Partenariat militaire : la France revient en Afrique selon une nouvelle formule
Après plusieurs années d’érosion de son influence et de réduction de son empreinte militaire, la France amorce un retour en Afrique selon une nouvelle formule, sur fond de défis sécuritaires croissants.
La France renoue avec la coopération militaire au Tchad, moins de deux ans après avoir été contrainte d’en retirer ses troupes. Paris et N’Djamena ont signé une nouvelle déclaration d’intention portant sur la coopération en matière de défense, les capacités militaires et le développement technologique.
Pour la France, cette initiative représente une occasion importante de reconstruire sa position au Sahel, où elle a perdu l’essentiel de sa présence militaire ces dernières années.
Le Tchad demeure l’un des pays les plus importants pour les intérêts sécuritaires français en Afrique, notamment en raison de sa situation géographique, entre le Soudan, la Libye, le bassin du lac Tchad et l’Afrique centrale, selon le site spécialisé Defence24.
La déclaration a été signée le 13 octobre par la ministre française des Armées, Catherine Vautrin, et son homologue tchadien, Issaka Malloua Djamous, à l’occasion de la visite du président Mahamat Idriss Déby à Paris.
Elle vise à renforcer les capacités des forces armées tchadiennes, notamment par la formation, l’expertise militaire, la coopération dans les industries de défense et les technologies modernes.
Le président Emmanuel Macron a présenté cet accord comme une nouvelle étape dans la reconstruction des relations bilatérales de défense.
Il s’agit de la première démarche officielle vers une reprise de la coopération militaire depuis la décision du Tchad de mettre fin à ses précédents accords de défense avec la France, en novembre 2024.
Selon Defence24, la situation a sensiblement évolué depuis le retrait de près de 1 000 militaires français en janvier 2025.
Paris avait déjà commencé à explorer les possibilités d’un retour secret et discret au Tchad, avec des effectifs réduits, davantage de souplesse et une priorité accordée au renseignement, à la formation et au soutien opérationnel.
La nouvelle déclaration confirme la volonté des deux gouvernements d’avancer selon ce modèle. La France ne se prépare pas à rétablir son ancienne présence militaire dans l’ensemble du Sahel, mais souhaite retrouver un point d’appui dans un pays qui a historiquement constitué un pivot de ses opérations en Afrique.
Pour le Tchad, la coopération avec la France revêt une importance croissante face à la dégradation de la situation sécuritaire. La guerre au Soudan voisin a poussé un nombre considérable de réfugiés vers l’est du pays. Dans le même temps, le Tchad reste confronté aux menaces des groupes armés actifs autour du lac Tchad, ainsi qu’à l’instabilité le long de ses frontières avec la Libye et la République centrafricaine.
Bien que Déby ait renforcé ses relations avec la Turquie et la Russie, ces partenariats n’ont pas pleinement répondu aux besoins militaires tchadiens. N’Djamena a toujours besoin de renseignement, de moyens de mobilité aérienne, de formation militaire et d’une capacité de réaction rapide face aux menaces sur son vaste territoire.
Un partenariat militaire
Les relations militaires avaient déjà commencé à se rétablir. Selon des informations de la presse française, la coopération en matière de renseignement s’est poursuivie après le retrait, tandis qu’un petit nombre d’instructeurs français ont repris la formation de militaires tchadiens plus tôt cette année.
Les discussions ont également porté sur les hélicoptères, les avions de transport et les capacités de surveillance aérienne.
Ces moyens jouaient un rôle essentiel lors de la précédente présence française, lorsque N’Djamena s’appuyait sur le soutien de Paris pour la collecte de renseignement, les opérations aériennes et l’appui aux forces terrestres.
Paris peut désormais fournir certaines de ces capacités sans déployer en permanence plusieurs centaines de militaires dans le pays.
Selon le rapport, il est très peu probable que la France rétablisse des relations similaires avec les autres pays du Sahel, où l’Africa Corps et le groupe Wagner disposent d’une très forte influence, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger.
La Russie cherche par ailleurs à renforcer sa présence dans la région, sur le plan militaire mais aussi à travers des projets consacrés aux ressources naturelles et à la logistique. L’un de ses principaux objectifs est de créer un corridor reliant la Libye au Togo en traversant le Sahel.
Le Tchad comme point d’appui
Le Tchad revêt une importance particulière en raison de sa position à la jonction de plusieurs espaces où la France a perdu de son influence ou fait face à une concurrence accrue. À l’ouest se trouvent le Niger et, plus largement, le Sahel, où l’engagement militaire russe s’est développé. Au nord se situe la Libye, où Moscou maintient une présence militaire. À l’est, la guerre civile au Soudan continue de déstabiliser les pays voisins.
Pour Paris, maintenir une coopération avec N’Djamena permet de conserver une capacité de suivi des évolutions militaires et politiques dans l’ensemble de cette région.
Cela explique également l’importance d’un éventuel rétablissement de l’accès français à la base aérienne Adji Kosseï, à N’Djamena. La France utilisait auparavant le Tchad comme un centre opérationnel majeur pour ses activités militaires en Afrique.
Dans le cadre du nouveau modèle, même un accès limité pour les avions de transport, les missions de reconnaissance et les personnels militaires permettrait à Paris de retrouver des capacités perdues après son retrait.
Une présence française plus réduite serait également moins sensible sur le plan politique pour Déby, qui a souligné à plusieurs reprises la souveraineté tchadienne et la nécessité de fonder les partenariats sur les intérêts nationaux, selon Defence24.
Le retour au Tchad traduit aussi une réévaluation plus large de la politique militaire française en Afrique. Le maintien de grandes bases permanentes est devenu particulièrement difficile après la rupture des relations avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Une approche différente
Paris privilégie désormais des déploiements limités, la formation, le renseignement et la réponse à des demandes précises des gouvernements africains.
Le Tchad offre ainsi l’occasion de vérifier si cette approche peut restaurer l’influence militaire française sans reproduire les tensions politiques qui avaient accompagné sa précédente présence.
Pour N’Djamena, le renouvellement de la relation donne accès à un partenaire militaire disposant d’une vaste expérience de la région, tout en préservant la possibilité de poursuivre la coopération avec la Turquie et d’autres pays.
Pour la France, le bénéfice est particulièrement précieux : retrouver un accès opérationnel à l’Afrique centrale après avoir perdu ses principales bases militaires au Sahel.
En se retirant du Tchad, Paris avait perdu l’un de ses points d’appui les plus importants en Afrique. Elle cherche désormais à le retrouver, mais avec une empreinte militaire plus légère et une présence bien davantage tributaire des décisions de N’Djamena.
