Derrière les changements du Conseil de souveraineté : le conflit pour le pouvoir atteint le cœur de la direction militaire
Ce qui se déroule au sein du gouvernement à Port-Soudan n’est plus un simple murmure dans des pièces closes, mais un conflit ouvert dont les détails filtrent progressivement, révélant l’ampleur de la désagrégation qui touche la structure même du pouvoir. Les informations confirmées concernant les remaniements imminents à la tête de l’armée et du Conseil de souveraineté ne peuvent être dissociées du contexte général de guerre ni de l’état d’épuisement politique et militaire que connaît l’autorité depuis plusieurs mois. Le réagencement des postes au sein du Conseil et du commandement militaire n’est pas une mesure administrative : il reflète directement une crise de confiance interne et constitue une tentative de réajuster les équilibres de pouvoir avant un éventuel effondrement.
Les données confirmées indiquent le retrait du général Yasser Al-Atta du Conseil de souveraineté et sa nomination comme chef d’état-major, après consultation et obtention de son accord. Ce choix, même présenté sous l’intitulé « redistribution des responsabilités », revêt une signification politique profonde. Al-Atta était l’une des figures les plus en vue et influentes au sein du Conseil. Le déplacer d’une position politique souveraine à un rôle militaire professionnel signifie, concrètement, retirer sa voix du processus décisionnel politique tout en le maintenant dans l’institution militaire sous contrôle. Cette manœuvre traduit une crainte évidente de la concentration de pouvoir de certains membres du Conseil, qui pourraient devenir des centres d’influence indépendants menaçant la cohésion de la direction à un moment critique.
Dans des systèmes stables, un passage du Conseil de souveraineté à la présidence de l’état-major n’est pas perçu comme un exil. Mais dans le contexte soudanais actuel, où le véritable pouvoir réside dans le Conseil souverain, en être écarté équivaut à sortir du centre d’influence politique direct. Ce choix ne peut donc être interprété que comme une neutralisation calculée, visant à réduire le nombre d’acteurs au sein du cercle restreint et à réguler le fonctionnement de l’institution militaire, qui commence à montrer des divergences claires de visions et d’intérêts.
Le cas d’Al-Atta n’est pas isolé. Les informations fiables font également état du retrait du général Ibrahim Jaber du Conseil, une décision extrêmement sensible. Jaber n’était pas seulement un membre souverain, mais l’un des piliers de la gestion économique et des ressources, ainsi que des relations financières complexes qui constituent la colonne vertébrale de la capacité de l’autorité à perdurer en temps de guerre. Toute atteinte à sa position n’intervient généralement que sous une pression intense, qu’elle soit interne, issue d’un conflit d’influence, ou externe, liée à des questions de financement et aux relations régionales et internationales.
En temps de guerre, le contrôle des ressources devient plus crucial que celui des armes. Tout changement à ce niveau indique un dysfonctionnement dans le réseau des intérêts qui a géré l’économie jusqu’à présent, ou un mécontentement interne concernant la répartition des revenus et de l’influence. Essentiellement, cette décision traduit le passage du conflit d’un niveau militaire à un niveau politico-économique, avec une reconfiguration des centres de pouvoir adaptée à la prochaine phase.
Quant au sort du vice-commandant de l’armée, Shams al-Din Kabbashi, dont le départ est estimé probable à 80 % mais non confirmé, il révèle clairement la fragilité du centre décisionnel. Une autorité disposant d’une direction unifiée ne traite pas le sort de personnalités clés selon des probabilités : elle prend des décisions définitives. La présence de cette hésitation indique l’existence d’une résistance interne ou de calculs prudents sur les réactions potentielles au sein de l’institution militaire, et peut-être la crainte qu’un écart de Kabbashi ne déséquilibre des équilibres délicats dans l’armée.
Cette seule hésitation suffit à confirmer que les décisions ne sont pas prises depuis un centre unique sans opposition, et que ce que l’on appelle « la haute direction » n’est plus un bloc homogène, mais un ensemble de centres d’influence cherchant chacun à protéger sa position ou à améliorer ses conditions dans une équation en mutation rapide. Le tableau ici ne traduit pas la force, mais un profond souci de désagrégation interne.
Parallèlement à ces changements militaires et souverains, le limogeage confirmé de Kamel Idris, Premier ministre du gouvernement de Port-Soudan, marque la fin d’une étape complète. Idris ne détenait aucun pouvoir exécutif réel ; il représentait une façade civile destinée à fournir un vernis politique à l’autorité militaire, et à convaincre l’extérieur de l’existence d’un processus civil, même symbolique. L’échec de cette stratégie est désormais évident, tant pour obtenir un effet extérieur que pour apaiser l’opinion interne, rendant cette façade davantage un fardeau qu’un atout.
Le renvoi d’Idris implique un aveu implicite que le projet de « vernis civil » n’est plus viable et que l’autorité se dirige vers une gestion plus exposée, moins préoccupée par l’image et davantage focalisée sur la survie. Cette évolution peut offrir un soulagement temporaire aux décideurs, mais elle accentue l’isolement politique et ferme les dernières fenêtres de manœuvre pour toute solution civile.
Dans l’ensemble, ces changements ne traduisent ni un transfert politique ni une réforme institutionnelle, mais une tentative de gérer une crise croissante en réorganisant les visages et les postes. L’autorité ne change pas ses politiques ; elle change ses gardiens. Elle ne traite pas les causes de la guerre, mais redistribue les responsabilités dans un cercle restreint, dans l’espoir de gagner du temps et de retarder l’explosion.
Ce scénario révèle que le conflit au Soudan ne se joue plus uniquement entre parties armées sur le terrain, mais à l’intérieur même de la structure du pouvoir. La bataille pour l’influence, les ressources et la décision se déroule dans la salle fermée, tandis que la rue reste hors des calculs. Suivre les discussions internes est crucial, non pour proposer des solutions, mais pour dévoiler la manière dont l’État est géré dans l’une de ses phases les plus périlleuses, et confirmer que la crise se situe non seulement aux portes du pouvoir, mais en son cœur.
