Gadi Eisenkot, l’antithèse de Netanyahou, ambitionne de diriger le gouvernement israélien

La scène politique israélienne connaît une évolution marquante avec l’ascension de l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, désormais considéré comme le concurrent le plus sérieux du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Cette évolution reflète un changement dans la nature même de la compétition pour le leadership en Israël.
Après des années durant lesquelles Netanyahou a dominé la vie politique et affronté des adversaires issus de la droite, du centre et de la gauche, son rival le plus redoutable ne semble plus être un homme politique traditionnel, mais un ancien général que de nombreux observateurs considèrent comme son parfait opposé en matière de personnalité, de parcours et de style de leadership, selon le réseau américain CNN.
Les derniers sondages d’opinion montrent qu’Eisenkot réduit progressivement l’écart qui le sépare de Netanyahou. Certaines enquêtes le placent même devant le Premier ministre en tant que personnalité la plus apte à diriger le gouvernement.
Cette progression ne semble pas être passée inaperçue au sein du Likoud. Au cours des dernières semaines, le parti est passé d’une attitude de relative indifférence envers Eisenkot à une campagne médiatique soutenue contre lui, signe qu’il le considère désormais comme la menace la plus sérieuse pour le maintien de Netanyahou au pouvoir.
La campagne est devenue publique lorsque le Likoud a diffusé une vidéo réalisée à l’aide de l’intelligence artificielle montrant Eisenkot aux côtés du député arabe Ahmad Tibi sous le slogan : « Pas de Gadi sans Tibi », dans une tentative de l’associer aux partis arabes et de mobiliser l’électorat traditionnel de droite.
De Tibériade au commandement de l’armée
Les parcours personnels des deux hommes diffèrent presque entièrement. Alors que Netanyahou a grandi dans un environnement politique et élitiste et a effectué ses études aux États-Unis, Eisenkot est issu d’une famille juive marocaine modeste. Deuxième d’une fratrie de neuf enfants, il a grandi entre les villes de Tibériade et d’Eilat, loin des cercles traditionnels du pouvoir.
Après avoir rejoint la brigade Golani, il a progressivement gravi les échelons de l’institution militaire jusqu’à être nommé chef d’état-major entre 2015 et 2019, un poste auquel il avait été désigné par Netanyahou lui-même, qui l’avait alors qualifié de « grand commandant et combattant exceptionnel ».
Cependant, les relations entre les deux hommes ont commencé à se détériorer pendant qu’Eisenkot dirigeait l’armée. En 2016, il a insisté pour que le soldat Elor Azaria soit traduit en justice après avoir tué un Palestinien blessé à Hébron, rejetant les pressions politiques en faveur de sa grâce, y compris celles exercées par Netanyahou lui-même.
Cette décision a constitué le premier signe de son indépendance politique. Le fossé s’est ensuite élargi lorsqu’il a critiqué la gestion de la guerre à Gaza avant de démissionner du gouvernement d’urgence en juin 2024, aux côtés de Benny Gantz, pour protester contre l’absence d’une vision stratégique claire concernant la conduite de la guerre.
Une guerre devenue personnelle
La guerre à Gaza a également donné une dimension profondément personnelle à l’image publique d’Eisenkot. Son plus jeune fils, Gal, a été tué au cours des opérations militaires, suivi ensuite par deux de ses neveux.
Ces pertes ont renforcé son image auprès d’une large partie de la population israélienne en tant que dirigeant ayant payé personnellement le prix de la guerre, tandis que la famille de Netanyahou faisait l’objet de critiques en raison du séjour de son fils Yair à l’étranger pendant une partie du conflit. Selon plusieurs analystes, cette dimension humaine a conféré à Eisenkot un capital émotionnel difficile à ignorer pour ses adversaires.
Ses origines orientales constituent également un facteur politique important. Il appartient à la communauté des Juifs mizrahim, qui représente depuis plusieurs décennies le principal socle électoral du Likoud. Jusqu’à présent, Israël n’a jamais eu de Premier ministre d’origine marocaine ou mizrahie.
Pour cette raison, certains observateurs estiment que la capacité d’Eisenkot à séduire cet électorat constitue l’un de ses principaux atouts, notamment s’il parvient à convaincre des électeurs conservateurs qui ont perdu confiance en Netanyahou sans pour autant être disposés à voter pour la gauche.
Malgré cette dynamique favorable, le chemin reste semé d’obstacles. Les sondages accordent certes à son parti une progression notable, mais ils ne garantissent pas qu’il pourra former une coalition gouvernementale capable de gouverner dans un contexte marqué par les profondes divisions de l’opposition. Par ailleurs, Netanyahou conserve une expérience électorale exceptionnelle ainsi qu’un appareil partisan qui a démontré à plusieurs reprises sa capacité à surmonter les crises.
Néanmoins, de nombreux analystes considèrent qu’Eisenkot se distingue de tous les autres adversaires de Netanyahou apparus au cours de la dernière décennie. Il ne cherche ni à l’imiter ni à rivaliser avec lui en utilisant les mêmes méthodes, mais propose un modèle différent de leadership, de discours et de comportement politique. Bien qu’il possède lui aussi un solide parcours militaire et qu’il ait été l’un des principaux architectes de la doctrine militaire israélienne au Liban et à Gaza, ses partisans estiment que sa véritable différence réside moins dans les questions sécuritaires que dans sa personnalité et sa manière de gouverner.
