispositions des accords existants. »

Ces initiatives s’inscrivent dans les efforts visant à conduire la Libye vers des élections susceptibles de résoudre la crise née de la rivalité entre deux gouvernements : le Gouvernement d’unité nationale, reconnu internationalement et dirigé par Abdul Hamid Dbeibeh, basé à Tripoli, et l’autre gouvernement désigné par la Chambre des représentants début 2022, actuellement dirigé par Osama Hammad, basé à Benghazi.

Les Libyens espèrent que ces élections, longtemps attendues, permettront de mettre un terme aux conflits politiques et armés et de clore les périodes transitoires qui se succèdent depuis la chute du régime de Muammar Gaddafi (1969-2011).

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