Les explosifs du Hezbollah mettent à l’épreuve la capacité du Liban à faire respecter la loi
Des analystes insistent sur la nécessité de demander des comptes à toutes les personnes impliquées, quelles que soient leurs affiliations, tandis que d’autres estiment que l’affaire restera circonscrite à son cadre judiciaire et sécuritaire.
Les autorités libanaises sont confrontées à une épreuve délicate : la conduite de l’enquête judiciaire sur une cargaison d’explosifs saisie par les services de sécurité il y a deux semaines et dont le Hezbollah a reconnu être propriétaire.
Cette affaire met en lumière les limites de l’action des autorités face aux armes détenues en dehors des institutions officielles, dans un contexte de divergences internes et d’attention américaine portée au dossier.
Les analystes politiques et juridiques divergent sur l’évolution de l’affaire. Certains insistent sur la nécessité de poursuivre les investigations et les arrestations, et de demander des comptes à toutes les personnes impliquées, quelles que soient leurs affiliations. D’autres estiment que le dossier restera circonscrit à son cadre judiciaire et sécuritaire, avertissant que des mesures plus larges pourraient avoir des répercussions sur la stabilité intérieure.
L’affaire a pris une dimension internationale après un appel, à la mi-octobre, du secrétaire d’État américain Marco Rubio au président libanais Joseph Aoun, alors que les autorités peinent à faire appliquer le principe du monopole de l’État sur les armes.
L’entretien a porté sur la cargaison d’explosifs. Marco Rubio a exhorté le Liban à élargir les investigations et à demander des comptes aux commanditaires et aux financeurs de son transport. Joseph Aoun a, pour sa part, réaffirmé la détermination de l’État à faire appliquer les lois, à interdire les manifestations armées et à lutter contre la contrebande, sans recul ni soumission aux pressions.
Le Hezbollah refuse de renoncer à ses armes et affirme être un « mouvement de résistance » face à Israël, qui occupe des secteurs du sud du Liban, dont certains depuis des décennies.
Le 5 octobre, les Forces de sécurité intérieure ont intercepté un véhicule chargé d’explosifs au poste de contrôle de Dahr el-Baïdar, sur la route reliant la Békaa à Beyrouth. Les deux personnes qui se trouvaient à bord ont été arrêtées.
Selon des médias libanais, la cargaison contenait entre 500 et 800 kilogrammes de matières explosives, notamment du TNT et du C-4, ainsi que des billes métalliques et des clous.
Dix jours plus tard, le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a reconnu que le véhicule et les explosifs appartenaient au parti. Il a affirmé qu’ils étaient destinés à combattre les forces israéliennes dans le sud du Liban et a demandé la restitution des éléments saisis ainsi que la libération des personnes arrêtées.
Un autre député du Hezbollah, Ibrahim Moussaoui, a démenti les informations de presse selon lesquelles la cargaison était destinée à des assassinats au Liban.
Le même jour, le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré que le gouvernement ne ferait preuve d’aucune complaisance dans le suivi de l’enquête. Il a souligné la nécessité d’identifier les personnes impliquées et leurs commanditaires, de mettre au jour leurs projets et leurs objectifs, et de les traduire en justice.
Il a également assuré que le gouvernement agirait avec fermeté contre toute détention, tout transport ou toute utilisation d’armes en dehors du cadre légal.
Le Conseil des ministres doit se réunir jeudi au palais présidentiel. Parmi les points à l’ordre du jour figure la demande du ministère de la Justice de déférer l’affaire des explosifs au Conseil de justice.
Une telle décision reviendrait à saisir la plus haute juridiction pénale d’exception du pays. Cette procédure concerne les crimes d’une extrême gravité portant atteinte à la sécurité nationale, à la paix civile ou à la sûreté intérieure ou extérieure de l’État.
