Société

Fake news : pourquoi les fausses informations n’ont jamais été aussi difficiles à repérer


Une information apparaît sur son téléphone. Elle semble crédible, le titre est accrocheur, l’image paraît authentique et plusieurs personnes l’ont déjà partagée. En quelques secondes, elle peut être considérée comme vraie.

Pourtant, elle peut être complètement fausse.

Les « fake news » ne sont pas un phénomène nouveau. Les rumeurs, les mensonges et la propagande existent depuis longtemps. Ce qui a changé, c’est la vitesse à laquelle une information peut aujourd’hui circuler, le nombre de personnes qu’elle peut atteindre et la facilité avec laquelle elle peut être fabriquée.

Avec les réseaux sociaux, les plateformes vidéo et désormais les outils d’intelligence artificielle, une fausse information peut avoir l’apparence d’un véritable article de presse, d’une déclaration officielle ou même d’une vidéo authentique.

Le problème n’est donc plus seulement de savoir si les fausses informations existent. Il faut désormais apprendre à les reconnaître dans un environnement où le vrai et le faux peuvent parfois se ressembler étonnamment.

Un vieux problème devenu beaucoup plus rapide

Une rumeur pouvait autrefois rester limitée à une famille, un quartier ou une communauté. Aujourd’hui, une publication peut traverser plusieurs pays en quelques minutes.

C’est ce changement d’échelle qui rend le phénomène particulièrement difficile à contrôler.

Sur les réseaux sociaux, une information n’est pas nécessairement mise en avant parce qu’elle est exacte. Elle peut surtout être mise en avant parce qu’elle provoque une réaction : surprise, colère, peur, indignation ou amusement.

Une publication qui fait réagir est davantage susceptible d’être commentée, partagée et recommandée à d’autres utilisateurs.

C’est là que le problème devient particulièrement subtil. Une fausse information n’a pas besoin d’être parfaitement crédible pour se diffuser. Il suffit parfois qu’elle soit suffisamment spectaculaire pour donner envie de la partager.

Pourquoi croyons-nous parfois des informations douteuses ?

Personne n’est totalement immunisé contre la désinformation.

Même une personne habituée à vérifier ses sources peut se faire surprendre, notamment lorsqu’une information correspond à ce qu’elle pense déjà.

C’est ce que les chercheurs associent notamment au biais de confirmation : nous avons tendance à accorder plus facilement notre confiance aux informations qui semblent confirmer nos opinions ou nos attentes.

Le contexte émotionnel joue également un rôle.

Une information inquiétante concernant la santé, une catastrophe, une célébrité ou un événement politique peut provoquer une réaction immédiate. Dans ce moment-là, beaucoup de personnes partagent avant de vérifier.

Le problème est que sur Internet, quelques secondes suffisent pour faire passer une rumeur d’un compte à des milliers d’autres.

Les images ne sont plus une preuve suffisante

Pendant longtemps, une photo était considérée comme un élément particulièrement convaincant.

Aujourd’hui, ce réflexe devient dangereux.

Les logiciels de retouche permettent depuis longtemps de modifier des images. Mais les outils d’intelligence artificielle générative ont rendu la création de contenus artificiels beaucoup plus accessible.

Une image peut être fabriquée de toutes pièces. Une voix peut être imitée. Un visage peut être placé dans une scène où il n’a jamais été présent. Une vidéo peut être modifiée pour faire dire à quelqu’un quelque chose qu’il n’a jamais dit.

C’est ce que l’on appelle souvent les « deepfakes ».

Le problème n’est pas seulement qu’une fausse image puisse tromper quelqu’un. C’est aussi que la multiplication des contenus artificiels peut créer une autre forme de confusion : même lorsqu’une véritable image circule, certaines personnes peuvent désormais prétendre qu’elle est fausse.

Le résultat est particulièrement préoccupant : on ne sait plus seulement ce qu’il faut croire, mais parfois même ce qu’il faut regarder comme une preuve.

L’intelligence artificielle change encore la donne

L’IA ne crée pas les fake news, mais elle peut faciliter leur production.

