Politique

Des ministres du gouvernement Netanyahou menacent d’ouvrir les portes de l’enfer au Liban


La pression s’accentue sur le Premier ministre israélien alors que la majorité parlementaire soutenant son gouvernement montre des signes de fragilité à l’approche des élections qui doivent se tenir au plus tard à la fin du mois d’octobre prochain.

La mort de quatre soldats israéliens, dont un commandant de bataillon, dans une embuscade menée par le Hezbollah contre une unité infiltrée dans le sud du Liban, a suscité une vive colère en Israël. Cette indignation s’est manifestée à travers les déclarations du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, et du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, qui ont menacé de « brûler le Liban » et de « lui ouvrir les portes de l’enfer ». Ces propos interviennent alors que les États-Unis affichent leur mécontentement face aux déclarations de responsables israéliens concernant la situation au Liban et leur rejet de l’accord conclu entre Washington et Téhéran.

À l’aube de vendredi, le Hezbollah a annoncé avoir tué et blessé plusieurs militaires israéliens ainsi que détruit trois chars lors d’une embuscade visant une force qui tentait de s’infiltrer dans la zone de la colline d’Ali Al-Taher, dans le sud du Liban. Une seconde unité venue évacuer les blessés aurait également été prise pour cible.

Itamar Ben-Gvir a appelé à une escalade violente en déclarant : « Mille mères libanaises doivent pleurer pour chaque larme versée par une mère israélienne. Tout le Liban doit pleurer. Tout le Liban doit brûler. » Dans un message publié sur la plateforme X, il a ajouté qu’Israël était tenu de montrer au monde entier que « le sang de ses enfants et la sécurité de ses citoyens ne sont pas négligés ».

Malgré les guerres menées par Israël depuis 2023, que certains observateurs qualifient de crimes de guerre, y compris des actes assimilés à un génocide, Ben-Gvir a exprimé son opposition aux mesures de désescalade résultant des accords de cessez-le-feu successifs. Il a déclaré : « Assez du jeu de ping-pong au Moyen-Orient. On ne gagne pas avec des réponses modérées ni avec la tolérance. Nous devons devenir impitoyables, effacer le terrorisme et décider de son destin. »

De son côté, Bezalel Smotrich a exploité l’incident pour appeler à une intensification maximale des opérations. Dans une publication sur X, il a écrit : « Ouvrez les portes de l’enfer. Ce vendredi est un jour difficile. Le moment est venu de parler par le feu et d’ouvrir les portes de l’enfer. »

Le chef du parti d’opposition nationaliste Avigdor Lieberman a, pour sa part, insisté sur la nécessité de faire payer à « l’autre camp un prix très élevé dont il ne pourra jamais se remettre ». Cette position accentue encore la pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont la majorité parlementaire apparaît de plus en plus fragile à l’approche des élections.

Lieberman a écrit sur X que le Premier ministre et le ministre de la Défense porteraient une responsabilité directe si la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, restait intacte après la mort des quatre soldats.

Vendredi matin, l’armée israélienne a annoncé la mort de quatre militaires, dont le commandant du 52e bataillon avec le grade de lieutenant-colonel, après qu’un char israélien a été visé par un drone piégé dans le sud du Liban. La chaîne israélienne Channel 12 a indiqué qu’une enquête militaire avait été ouverte sur les circonstances de l’incident.

Ces événements surviennent après l’annonce d’un cessez-le-feu en avril dernier. Toutefois, les tensions se sont poursuivies le long de la frontière. Selon Channel 12, vingt-trois soldats israéliens ont été tués au Liban depuis cette date.

Les déclarations radicales des deux ministres interviennent également après la signature, mercredi soir, d’un accord en quatorze points entre Washington et Téhéran visant à mettre fin à la guerre. L’accord prévoit notamment l’arrêt immédiat et permanent des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que la garantie de l’intégrité territoriale et de la souveraineté du pays.