Un texte peut être généré en quelques secondes. Une fausse citation peut être rédigée dans un style journalistique. Une image réaliste peut être produite sans appareil photo. Une vidéo peut être créée ou modifiée avec des outils accessibles au grand public.

Cela ne signifie évidemment pas que tout contenu créé avec l’IA est faux. L’intelligence artificielle peut également servir à traduire, analyser, rechercher ou produire des contenus parfaitement légitimes.

Le véritable problème apparaît lorsque ces outils sont utilisés pour fabriquer volontairement une information trompeuse et lui donner une apparence crédible.

À mesure que les technologies progressent, la frontière entre contenu authentique et contenu fabriqué devient donc plus difficile à identifier à l’œil nu.

Les fausses informations peuvent avoir de vraies conséquences

Une fake news peut sembler anodine lorsqu’elle concerne une célébrité ou une histoire insolite. Mais les conséquences peuvent devenir beaucoup plus sérieuses lorsqu’elle touche à la santé, à la sécurité ou à une crise politique.

Dans le domaine médical, une fausse information peut pousser une personne à abandonner un traitement, à utiliser un produit dangereux ou à croire à une méthode prétendument miraculeuse.

Lors d’une catastrophe ou d’une crise, de fausses informations peuvent également provoquer de la panique ou détourner l’attention des informations réellement importantes.

C’est pourquoi la désinformation n’est pas seulement un problème de communication. Dans certaines situations, elle peut devenir un véritable problème de santé publique ou de sécurité.

Le réflexe le plus simple : ralentir

Face à une information étonnante, le meilleur réflexe n’est pas forcément de chercher immédiatement à savoir si elle est vraie.

Il faut d’abord éviter de la partager.

Prendre quelques secondes pour vérifier la source peut déjà faire une grande différence.

Qui publie cette information ? Le site est-il identifiable ? L’article cite-t-il des sources précises ? D’autres médias sérieux rapportent-ils la même chose ? La date est-elle récente ? L’image correspond-elle réellement à l’événement présenté ?

Une autre technique très simple consiste à rechercher l’information plutôt que de se contenter de la publication qui apparaît dans son fil.

Une information importante ne devrait pas dépendre d’une seule capture d’écran ou d’un seul compte anonyme.

Apprendre à douter sans devenir méfiant de tout

Il existe cependant un piège inverse.

À force d’entendre parler de fake news, certaines personnes finissent par ne plus croire à rien. Une information officielle peut être rejetée simplement parce qu’elle vient d’une institution. Une photo réelle peut être considérée comme artificielle. Une étude scientifique peut être écartée parce qu’elle ne correspond pas à une opinion personnelle.

Ce n’est pas une bonne solution.

L’objectif n’est pas de devenir méfiant envers toute information. Il est de devenir plus exigeant sur les preuves.

Douter peut être utile. Refuser systématiquement de croire quoi que ce soit ne l’est pas.

La véritable compétence consiste à savoir pourquoi on croit une information et sur quelles preuves cette confiance repose.

Le nouveau visage d’un vieux problème

Les fake news sont donc loin d’être une invention d’Internet. Les rumeurs et les manipulations existaient bien avant les réseaux sociaux.

Ce qui est nouveau, c’est leur environnement.

Une fausse information peut aujourd’hui être produite rapidement, présentée de manière très professionnelle, accompagnée d’une image convaincante et distribuée à une audience immense avant même qu’une vérification puisse être effectuée.

La réponse ne consiste probablement pas à essayer de contrôler chaque information qui circule.

Elle commence beaucoup plus simplement : apprendre à ralentir, vérifier, comparer et accepter de dire « je ne sais pas » lorsqu’une information n’est pas suffisamment étayée.

À l’ère des contenus générés par l’IA, cette capacité pourrait devenir aussi importante que savoir lire et écrire.

Car le véritable défi de demain ne sera peut-être pas de trouver davantage d’informations.

Ce sera de savoir lesquelles méritent réellement notre confiance.

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