Cependant, plusieurs cercles du gouvernement israélien, notamment issus de l’extrême droite, refusent tout lien entre un accord avec l’Iran et une cessation des opérations au Liban ou d’éventuelles concessions sécuritaires. Ils réaffirment leur volonté de maintenir la présence israélienne dans certaines zones du sud du Liban et de poursuivre les opérations militaires.

Avant la conclusion de cet accord, les avions de combat et les drones israéliens menaient quotidiennement entre 60 et 80 frappes aériennes, auxquelles s’ajoutaient des bombardements d’artillerie et des destructions de bâtiments.

Parallèlement, Washington exprime une vive irritation face aux réactions israéliennes. Selon un rapport publié par le The Wall Street Journal, les conversations répétées entre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump ne seraient plus aussi cordiales qu’auparavant.

D’après des sources citées par le journal, Trump aurait demandé à Netanyahu lors d’un récent entretien téléphonique : « Pourquoi faites-vous exploser des bâtiments ? Arrêtez de faire exploser des bâtiments au Liban. » Lors d’une autre conversation, il aurait exprimé ses inquiétudes quant au ralentissement économique mondial provoqué par la guerre, craignant des comparaisons avec la Grande Dépression des années 1930.

Selon le rapport, la frustration de Trump à l’égard de Netanyahu se serait accentuée ces dernières semaines alors qu’il tentait de mettre un terme au conflit avec l’Iran. Dans le cadre d’un mémorandum d’entente, Téhéran aurait accepté de rouvrir le détroit d’Strait of Hormuz en échange de la levée du blocus maritime américain et de l’autorisation de vendre son pétrole sur les marchés internationaux. Les discussions concernant le démantèlement du programme nucléaire iranien auraient été reportées pendant une période de soixante jours.

Selon plusieurs sources, Netanyahu aurait interrogé Trump au sujet des dispositions relatives au nucléaire en demandant : « Donald, comment comptez-vous vérifier cela ? » Il aurait également rappelé plusieurs exemples historiques pour justifier sa méfiance envers les autorités iraniennes.

Le Wall Street Journal rapporte également que Trump aurait confié à ses conseillers que personne ne pouvait gérer Netanyahu, estimant que ce dernier voulait « bombarder tout le monde ». Dans une interview, Trump aurait déclaré : « Je pense qu’il est formidable, mais il réagit parfois de manière excessive. »

Toujours selon le quotidien américain, un haut responsable de l’administration a indiqué que Netanyahu appelait régulièrement pour justifier de nouvelles opérations militaires, ce qui aurait fini par lasser le président américain.

De son côté, la journaliste politique Anna Barsky, du journal Maariv, a rapporté que plusieurs responsables israéliens mettaient en garde contre le fait que les messages provenant de Washington ne se limitaient plus à de simples échanges difficiles. Si Israël persiste dans sa position actuelle, le désaccord pourrait se traduire concrètement par des retards dans les livraisons d’armes, des restrictions sécuritaires, voire des mesures proches d’un embargo militaire.

Selon Maariv, les déclarations inhabituelles de Trump à l’égard de la politique israélienne au Liban et ses critiques personnelles envers Netanyahu sont perçues à Tel-Aviv comme le signe d’une forte pression américaine exercée en coulisses.

D’après plusieurs sources, les demandes américaines incluraient un retrait israélien des cinq positions occupées dans le sud du Liban, un départ du mont Hermon syrien ainsi qu’une réduction substantielle des activités militaires susceptibles de compromettre les démarches diplomatiques engagées avec l’Iran.

Enfin, Natan Sachs, chercheur principal au sein du Middle East Institute, a estimé que Benjamin Netanyahu redoutait fortement une rupture avec Donald Trump, tout en continuant à considérer ce dernier comme un dirigeant susceptible d’être convaincu de soutenir pratiquement n’importe quelle initiative, y compris une action militaire contre l’Iran.

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